
Il faut se méfier de l'eau qui dort. Derrière Tiina Suomijärvi professeur en astroparticules à l'Institut de physique nucléaire d'Orsay (IPN) 1, jolie blonde finlandaise, discrète et posée, se cache une sacrée personnalité ! Véritable électron libre, elle est énergique comme les particules qu'elle étudie. Elle aime aller au fond des choses : aussi bien sous les océans, en passionnée de plongée, qu'au cœur de la matière. Durant son parcours, Tiina a toujours suivi sa bonne étoile. Quand elle arrive en France en 1983 pour réaliser un stage au CEA de Saclay, elle possède déjà son master en physique nucléaire. L'expérience française se prolongera : elle restera pour des raisons plus « personnelles », dévoile-t-elle avec pudeur. Elle s'inscrit alors à l'université Paris-XI pour préparer sa thèse en physique nucléaire. « Mes premiers travaux portaient sur l'étude des interactions à basse énergie et sur leur modélisation », se souvient-elle. Son doctorat en poche, elle rejoint l'IPN d'Orsay et obtient en 1988 un poste de maître de conférences à l'université Paris-XI. En 1994, elle rejoint la Michigan State University (États-Unis) pour orienter ses études vers les noyaux instables, et plus particulièrement vers ceux dits « exotiques » 2, en utilisant des faisceaux radioactifs. « Du coup, après mon retour à l'IPN, je me suis pleinement engagée dans l'étude des réactions induites par faisceaux radioactifs », raconte-t-elle. Mais pour cette voyageuse au long cours, la Terre devient bientôt trop petite : il lui faut aller explorer l'Univers.
En 1999 donc, changement de cap : Tiina passe du monde de la physique nucléaire expérimentale à celui de la physique des astroparticules. Elle initie un groupe de recherche sur ces dernières à l'IPN et rejoint l'expérience internationale Pierre Auger 3. Elle y étudie les rayons cosmiques d'ultra-haute énergie qui arrivent sur Terre. « Nous savons qu'ils existent puisque nous les avons observés, mais nous ignorons d'où ils proviennent : sont-ils accélérés dans des objets astrophysiques d'extrême violence comme les noyaux actifs de galaxies ? C'est une des énigmes de l'astrophysique moderne », confie-t-elle. L'observatoire Pierre Auger, situé dans la pampa argentine, avec son réseau de détecteurs au sol de 3 000 km2, est son terrain de chasse, son piège à rayons cosmiques d'ultra-haute énergie qu'elle traque sans pitié. « Ces rayons sont très rares – un par kilomètre carré et par siècle ! –, ce qui laisse peu de chances d'en apercevoir un !, ajoute-t-elle malicieuse. Quand ces particules arrivent dans l'atmosphère terrestre, elles réagissent en se désintégrant en plusieurs milliards de particules secondaires et en créant des gerbes de rayons cosmiques. »
Quand elle n'est pas à l'observatoire Pierre Auger, où elle est responsable de la coordination et de la réalisation de l'électronique, elle cherche, publie, enseigne, encadre des doctorants, donne des cours ou des conférences, se consacre à des animations scientifiques grand public… Polyglotte, elle parle cinq langues et s'investit dans des projets de recherche européens de grande ampleur. Et comme elle a de l'énergie à revendre, Tiina s'implique aussi fortement dans la création du deuxième observatoire Pierre Auger, dans le Colorado, qui permettra d'observer le ciel de l'hémisphère nord. « Étudier les astroparticules, c'est réconfortant : j'aime découvrir et m'ouvrir à l'inconnu. Travailler dans ce domaine rappelle à chaque instant que nous ne sommes rien à l'échelle de l'Univers et qu'il y a encore plein de choses à découvrir », ajoute la physicienne des astroparticules, dans une pensée presque… métaphysique.
Lætitia Louis-Hommani
1. Institut CNRS / Université Paris-XI.
2. Noyaux instables habitant l'espace que l'on peut créer par accélérateur.
3. Lire Le journal du CNRS, n° 190-191, p 37.
Tiina Suomijärvi
Institut de physique nucléaire d'Orsay
tiina@ipno.in2p3.fr