
CHANGEMENT GLOBAL
Inutile de rappeler le bien-fondé de l'exploration de l'océan, de l'atmosphère et des surfaces continentales, de leurs interactions dont le rôle est déterminant pour l'avenir de la planète bleue. Dans ce domaine, pas question d'avancer à l'aveuglette pour l'Insu 1, agence de moyens et de programmation pour les sciences de l'Univers au service du CNRS, d'organismes publics et des universités. Tous les quatre à cinq ans, celle-ci, suivie par la communauté scientifique, se projette dans l'avenir et définit les recherches qui doivent être prioritaires. Elle détermine, via sa Commission spécialisée « Océan Atmosphère » (CSOA), les moyens techniques et humains nécessaires sur cinq à dix ans pour mener ces projets à bien. Elle fait aussi le bilan des programmes en cours et de ceux qui se terminent. Une introspection qui pointe forces et faiblesses pour mieux rebondir. Du 21 au 23 novembre 2005, à Lille, l'Insu n'a pas dérogé à la tradition. Son colloque de prospective « Océan Atmosphère » a rassemblé environ trois cents chercheurs (océanographes, climatologues, hydrologues, physiciens, biologistes, écologues, économistes, sociologues, etc.). Qu'ils soient CNRS, universitaires, Cnes, Météo France, Ifremer, IRD, Ademe… autour de tables rondes, les scientifiques ont discuté du travail de réflexion initié il y a deux ans par la CSOA 2. Une étape décisive pour attaquer le terrain dans les années à venir.
Cette année, la CSOA a présenté une réflexion globale sur des recherches en cours ou à venir afin de juger de leur opportunité : « Pour cela, nous ne nous sommes pas cantonnés à une analyse par milieu (océan, atmosphère, surfaces). Le maître mot du colloque a été “interfaces”. Interface entre les disciplines, avec la volonté de solliciter plus encore les sciences du vivant, les sciences de l'homme et de la société. Interface entre recherche fondamentale et opérationnelle, européenne et mondiale. Et interface avec la société », déclare Nicole Papineau, directrice scientifique adjointe du département des Sciences de l'Univers du CNRS. À Lille, les thèmes indispensables pour structurer les recherches ont donc tourné autour de cinq axes :
> Quelle science en réponse à la demande sociétale ? Les scientifiques vont s'attacher à distinguer les différents besoins et les différents niveaux d'information selon les publics cibles (préfectures en cas de perturbation météo, grand public…).
> Réduire les incertitudes sur la modélisation du système Terre : une problématique qui concerne aussi bien le développement de modèles pour les études du climat et du changement climatique que celui des systèmes pour la prévision météorologique et océanographique ;
> Les interfaces de la planète fluide : approfondir les connaissances sur l'impact des relations entre continents, cryosphère 3, atmosphère et océans sur le climat notamment ;
> Les impacts du changement global : les chercheurs doivent fournir des réponses scientifiques pour limiter les retombées des activités humaines sur l'environnement, le climat, la biodiversité, la composition de l'atmosphère, l'évolution des régions côtières ;
> Les aspects internationaux : « Là, nous réfléchissons à la meilleure structuration possible de la recherche française afin de mieux répondre aux programmes internationaux. Faut-il, par exemple, aller ou non vers une politique européenne d'équipement (mutualisation de flottes, d'avions, de grands outils de calcul…) et des services d'observations ? », explique Didier Tanré, président de la CSOA. « Il faut identifier nos points forts, tel le programme Amma 4, né du colloque de prospective de Brest en 2000 : la France a joué un rôle moteur et a su susciter le soutien européen et international », commente Nicole Papineau.
Si l'on considère d'autres retombées de Brest – telles que l'amélioration des modèles, des images du système atmosphérique, la création de systèmes d'observation, une meilleure expertise de la pollution atmosphérique avec des campagnes comme Pomme ou Escompte, le programme Mercator, qui a permis de dresser des cartes de l'océan, et le programme Epica 5, pour lequel Jean Jouzel a eu la médaille d'or du CNRS –, la réunion de Lille, lorsque les décisions auront été entérinées, permettra à son tour de belles avancées !
Stéphanie Bia
Pour en savoir plus
Site de l'Insu : http://www.insu.cnrs.fr
1. Institut national des sciences de l'Univers.
2. Un forum a été mis en place pour recueillir l'avis des membres d'une large communauté scientifique.
3. Ensemble des constituants de la surface terrestre et des couches sous-jacentes qui sont composés de glace.
4. « Analyses multidisciplinaires de la mousson africaine », projet de recherche international et campagne de terrain. Voir Le journal du CNRS n° 178 (novembre 2004).
5. Le programme « European Project for Ice Coring in Antarctica », auquel participent des équipes du CNRS, du CEA et de l'Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), étudie le climat des 740 000 dernières années.
Nicole Papineau
Insu, Paris
nicole.papineau@cnrs-dir.fr
Didier Tanré
Laboratoire d'optique atmosphérique (LOA), Villeneuve d'Ascq
didier.tanre@univ-lille1.fr