
Comment est né le projet Impulse ?
Michael Matlosz : L'idée que les microtechnologies pouvaient avoir une application dans la chimie est apparue dans les années quatre-vingt-dix. On s'est aperçu alors que des transformations chimiques pouvaient se faire dans de très petits réacteurs aux dimensions allant d'une dizaine à quelques centaines de micromètres. Mais ces recherches restaient pour l'essentiel confinées aux applications de laboratoire. En 2001, je me suis adressé à des industriels en leur demandant si le moment n'était pas venu de lancer une recherche tournée vers la production industrielle. Ceci afin de maintenir l'avance de l'industrie chimique européenne face à ses principaux concurrents.
En 2003, après de longues négociations, nous avons réussi à former un consortium constitué de 20 membres : 12 universités et centres de recherche et 8 industriels, parmi lesquels 4 sociétés majeures, qui sont Glaxosmithkline, deuxième pharmacien mondial, Degussa, géant de la chimie de spécialité, Procter & Gamble, leader dans les lessives et produits de grande consommation, et Siemens, premier constructeur mondial de systèmes de commande automatique. Nous avions donc un véritable projet intégré, très ambitieux et bien ciblé, et c'est pour cela qu'il a été retenu par la Commission européenne.
Quels sont les verrous que vous voulez lever ?
M. M. : Aujourd'hui, il est difficile pour un industriel d'investir dans les microtechnologies, car il n'a pas les outils pour évaluer les apports réels vis-à-vis des coûts d'investissement. Impulse a pour but d'établir des critères de prise de décision à partir de cas concrets proposés par les industriels. Nous voulons aider l'investisseur en lui disant quand ces innovations vont lui apporter un gain en compétitivité. Pour cela, nous devons mettre au point des méthodes et des outils de conception, de dimensionnement et d'analyse technico-économique. Nous devons aussi faire en sorte que ces outils et méthodes soient faciles à enseigner afin de les mettre à la disposition des ingénieurs de demain.
Comment est structuré le projet Impulse ?
M. M. : Impulse est constitué d'abord de trois piliers consacrés à l'industrie pharmaceutique, à la chimie fine et aux produits de grande consommation. Chaque pilier est piloté par un des géants de la chimie déjà cités et comprend trois opérations scientifiques tirées d'applications industrielles concrètes. Par exemple, Procter & Gamble serait intéressé par la production de certaines émulsions très spécifiques qui actuellement ne se font qu'en laboratoire grâce à des outils microstructurés. Savoir comment passer à une production à haut débit sans perdre en précision est un des problèmes que nous essayons de résoudre.
Ces recherches sont ensuite reliées par un axe transversal qui comprend la conception scientifique et technique des procédés et des équipements, et d'autres aspects comme la sécurité et l'éco-efficience. En effet, les innovations d'Impulse modifieront tant la technologie que la façon de commercialiser et de distribuer ces produits.
Que peut apporter Impulse au développement durable ?
M. M. : Impulse cherche à transformer l'industrie chimique afin de la rendre plus propre, plus sûre et plus compétitive. Car le développement durable ne se situe pas seulement au niveau des matières premières et de l'énergie. Pour en relever les défis écologiques, économiques et sociaux, il faut aussi transformer la chaîne de production. C'est sur ce point que s'est focalisé Impulse et que le génie des procédés peut apporter des innovations à portée socio-économique réelle.
Propos recueillis par Sebastián Escalón
Les 20 membres partenaires d'Impulse
>France : CNRS (LSGC, Nancy ; LGC, Toulouse ; LGPC, Lyon), INPL (Nancy), Arttic, Ineris ;
>Allemagne : Dechema, Degussa, Forschungszentrum Karlsruhe, Institut de microtechnique (Mayence), RWTH (Aix-la-Chapelle), Siemens, Solvent Innovation ;
> Royaume-Uni : Britest, Glaxosmithkline, université
de Manchester ;
> Pays-Bas : TNO ;
> Espagne : ETSEQ (Taragone) ;
> République tchèque : ICTP (Prague), ICPF (Prague) ;
> Pologne : Université technique de Varsovie ;
> Suisse : Procter & Gamble Europe
1.Integrated Multiscale Process with Locally Structured Elements, projet intégré coordonné par le CNRS et lancé en mars 2005.
2. Michael Matlosz est professeur en génie des procédés à l'Ensic-INPL (École nationale supérieure des industries chimiques-Institut national polytechnique de Lorraine) et chercheur au LSGC (Laboratoire des sciences du génie chimique) de Nancy.
3. Programme-cadre de recherche et développement technologique.
Michael Matlosz
LSGC, Nancy
michael.matlosz@ensic.inpl-nancy.fr