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Vers une Europe des particules

Quelle physique des particules pour demain ? Quatre cents chercheurs européens se sont réunis à Orsay pour en discuter. Une rencontre et des débats passionnés, qui devraient aboutir à une politique commune pour les vingt prochaines années.

InSituEuropedesparticules

© F. Marcastel/CERN

Vue d'artiste du LHC, l'accélérateur du Cern qui entrera en service en 2007. Dans le fond, une vue aérienne de son tracé.



N'en déplaise aux plus eurosceptiques, l'Europe poursuit sa marche en avant… et la communauté scientifique vient d'en apporter une nouvelle preuve. Pendant trois jours, quatre cents spécialistes des particules 1 – sur 2 000 chercheurs en Europe ! – se sont en effet retrouvés à Orsay du 30 janvier au 1er février 2006. Et l'enjeu était de taille : il s'agissait de poser la première pierre d'une stratégie européenne commune en physique des particules, pour les deux prochaines décennies. Pour la discipline, la problématique est plus simple que son sujet d'étude : elle dispose depuis 1954 d'un organisme intergouvernemental européen installé à Genève, le Cern, chargé de mettre en œuvre les grands instruments nécessaires en la matière. En parallèle, il existe d'autres initiatives nationales ou même internationales… Comment, donc, répartir au mieux les 10 à 15 milliards d'euros qui seront consacrés jusqu'en 2025, au niveau mondial, à la physique des particules ? Autant le dire, mettre tout le monde sur la même longueur d'onde n'a rien d'élémentaire… « Mais un accord immédiat n'était pas le but de ce symposium, précise Guy Wormser, le directeur du Laboratoire de l'accélérateur linéaire 2 d'Orsay, qui a accueilli cet événement. Ici, nous souhaitions que toute la communauté puisse s'exprimer sur les différentes orientations possibles. » Un vœu largement exaucé, à en juger par la variété des stratégies proposées dans plusieurs domaines.

Illustration avec une première question qui divise nos scientifiques : à quelle date lancer la construction de l'International Linear Collider (ILC), réclamé par la communauté mondiale ? Certes, cette dernière a de quoi patienter avec la mise en service en 2007 du Large Hadron Collider (LHC) : le dernier accélérateur en date du Cern devrait notamment, excusez du peu, détecter enfin le célèbre boson de Higgs, pierre angulaire du « modèle standard » utilisé pour expliquer l'Univers, ou encore éclairer nos chercheurs sur le mystère de la disparition de l'antimatière (voir Le journal du CNRS, n° 181, p. 24) ! Pourtant, certains souhaitent la construction immédiate de l'ILC, premier accélérateur de particules en ligne droite et non plus en anneau, car il permettra des collisions à des niveaux d'énergie encore supérieurs, promesses de mirifiques découvertes. Les arguments en sa faveur : la technologie est au point et – qui sait ? – le LHC pourrait mettre du temps à délivrer des résultats. « D'autres souhaitent d'abord voir le panorama scientifique tel qu'il ­ressortira à la lumière du LHC, poursuit Guy Wormser. Enfin, une dernière partie des scientifiques demande que l'on retarde d'au moins cinq ans la construction de l'ILC, pour attendre une nouvelle technologie qui permettrait de monter à une énergie encore plus grande. »

Autre exemple de sujet polémique : la stratégie à adopter en matière de physique des neutrinos, ces étranges petites particules élémentaires. Ici, le schéma est le même : des expériences sont déjà dans les tuyaux et devraient occuper nos scientifiques jusqu'aux alentours de 2012. Mais quid de l'après ? « Les expériences suivantes seront très conséquentes car la communauté souhaite mesurer des phénomènes très sensibles comme l'antisymétrie neutrinos/antineutrinos, explique notre physicien. Un site possible est déjà identifié : le tunnel de Fréjus, où seront installés des détecteurs de neutrinos ultrasensibles. Mais pour les expériences en elles-mêmes, plusieurs options sont possibles. » Première d'entre elles : la construction d'une « usine à neutrinos » en anneau, à savoir un faisceau de muons qui vont produire des neutrinos en se désintégrant. Seconde option, l'installation d'un superfaisceau de protons de plusieurs mégawatts, mais cette technologie reste à parfaire. Reste une dernière possibilité : la technique dite de « Betabeam » qui consiste cette fois à créer des neutrinos grâce à des désintégrations d'ions radioactifs.

À l'origine de ce symposium, le groupe d'orientation stratégique 3 a écouté les arguments de chacun sur ces sujets et bien d'autres. Il se réunira à nouveau à Zeuthen, en Allemagne, du 2 au 6 mai 2006, pour en tirer des recommandations. Puis il les remettra au conseil du Cern, qui livrera ses conclusions le 14 juillet 2006 à Lisbonne. Preuve que tout s'accélère en physique des particules.


Matthieu Ravaud

 

À voir

http://council-strategygroup.web.cern.ch/council-strategygroup

 

 

Notes :

1. Ils ont été autant à suivre les débats en direct sur Internet.
2. Laboratoire CNRS / Université Paris-XI.
3. Formé des directeurs des huit plus grands laboratoires européens, de représentants des pays membres du Cern et des membres du Preparatory Group du conseil scientifique du Cern.

Contact

Guy Wormser
Laboratoire de l'accélérateur linéaire, Orsay
wormser@lal.in2p3.fr


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