
INNOVATION
Jian-Sheng Sun et Marie Dutreix, cofondateurs de DNA Therapeutics.
© S. Godefroy/CNRS Photothèque
Vous avez obtenu en 2005 le second prix du concours national d'aide à la création d'entreprises innovantes. Qu'est-ce qui vous a poussé à monter DNA Therapeutics ?
J.-S. S. : Pour un chercheur, il n'y a rien de plus valorisant que de pouvoir mener un projet depuis le concept fondamental jusqu'au produit mis sur le marché, et d'autant plus s'il s'agit d'apporter une solution au fléau du cancer.
Une fois les preuves de la validité du concept obtenues, il nous fallait créer une société qui prenne le relais pour le développement des médicaments. Notre travail est un exemple de ce que les anglo-saxons appellent translational research : faire le lien entre les recherches sur la paillasse et le développement clinique.
Sur quel principe repose ce nouveau traitement ?
J.-S. S. : Dans toutes les cellules, des enzymes détectent, signalent et réparent les défauts sur les chromosomes, qui apparaissent notamment lors de la réplication de leur ADN. Dans les cellules tumorales, qui se multiplient à un rythme accéléré, ces mécanismes de réparation sont particulièrement actifs : cela leur confère une résistance aux radio- et chimiothérapies qui agissent souvent en endommageant l'ADN. Notre stratégie consiste à duper le système de réparation à l'aide de petites molécules d'ADN, des oligonucléotides, qui imitent des cassures « double brin » d'ADN : une des voies principales de réparation des cellules est ainsi momentanément neutralisée. Les radio- et chimiothérapies peuvent alors agir efficacement à travers cette « fenêtre » thérapeutique. Cette technologie est appelée DNA bait (appât ADN).
À quelle échéance pensez-vous que ce traitement sera commercialisé ?
J.-S. S. : Développer un nouveau médicament est très long. Nous en sommes encore au début de la phase préclinique et il reste beaucoup de travail, notamment les études toxicologiques, avant les essais cliniques. Normalement, après la phase préclinique, il faut encore compter six à dix ans pour la validation et la commercialisation d'un médicament. Cependant, pour certaines pathologies comme le glioblastome (cancer du cerveau), qui ont le statut de maladies orphelines, le délai peut être réduit à quatre ou cinq ans grâce à une autorisation temporaire d'utilisation.
Nos objectifs pour les deux prochaines années ? Amener le premier produit contre le glioblastome à l'essai clinique, et renforcer son portefeuille de propriétés intellectuelles afin de pérenniser la croissance de l'entreprise en développant une gamme de produits.
Quels soutiens avez-vous reçus pour monter DNA Therapeutics ?
J.-S. S. : DNA Therapeutics est issue de quatre instituts de recherche : l'Institut Curie (IC), le CNRS, l'Inserm et le MNHN. Le projet a été soutenu par les directions de valorisation de ces quatre organismes, par le département SDV du CNRS et par le département de transfert de l'IC. Il a bénéficié de l'aide au transfert de l'Oseo-Anvar, de l'ANR et de plusieurs structures d'accompagnement 3. Par ailleurs, le projet a été deux fois lauréat du concours national d'aide à la création d'entreprises innovantes 4. Il a aussi reçu le prix de la valorisation de la recherche de l'université Paris-Sud et du conseil départemental de l'Essonne en juin 2005.
Quand est-ce que DNA Therapeutics sera formellement créée ?
J.-S. S. : L'entreprise en est actuellement à la phase de levée de fonds et nous avons des contacts formels avec des investisseurs privés. L'objectif est de créer la société et de démarrer ses activités avant juillet 2006. Nous sommes confiants car notre approche est originale et présente un fort potentiel de développement qui correspond à des besoins non satisfaits du marché.
Un conseil pour les chercheurs qui souhaiteraient aussi créer leur entreprise ?
J.-S. S. : J'ai suivi une formation en affaires, management et finances (« Challenge + » à HEC) à temps partiel en 2004 et 2005. Pour un scientifique qui veut lancer sa société, ce type de formation est indispensable. J'y ai beaucoup appris et je comprends désormais le vocabulaire employé par les financiers. Elle m'a aussi ouvert des réseaux d'affaires, de conseil et de financement, ce qui est également fondamental pour monter une entreprise.
Propos recueillis par Sebastián Escalón
1. Créée avec Marie Dutreix (CNRS / Institut Curie – IC), Jean-Marc Cosset (département de radiothérapie oncologique de l'IC), Lionel Larue et Sylvie Robine (Inserm / IC).
2. Directeur adjoint du laboratoire « Acides nucléiques : dynamique, ciblage, et fonctions biologiques » (CNRS / MNHN / Inserm).
3. Genopole, Incuballiance, centre régional d'innovation et de transfert de technologie (CRITT) Chimie-Environnement.
4. Émergence en 2004, création-développement en 2005.
Jian-Sheng Sun
« Acides nucléiques : dynamique, ciblage, et fonctions biologiques », Paris sun@mnhn.fr