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Archéométrie

Pastiches aux rayons X

VDL / Pastiches / Bracelet

Ci-dessus, en MEB, détail d'un bracelet hybride : le centre provient d'une boucle d'oreille étrusque et la bordure de chardons, elle, est moderne.


De l'ancien véritable, de l'ancien restauré avec du moderne, du vrai moderne inspiré de l'ancien… Il y a de quoi s'y perdre ! Pour faire le tri dans les bijoux de la collection Campana, présentée actuellement au Louvre 1, Maria Guerra, chercheuse au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) 2, les a étudiés sous toutes leurs soudures. Cette collection regroupe en effet des objets d'origines diverses (étrusques, grecs, byzantins, romains…), achetés ou sortis de fouille par le marquis Campana au xixe siècle. Certains bijoux ont été restaurés et y côtoient donc des objets purement anciens ainsi que des pastiches, ces bijoux d'inspiration antique assemblés à partir d'éléments anciens et modernes.

Le but des études menées par Maria Guerra ? Comprendre les techniques utilisées, repérer les restaurations ou encore les pastiches. « Pour certaines pièces, c'est assez évident. » Ainsi les bijoux étrusques, parmi les plus complexes de la collection, sont caractérisés par un travail très fin de la granulation, c'est-à-dire de l'application de minuscules billes d'or à la surface des bijoux. Les Étrusques 3 étaient en effet passés maîtres dans l'art de cette technique d'orfèvrerie. « Le travail semble fait à la loupe binoculaire ! », précise la chercheuse. Depuis le déclin de leur civilisation, cette technique demeure un mystère. « Les restaurations effectuées au xixe siècle sont grossières, on fait donc parfaitement la différence : les billes sont plus grosses, moins bien soudées… » C'est grâce à ­l'observation en radiographie à rayons X et au microscope électronique à balayage (MEB) que Maria a pu mettre en évidence la complexité de certains pastiches. Les historiens savaient déjà que les bracelets articulés étaient des assemblages modernes d'éléments antiques, prélevés sur des boucles d'oreilles. Mais les nouvelles études révèlent précisément leur technique de montage et notamment la présence de fils d'or aux stries parallèles et régulières. Ces dernières trahissent justement une technique moderne d'obtention de filigrane – décoration faite de fil d'or –, en fait une piètre imitation des splendides fils dits « creux tordus » des Étrusques, parcourus, eux, de sillons obliques. Grâce à Aglae 4, Maria a pu également obtenir, sans prélèvement, la composition des alliages. Certains bijoux révèlent ainsi un or « antique » presque pur, à 95 %, à côté de parties modernes ne contenant que 75 % d'or (le fameux or de 18 carats). Et surtout, pour la première fois, la chercheuse a fait appel à la technique de microtopographie 5 pour étudier les traces d'outils laissées par les orfèvres étrusques. Elle a ainsi montré que les décorations des bagues à cartouche datant du vie siècle avant J.-C. ne sont pas gravées mais tracées au ciselet.

200 objets exposés, une centaine étudiée sur les 1 000 bijoux de la collection : Maria Guerra a encore de la matière pour percer les secrets de ces orfèvres aux mains d'or.

 

Julie Coquart

 

 

Notes :

1. Exposition « Trésors antiques, bijoux de la collection Campana », jusqu'au 16 janvier.
2. Centre de recherche et de restauration des musées de France (CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication).
3. Première grande civilisation d'Italie, née au début du premier millénaire avant J.-C., anéantie par l'expansion de Rome.
4. Aglae : accélérateur Grand Louvre pour l'analyse élémentaire.
5. Microtopographie de surface : méthode optique sans contact permettant d'obtenir le profil d'une surface.

Contact

Maria Guerra
C2RMF, Paris
maria.guerra@culture.gouv.fr


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