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Alain Lacampagne. À cœur ouvert

Distinction », « récompense », « prometteur »… N'en jetez plus ! Sa médaille de bronze du CNRS ? Alain Lacampagne en est bien sûr très content. Mais qu'on se le dise : « Ça n'a pas changé la face du monde, affirme-t-il doucement. Même si cela m'a tout de même permis de m'impliquer davantage dans la recherche, notamment au niveau national… » Depuis un an, le brillant chercheur de 37 ans, spécialiste de l'électrophysiologie cardiaque, est un membre actif du comité national du CNRS, qui évalue les labos et recrute les chercheurs. « Plus jeune, comme beaucoup d'autres chercheurs, je trouvais les commissions injustes : je me suis présenté quatre fois au CNRS avant d'être reçu. Mais quand on m'a proposé ce mandat, je me suis dit, plutôt que de râler, autant s'impliquer. Et passer de l'autre côté de la barrière. »

Alain Lacampagne s'est battu : les débuts ne furent pas roses. Après sa thèse de sciences à Tours, le jeune homme part en postdoctorat à Baltimore dans le laboratoire de Martin Schneider 1, avec de bonnes perspectives de retour. À Tours, des créations de postes s'annoncent… Alain profite donc de son séjour américain pour élargir son champ d'action : après avoir étudié pendant sa thèse l'excitation des membranes cellulaires du cœur dans le mécanisme des contractions cardiaques, il s'intéresse maintenant au muscle strié squelettique 2, et plus spécifiquement à l'activation de canaux qui conduisent à une libération de calcium par les stocks intracellulaires. « Heureusement, il y avait une certaine logique, continue-t-il. Je ne passais pas de l'étude d'une bactérie à celle d'un cancer du côlon… Mais par contre, il s'agissait d'approches méthodologiques vraiment différentes. » Et c'était là le vrai défi pour le jeune chercheur : troquer l'électrophysiologie pour la microscopie confocale 3. Cette technique émergente d'observation cellulaire lui permet de visualiser la libération de calcium lors de la contraction d'un muscle squelettique. Mais alors qu'Alain maîtrise petit à petit cette nouvelle technologie très prometteuse, ses perspectives de retour en France, elles, s'amenuisent : il tente plusieurs fois le concours du CNRS sans succès tandis que les postes de Tours se pourvoient sans lui. « Il fallait que je fasse quelque chose, ma femme, professeur d'anglais, s'était mise en disponibilité. Mais cela faisait maintenant trois ans que nous étions aux États-Unis. Alors nous avons décidé de rentrer. Sans garantie. Une fois la voiture vendue, notre maison vidée, nous nous sommes sentis un peu au bord du vide, sans clé. Tout nus. Abordant une France en liesse : c'était en 1998, et les bleus venaient de remporter la coupe du monde de football… C'était irréel. »

Après une attente pleine d'appréhensions, le chercheur est finalement reçu par l'unité Inserm de physiopathologie cardiovasculaire de Montpellier, dirigée par Guy Vassort. Et il est recruté par le CNRS l'année suivante. Sa femme, elle, obtient une mutation à Montpellier… Le couple respire. Et le chercheur prend les rênes d'un nouveau projet de recherche avec le tout nouveau microscope à balayage laser multiphotonique. « Nous étions alors les seuls en Europe à être équipés de ce système d'imagerie, couplant microscopie confocale et laser pulsé infrarouge. » Le labo passe au top de l'observation par fluorescence de tissus biologiques. Car le laser permet de faire de l'imagerie dans des tissus épais et vivants sans endommager ou presque la préparation, avec une résolution spatiale et temporelle très fine. « Paradoxalement, on était un peu les cobayes de cette nouvelle machine, se souvient-il. Les industriels n'avaient pas encore eu le temps de détecter certaines anomalies : les mises au point ont duré deux ans et les premières publications ont enfin eu lieu en 2003. » Le résultat, lui, est enthousiasmant : « En explorant le rôle du calcium dans des maladies musculaires, nous cherchons à comprendre ce qui conduit à des altérations des contractions du cœur et du muscle squelettique. Et cela pour prévenir ces perturbations et réparerles dégâts. » Une recherche fondamentale avec un fort potentiel d'applications médicales. Car les futurs bénéficiaires sont malheureusement légion : personnes souffrant d'hypertension, d'hypertrophie cardiaque, diabétiques, obèses… Mais Alain ne veut pas entrer dans la surenchère médicale. Car deux facteurs simples semblent ralentir de manière significative, et même prévenir, la progression des maladies cardiaques et musculaires : « Faire un minimum d'exercice physique et conserver une alimentation équilibrée. » Des conseils avisés… qu'Alain s'applique d'abord à lui-même. « Je n'ai aucun mérite, j'adore cuisiner, c'est ma deuxième passion ! », nous confie ce cuistot du cœur !

 

Camille Lamotte

 

 

 

Notes :

1. Il est professeur de biochimie et de biologie moléculaire
à l'université du Maryland.
2. C'est l'organe de la motricité du corps.
3. Outil associant des lasers, des éléments d'optique, des dispositifs de balayage rapide et des ordinateurs. Il permet d'avoir une excellente résolution d'image des tissus biologiques.

Contact

Alain Lacampagne
Inserm, Montpellier
lacamp@montp.inserm.fr


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