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Livre

3 questions à

Véronique Altglas. Le nouvel hindouisme occidental

CNRS Éditions, coll. « CNRS sociologie », octobre 2005, 256 p. – 27 €.

 

Véronique Altglas est sociologue, membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS / EPHE).

 

Depuis les théosophes en passant par les Beatles, on pourrait dire qu'aujourd'hui « tout le monde fait un peu de yoga » : que nous dit votre ouvrage sur une situation quelque peu confuse pour les non-initiés ?

Les sociologues qui travaillent sur les nouveaux mouvements religieux depuis les années soixante ont fréquemment classifié les mouvements néo-hindous, et plus généralement asiatiques, comme étant des mouvements mystiques. Ceci les a amenés à des réflexions théoriques selon lesquelles non seulement existaient des affinités possibles entre mystique et modernité, mais que ces affinités pouvaient révéler une « orientalisation de l'Occident ». En choisissant deux cas concrets, jusqu'ici peu étudiés (contrairement aux mouvements autour de Rajneesh, ou Hare Krishna, par exemple), j'ai tenté de prolonger ce débat en montrant qu'à mesure que ces mouvements se diffusent, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ils s'occidentalisent. Il s'agit du Siddha yoga (la « Voie des parfaits ») et du Centre Sivananda, deux mouvements néo-hindous qui se sont implantés en Occident au tournant des années soixante-dix et que j'ai observés en Angleterre et en France – et dont le deuxième, en France, a acquis le statut de congrégation religieuse.

 

Quelle forme prennent ces mouvements chez leurs disciples français et anglais ?

La première chose que j'ai pu remarquer, c'est que leurs parcours ressemblent à une sorte de nomadisme dans lequel se croisent bouddhisme, taoïsme, thérapies alternatives diverses, arts martiaux et autres techniques corporelles empruntant à l'Asie : un parcours spirituel hétéroclite mais qui s'appuie, quand même, sur une fascination pour « l'Orient mystique » et sa sagesse. Par ailleurs, ces mouvements ont opéré un travail de simplification des traditions religieuses auxquelles ils se réfèrent, parce qu'ils cherchent à répondre à un individualisme religieux en présentant l'hindouisme comme une religion universelle accessible à tous et adaptable. La religiosité des disciples s'appuie sur quelques « fondamentaux », en particulier une recherche de pratiques orientées vers un perfectionnement de soi,  initiant un nouveau rapport au monde…

 

…D'où l'importance, chez le disciple, de son « rayonnement » personnel ?

Tout à fait : un « rayonnement » qui est l'indice d'un nouveau rapport au monde où le bien-être personnel devient l'action ultime et le véritable engagement d'individus qui, par ailleurs, sont particulièrement dépolitisés – d'où l'évocation de la mystique. Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que la diffusion de ces groupes participe à un double mouvement constitutif de la globalisation : d'une part, ils s'adaptent à des configurations nationales différentes, et leurs enseignements prennent de nouvelles significations – par là, ils s'occidentalisent. D'autre part, mouvements et disciples rassemblés autour d'enseignements simplifiés et une approche subjective et individualiste contribuent à la corrosion des contenus rituels et doctrinaux et nourrissent, ainsi, un nouveau phénomène d'homogénéisation du religieux.

 

Propos recueillis par Léa Monteverdi

 

 


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