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Biologie moléculaire

Du nouveau chez les souris dépressives

Des souris qui ne sourient pas ont permis d'identifier une nouvelle protéine impliquée dans la dépression. Petit rappel : créées il y a dix ans par le professeur Jean-Marie Vaugeois et le docteur Malika El Yacoubi, chargée de recherche de l'unité « Neuropsychopharmacologie expérimentale » de Rouen1, ces souris, obtenues par croisements successifs d'individus plus résignés que d'autres, constituent le premier modèle génétique murin de dépression. Aujourd'hui, celui-ci permet d'en savoir un peu plus sur les mécanismes de cette maladie, qui touche près de 15 % de la population occidentale. Publié dans Science2, ce résultat propose peut-être une piste pour de nouveaux traitements.

« Dans cette étude, dirigée par Per Svenningsson3 et le professeur Paul Greengard, Prix Nobel de médecine 2000, nos souris ont permis de découvrir le rôle de la protéine p11 dans la dépression », explique le professeur rouennais. L'équipe du chercheur suédois s'intéressait au départ à la sérotonine, un neurotransmetteur dont on connaît depuis longtemps l'implication dans la dépression : chez les personnes déprimées, le taux de sérotonine est en effet faible. Dans leur expérience, les chercheurs ont testé les protéines interagissant avec un des récepteurs de la sérotonine, le récepteur 5-HT1B, et identifié la protéine p11. Son rôle : elle augmenterait l'expression de ce récepteur à la surface des cellules. Autrement dit, elle favoriserait l'action de la sérotonine. Or, « chez nos souris dépressives, on constate que le taux de p11 est anormalement faible. Tout comme dans le cerveau de patients déprimés qui se sont suicidés », continue Jean-Marie Vaugeois. Les scientifiques ont par ailleurs constaté que le taux de p11 était restauré après administration d'antidépresseurs.

« Ces résultats sont intéressants à plusieurs titres », soulignent Jean-Marie Vaugeois et Malika El Yacoubi. D'une part, cette molécule p11 n'avait jamais été soupçonnée d'intervenir dans la dépression : il s'agit maintenant de comprendre pourquoi son taux diminue chez les patients dépressifs. D'autre part, on pourra également tester des agonistes4 de ces récepteurs 5-HT1B comme nouvelles molécules antidépressives : bien que le lien entre ces récepteurs et la sérotonine ait été connu, il n'y avait – jusqu'à cette étude – pas de preuve que le taux de 5-HT1B était diminué chez les personnes déprimées. Enfin, cela confirme la validité de notre modèle murin. « Nous continuons d'ailleurs à le caractériser sur le plan génétique, neurochimique et comportemental. Des sociétés pharmaceutiques s'y intéressent d'ores et déjà et nous proposent des collaborations pour tester leurs médicaments potentiels. »

 

Julie Coquart

Notes :

1. Unité CNRS / Université de Rouen.
2. Science, 6 janvier 2006, vol. 311, n° 5757, pp. 77-80.2.
3. Laboratoire de neurosciences moléculaire et cellulaire de l'université de Rockfeller, États-Unis.
4. Molécule qui active un récepteur membranaire en mimant l'action du messager se liant habituellement avec ce récepteur.

Contact

Jean-Marie Vaugeois
Unité « neuropsychopharmacologie expérimentale », Rouen
jean-marie.vaugeois@univ-rouen.fr


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