
La recherche est en pleine réforme à l'heure actuelle en Ukraine. Le débat sur l'intégration des instituts de l'Académie nationale des sciences d'Ukraine (Ansu) au sein de l'Université n'est pas encore tranché. Il est vrai que l'Ukraine assiste à une véritable renaissance de ses universités, même si elles manquent de moyens en matière d'équipements. Les plus connues sont celles de Kiev (Université nationale, Mohyla, Taras Shevchenko), de Kharkov, de Lvov et de Dnipropetrovsk. L'Ukraine possède de grands chercheurs qui ont une réputation internationale. D'aucuns sont par conséquent pour une réforme de l'Ansu, à l'instar du professeur Briukhovetsky, qui souligne qu'il y eut création d'un seul ministère pour la science et l'éducation après la nomination de Viktor Youchtchenko au poste de Premier ministre en décembre 1999 1. Toutefois, ce ministère n'influence plus aujourd'hui ni la science ni l'éducation, ni même un développement innovant de l'économie du pays. De leur côté, les chercheurs de l'Ansu militent pour le maintien de son autonomie, aidée par un financement étatique, et contre son éclatement sous forme d'instituts de science appliquée au sein des universités. L'Ukraine dispose de grandes ressources humaines, très bien formées dans le domaine nucléaire. Afin d'éviter une fuite des cerveaux vers des pays à risques, les États-Unis sont très présents, notamment par le biais de l'Otan. L'accord STCU (Science and Technology Center in Ukraine), auquel participent les Européens, dont les Français, a été signé le 15 octobre 1993 pour faciliter la recherche entre scientifiques et ingénieurs.
L'accord de coopération scientifique signé entre l'Ansu et le CNRS le 11 février 2004 a pour objectif de développer et d'approfondir la coopération mutuelle entre les chercheurs des deux pays, notamment par le partage des équipements et des matériaux. Les équipes de recherche partenaires doivent déposer auprès de leur organisme des projets de recherche conjoints. Un Pics a été mis en place dans le domaine de la physique nucléaire et corpusculaire. Le but est de développer de nouveaux scintillateurs plastiques avec l'Institut de Kharkov.
Par ailleurs, deux GDRE (groupements de recherche européens) devraient être signés d'ici à la fin de l'année. Le premier concerne des recherches archéologiques en mer Noire, et otamment la création de structures dévolues aux recherches portant sur les montagnes de la chaîne pontique. Ce GDRE a pour vocation de favoriser et d'encourager les échanges de chercheurs et les actions de formation, et de coordonner des programmes de recherche multipartenaires. Le second GDRE est relatif aux ions lourds. Il a donné lieu à de nombreuses publications et présentations au sein de conférences internationales. Dans le cadre de plusieurs accords, il y a des échanges réguliers entre des équipes françaises, polonaises, russes et ukrainiennes.
Le but est notamment de focaliser les efforts sur des détecteurs de haute technologie. Pour conclure, l'Ukraine dispose de forts potentiels, et le CNRS vise à développer des coopérations bipartites avec l'Ansu et même tripartites en incluant les universités.
Christel Lambolez
Partenaires
L'Académie nationale des sciences d'Ukraine (Ansu) bénéficie d'un prestige mondial. Les écoles scientifiques des professeurs N. Bogolioubiv, V. Glouchkov, S. Braudé, et E. Paton, qui y enseignent encore, possèdent une grande notoriété. L'Ansu fut créée en 1918, après la révolution et avant la création de l'URSS. Elle est l'une des six grandes académies avec la Médecine, le Droit, la Pédagogie, l'Agronomie et les Beaux-Arts. Elle a joué le rôle de ministère de la Science jusqu'à la révolution Orange en 2004. Elle possède 174 instituts de recherche, majoritairement situés à Kiev, et emploie 43 500 personnes. Son budget annuel est de 150 millions d'euros (dont la moitié en provenance du budget de l'État).
Six centres régionaux réunissent recherche fondamentale et appliquée avec des bureaux d'étude et quelques unités de production. Cependant l'Ansu nécessite des réformes, car il faudrait changer sa gestion étatique. Pour l'instant, ses projets ne sont pas liés à une valorisation industrielle.
Le CNRS a signé un accord de coopération avec l'Ansu le 11 février 2004 afin d'échanger des chercheurs. L'appel à projets devait être clos à la fin du mois de septembre. Il s'agit du deuxième accord signé depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991.
en chiffres
> Superficie : 603 700 km2.
> Population : 49 millions d'habitants.
> PIB : 37 588 millions de dollars.
> 152 copublications avec la France, dont 104 avec le CNRS en 2003.
> 1 programme international de coopération scientifique (Pics), « Développement de nouveaux scintillateurs plastiques à haut rendement de fluorescence ».
> 1 programme d'action intégrée (PAI), « Dnipro ».
> 2 groupements de recherche européens (GDRE) en instance de signature autour de la mer Noire et de la recherche sur les ions lourds.
1. est aujourd'hui président de l'Ukraine.
Jean-Luc Teffo
Chargé de mission « Europe »
DREI, Paris
jean-luc.teffo@cnrs-dir.fr