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Comme une image

Sylviane Confort-Gouny. Ingénieure de recherche en instrumentation

Marseille, université de la Méditerranée. Sous les palmiers, la fac... Dans le hall immense, Sylviane Confort-Gouny m'attend, en tailleur rouge, un sourire vaguement inquiet aux lèvres. Parce qu'« on se perd souvent ici ». Pas l'ombre de l'accent chantant du Sud. En fait, Sylviane est originaire de Grenoble. Et si elle est à Marseille depuis vingt ans, c'est d'abord par amour… Elle a suivi son architecte de mari. Et elle n'a pas lieu de le regretter. Aujourd'hui, la voici à 48 ans à la tête du staff technique du laboratoire de ses rêves, le CRMBM, Centre de résonance magnétique biologique et médicale 1, installé au cœur du complexe ­hospitalo-universitaire de la Timone. Ici, elle intervient sur tout, du choix des machines au développement des projets… Mais pour en arriver là, cette ingénieure d'une ténacité sans faille a littéralement fait le siège du laboratoire de RMN (résonance magnétique nucléaire) naissant du professeur Cozzone, attendant qu'un poste se libère. En 1986, c'est le miracle. Sylviane passe avec succès le concours du CNRS. La voici dans le saint des saints. Seule ingénieure du laboratoire… « Patrick Cozzone venait d'acheter la première machine pour faire de l'imagerie. Nous avons installé le labo à la fac de médecine. Et mis en place les premiers protocoles sur l'être humain. Puis tout s'est enchaîné très vite. On a d'abord étudié sur l'homme le muscle, puis le cerveau et le cœur, nos trois thématiques de recherche. » 

Quelques minutes plus tard, visite guidée : ­Sylviane m'entraîne dans un dédale de couloirs et de petits escaliers qui montent et redescendent, dans les locaux du CRMBM. Pour les novices, impossible de s'orienter. Mais Sylviane me guide avec aisance, tout en me présentant « à droite, le deuxième spectromètre que le labo a acheté », « à gauche, une équipe en pleine exploration morphologique métabolique sur une souris ». « Totalement indolore », ajoute-t-elle vivement devant mon air effaré. « Nous développons deux applications : l'IRM, ou imagerie par résonance magnétique, et la SRM, spectrométrie par résonance magnétique qui visualise les réactions chimiques des cellules. » Cette dernière technique est en passe de se substituer aux méthodes traditionnelles irradiantes pour ­étudier le métabolisme. Avec un but très précis : « Transférer rapidement les résultats de la recherche fondamentale vers des applications cliniques ». Sylviane pousse une porte, me fait traverser une rue, et quelques dizaines de mètres plus loin… nous voici à l'hôpital, dans le Centre d'exploration métabolique par résonance magnétique (Cemerem), partie hospitalière du labo depuis 1998, date de l'acquisition de la première machine d'IRM « corps entier ». Devant nous se dresse un aimant de 1,5 tesla 2, qui occupe à lui seul une salle spéciale de l'unité de recherche en imagerie médicale à l'hôpital. Sylviane porte sur l'impressionnante machine un regard bienveillant tout en m'expliquant : « Avec l'IRM, le corps humain n'est pas soumis à des rayons X mais à un champ magnétique totalement inoffensif. On obtient des informations sur l'anatomie des tissus et des organes eux-mêmes, et la SRM permet de dresser une cartographie des molécules présentes dans les tissus. La technique de SRM est en train de se démocratiser, se félicite-t-elle. Dans les cinq ans à venir, elle va naturellement passer de la recherche fondamentale à l'hôpital. Tandis que la recherche s'emploiera à tester de nouvelles machines, toujours plus performantes, pour toujours plus de précision dans le diagnostic. » Sylviane caresse d'un regard intérieur le grand projet qui doit voir le jour en 2006 : l'arrivée au Cemerem d'un appareil d'IRM à 3 teslas, au champ magnétique 60 000 fois plus fort que le champ terrestre, qui permettra l'imagerie du corps entier de l'homme avec une précision jamais atteinte.

Sylviane en a conscience, le projet est ambitieux. À la mesure de l'essor du laboratoire marseillais et de sa vingtaine de publications majeures par an. « C'est le travail d'équipe qui fait tout le prix de ce que nous découvrons », insiste-t-elle. Alors, tout naturellement, le cristal du CNRS 3 qui lui a été décerné cette année… « C'est surtout une reconnais­sance de la valeur du laboratoire. Mon cristal appartient à toute l'équipe. Ici, c'est une mini-démocratie grecque : tout le monde est partie prenante. Lors de l'achat d'une nouvelle machine, on rédige un cahier des charges qui doit faire l'unanimité… J'aime être à l'origine d'un projet qui emporte une adhésion collective. » Comme chez elle, où ses trois filles règnent doucement sur les week-ends. Ski, randonnées pédestres… Sylviane Confort-Gouny traverse sa vie familiale comme sa vie professionnelle… en l'aimant.

 

Camille Lamotte

 

 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Aix-Marseille-II.
2. Un tesla = 10 000 gauss (le champ terrestre est égal à 0,5 gauss).
3. Le cristal du CNRS récompense chaque année des personnels qui exercent un métier d'accompagnement de la recherche pour leur créativité, leur maîtrise technique et leur esprit innovant. Quinze lauréats ont été désignés pour 2004.

Contact

Sylviane Confort-Gouny
Centre de résonance magnétique biologique et médicale (CRMBM), Marseille
s.confort-gouny@medecine.univ-mrs.fr


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