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La communauté internationale de l'eau se réunit du 16 au 22 mars à Mexico à l'occasion du 4e Forum mondial de l'eau. On en attend une vision commune de la gestion des ressources en eau et des engagements politiques nécessaires au problème de la raréfaction de l'eau potable. Car aujourd'hui, un tiers de l'humanité en est privée, et cela risque de s'aggraver. Comment expliquez-vous cette situation ?
L'eau est une ressource renouvelable dont la quantité est constante sur la surface du globe, mais seulement 1 % est propre à la consommation humaine et est réellement disponible. Le problème est que l'eau potable tend à se raréfier à cause des pollutions domestiques, industrielles et agricoles. Par ailleurs, les prélèvements en eau, qui ont été multipliés par 7 entre 1900 et 2000, seront encore plus importants demain : la population mondiale devrait dépasser les 8 milliards d'hommes en 2025 et les quantités nécessaires aux activités humaines, notamment à l'agriculture, vont s'accroître.
Cette raréfaction est une grande source d'inégalités dans le monde…
Oui, en partie. Mais posséder la ressource ne suffit pas. En effet, neuf pays se partagent près de 60 % des ressources de la planète, mais certains baignent littéralement dans l'eau sans pourtant avoir accès à l'eau potable. Ce paradoxe illustre qu'il n'y a pas de relation simple de cause à effet. Par exemple, dans le delta central du Niger au Mali, pourtant gorgé d'eau, les populations boivent de l'eau souillée… Les inégalités et leurs multiples causes sont complexes, souvent politiques et économiques. La diminution des ressources, l'agriculture, la pollution, la distribution ne peuvent pas être seules incriminées : il faut prendre en compte tous les éléments du système, de la ressource aux pratiques locales en passant par les acteurs du partage de l'eau.
Vous pointiez du doigt l'agriculture : visez-vous particulièrement celle des pays développés ?
Je vise surtout certains abus de leur agriculture. Un exemple : l'Arabie Saoudite cultive du blé en plein désert alors que le pays n'en consomme pas et que 90 % de l'eau servant à son irrigation s'évapore dans l'atmosphère ! Il vaut mieux importer un kilogramme de blé que de le produire sur place au prix d'un kilogramme de caviar ! Mais au-delà de ces aberrations, l'agriculture est un gouffre qui engloutit à lui seul 69 % de la consommation mondiale de l'eau ! La partie la plus importante des prélèvements est destinée à l'irrigation. Dans les zones arides, elle entraîne presque toujours de grosses déperditions d'eau liées à son évaporation. Seuls les systèmes de goutte-à-goutte économisent la ressource. Un peu de bon sens : faut-il faire de l'agriculture dans des pays où l'eau est rare et où le niveau d'autosuffisance alimentaire est atteint ?
Les pratiques locales, thème central du forum, sont-elles une solution efficace pour assurer l'accès à l'eau pour tous et sa préservation ?
Oui, elles sont souvent intelligentes, surtout dans les endroits où il n'y a pas beaucoup d'eau. Elles tirent le maximum de la ressource tout en préservant son environnement en fonction des contraintes physiques du milieu. Le cap Vert est un bon exemple : il utilise des pratiques traditionnelles de culture en terrasse alliées à des techniques plus modernes de récupération d'eau par condensation. D'autres systèmes intelligents ont été mis en place à travers le monde, comme les « horloges à eau » au Népal central ou encore les « kariz » en Chine et «kanat » en Iran, des systèmes de canalisation souterrains qui préservent l'eau de l'évaporation tout en évitant la salinisation de la terre.
Qu'attendre de ce 4e Forum mondial ?
Je me réjouis d'abord de cette prise de conscience mondiale : ces forums cristallisent beaucoup de questions et incorporent progressivement des thèmes auxquels la recherche s'intéresse depuis longtemps. Il permet aussi d'ouvrir les yeux sur des exemples intelligents de gestion locale de l'eau, de mesurer la place des petites expériences, de dégager des exemples à étudier. Et bien sûr, de sensibiliser les pouvoirs politiques ! Donnons la parole à ceux qui vivent sur le terrain, qui connaissent leur environnement et ses contraintes, prenons
exemple sur eux. Mais ces pratiques exigent une analyse « en contexte » pour comprendre leur histoire, leurs techniques, leur potentiel. C'est le message que nous voulons transmettre lors de la conférence internationale 2 que nous organiserons en Chine en octobre et qui abordera les grandes problématiques liées à l'eau, à sa sauvegarde et à ses usages.
Propos recueillis par Lætitia Louis-Hommani
À lire
Eaux et réseaux, les défis de la mondialisation, Graciela Schneier-Madanes et Bernard de Gouvello (dir.), éd. IHEAL, coll. « Travaux et mémoires », 2003
1. « Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique » (CNRS / Universités Paris-I, IV, VII / EPHE Paris).
2. « Eau, écosystèmes et développement durable en zones aride et semi-aride », organisée du 9 au 15 octobre 2006
en Chine par l'EPHE, l'université du Xinjiang et l'université de Téhéran – Consulter le site web
Marie-Françoise Courel
EPHE, Paris
marie-françoise.courel@ephe.sorbonne.fr
courel@univ-paris1.fr