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LA REFORME EN ACTES

Sur l'évolution du CNRS et du dispositif national de recherche

L'évolution du CNRS s'inscrit dans celle du dispositif national et européen de la recherche. En France, des changements importants interviennent avec la création de l'Agence nationale de la recherche, de l'Agence de l'innovation industrielle et des pôles de compétitivité, et bientôt celle des pôles de recherche et d'enseignement supérieur et de l'Agence d'évaluation de la recherche, dans le cadre des orientations du projet de loi sur la recherche.

Le CNRS est un des acteurs de ces changements. Ses équipes ont participé avec succès aux appels à projets de l'ANR, et il a répondu à la consultation de l'Agence pour sa programmation 2006 en transmettant des propositions de nouveaux programmes et de financements d'infrastructures de recherche d'intérêt national. Favorable au renforcement et à la structuration du dispositif national de recherche en régions, le CNRS s'est aussi mobilisé pour préparer l'émergence des pôles régionaux. Il a choisi d'être partenaire de 14 des 15 pôles de compétitivité mondiaux ou à vocation mondiale et de 19 pôles nationaux, et il participe aux réflexions sur les pôles de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) avec ses partenaires universitaires. Le CNRS s'est également associé à plusieurs projets de l'appel d'offres « mutualisation du transfert technologique », et il accompagne le projet de plusieurs laboratoires candidats au label « Carnot » (voir « Éclats », p. 4).

Ces évolutions modifient en profondeur le dispositif de recherche français. Elles ne sont pas dénuées de risques – car nul ne distingue aujourd'hui ce que sera précisément le nouveau « paysage » – mais le CNRS aborde ces changements avec confiance. En particulier, le CNRS analyse la création de l'ANR comme une chance – pourvu que l'équilibre à terme des moyens confiés à l'Agence et aux opérateurs autorise ces derniers à exercer pleinement leur rôle. L'ANR va permettre de développer la démarche de financement de la recherche par projets, selon un processus qui fonctionne bien dans de nombreux pays, et sa création contribue à la clarification des rôles qui est indispensable pour rendre le dispositif de recherche national plus performant.

Dans cette optique, le projet de loi amène le CNRS à repréciser sa place et son rôle. Avec ses priorités scientifiques pour les prochaines années, les réflexions sur le positionnement du CNRS dans le nouveau dispositif national de recherche seront donc au cœur du Plan stratégique 2006-2010 que prépare l'organisme.

La réussite d'un dispositif de recherche publique s'appuie sur un ensemble de fonctions : prospective, stratégie, animation des communautés scientifiques, structuration et organisation du dispositif, investissements, partenariats entre établissements, évaluation, choix des leaders et des cadres scientifiques, etc. Certaines de ces fonctions sont le propre des opérateurs de recherche, établissements d'enseignement supérieur et organismes.

La réforme en cours permet au CNRS de réaffirmer son rôle d'opérateur national. Avec les directions interrégionales, elle a pour but de mieux impliquer le CNRS dans la mise en place et le développement des pôles régionaux et de renforcer le partenariat avec des établissements universitaires plus autonomes. En recomposant les départements scientifiques au sein de la direction scientifique générale, elle vise à mieux prendre en compte les nouveaux enjeux de la recherche – comme ceux liés à l'environnement, au développement durable et à l'ingénierie – et elle favorise le travail collectif de direction scientifique.

Le CNRS, opérateur national qui emploie 26 000 permanents et 5 000 non-permanents, doit garder sa fonction d'employeur de personnels de recherche. En conservant une implication forte dans la recherche fondamentale, en améliorant sa gouvernance et sa réactivité, en renforçant ses partenariats avec les universités, son ouverture européenne et sa politique de ressources humaines, et en mettant en œuvre des simplifications administratives concrètes pour les laboratoires et les chercheurs, il continuera à contribuer de façon efficace au fonctionnement du dispositif français. De plus, la recherche dans la durée, l'émergence et la réorientation des disciplines, la structuration et la cohérence du dispositif entre pôles régionaux et réseaux européens, l'ouverture du recrutement à des chercheurs européens et étrangers sont mieux assurées par des organismes nationaux, et le CNRS, premier opérateur de recherche publique en France et en Europe, garde ici un rôle essentiel.

 

Bernard Larrouturou

 

 


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