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ÉDITO

Les sciences cognitives sur la piste d'un inconscient biologique

 

EditoMVanderRest

© C.Lebedinsky / CNRS Photothèque

Michel Van der Rest.
Directeur scientifique du département Vivant


EditoBBioulac

© Y. Duris/INB

Bernard Bioulac.
Directeur scientifique adjoint du département Vivant


 

Si au cours de l'Antiquité les hypothèses sur la localisation de l'âme ou de l'esprit ont été pléthoriques, pointant tour à tour, comme organe princeps, le cœur et le cerveau, le débat qui anime depuis plusieurs décennies la communauté scientifique des psychanalystes et des philosophes sur le thème du conscient et de l'inconscient n'est certainement pas clos. Il atteint même aujourd'hui son paroxysme, alors que les fondements biologiques de ces deux notions émergent chaque jour de nouvelles approches expérimentales pluridisciplinaires, présentées dans ce numéro du Journal du CNRS.

Au xviie siècle, la conscience désigne un fait moral, comme un « reflet intérieur » d'une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur de nos actions, laissant quelques traces dans notre vocabulaire, comme « en conscience », « bonne et mauvaise conscience », « examen de conscience », etc. Les travaux de Freud et de Jung à la fin du xixe siècle donnent à la conscience le statut de fait psychologique. De fait, l'inconscience existe. Elle désigne l'état de privation de conscience observé, par exemple, dans les épisodes de coma ou lors du sommeil. L'inconscient, quant à lui, est une réalité largement admise dans la culture psychologique, même si sa définition, sa nature ou ses caractéristiques font encore l'objet de désaccords considérables. Freud affirme que le refoulement du conscient construit l'inconscient… C'est dans ce dernier que se forge la personnalité, que s'exprime la libido, que se construisent aussi les angoisses et les états d'anxiété. À cette époque, l'état des connaissances dans le domaine de la neurobiologie ne permettait pas d'établir de corrélations étroites entre activité cérébrale et inconscient. Si depuis, la psychanalyse a volé de ses propres ailes, apportant quelques valeurs résolutives à certaines souffrances psychiques, elle n'a pas contribué fondamentalement à la compréhension des mécanismes cérébraux qui sous-tendent les activités conscientes et inconscientes. Elle s'inscrit simplement comme un des outils dans l'arsenal dédié à la gestion de ces états de souffrances.

Le développement des neurosciences cognitives au cours des deux dernières décennies, allié à la mise en place de méthodes innovantes, rend possible l'observation du cerveau en fonctionnement chez le sujet sain et pathologique. Elles apportent, sans aucun doute, des données nouvelles sur les mécanismes biologiques qui président aux comportements complexes mettant en jeu des processus psychiques inconscients. Synthèse, vision globale, irrationnel, intuition, créativité, imagination, impliquent sa participation. Une large part de nos apprentissages s'effectue dans le domaine de l'inconscient… Celui-ci participe aussi activement à l'entretien de nos fonctions biologiques motrices et autonomes comme la locomotion, la respiration ou encore la régulation de notre système immunitaire… L'inconscient est finalement présent dans l'ensemble de nos actes conscients.

Les recherches menées aujourd'hui dans le domaine des neuro­sciences intégratives, computationnelles et cognitives au CNRS combinent des approches pluri- et interdisciplinaires. Les données issues des neurosciences et des méthodes d'imagerie fonctionnelle, confrontées aux approches expérimentales de la mémoire et de l'apprentissage, à celles de l'informatique, de la modélisation et de la simulation, aux données de la psychologie, de la neuropsychologie et de la neurophysiologie, vont sans aucun doute faire cheminer l'inconscient vers un nouveau statut « biologique ».

Celui-ci confortera, entre autres, l'inéluctable continuum qui existe entre maladies neurologiques et psychiatriques. Un domaine que le département Vivant, en lien étroit avec les autres départements concernés, estime prioritaire et soutient fortement.


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