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Ils ont choisi la France et le CNRS

César Steil. Au cœur des céramiques

Références :


Il est intarissable sur les céramiques, la zircone cubique ou les ions oxydes. Mais sur lui : rien. Ou si peu. « Pourquoi faire mon portrait ? », s'interroge même César Steil, de sa voix posée, un rien chuintante et constellée de « r » roulés, qui trahit son origine sud-américaine. On l'aura compris, le chercheur de Villeneuve-d'Ascq 1 n'est pas d'un caractère expansif, à cent lieues de l'idée que l'on se fait généralement des Brésiliens. Certes, comme tous ses compatriotes, il avoue – à demi-mot – aimer le foot, la samba, la fête…, mais insiste pour que les Français, en cette année du Brésil, portent un autre regard sur son pays : « Le Brésil, c'est aussi la recherche spatiale ou les nanotechnologies. »

Né dans une famille de commerçants modestes de l'État de Santa Catarina, dans le Sud du ­Brésil, César Steil se révèle très tôt un élève doué pour les mathématiques et la physique. Une bourse lui permet de poursuivre des études supérieures à l'université de São Carlos, dans l'État de São Paulo, avec une seule idée en tête : devenir chercheur. C'est en deuxième année de fac, lors d'un stage dans un laboratoire de recherche, qu'il découvre les propriétés exceptionnelles des céramiques : résistance à haute température et à l'usure, inertie chimique… Aucune extase mystique dans cette révélation, mais une source d'intérêt grandissante pour des matériaux étonnants : « Et plus encore pour leurs propriétés ­électro-chimiques. »

Deux ans plus tard, César débarque en France un peu par hasard. « Je voulais depuis toujours faire ma thèse en Europe. J'avais d'abord pensé à l'Angleterre. » Pourtant, en 1991, à la fin de son Master, il s'inscrit en thèse au Laboratoire des céramiques spéciales de l'école des mines de Saint-Étienne. « J'y avais fait un stage de deux mois, un an auparavant, et j'avais été séduit par l'ambiance et les conditions de travail. Pourtant à l'époque je balbutiais le français. Il m'a fallu trois mois de cours intensifs pour commencer à maîtriser un tant soit peu la langue de Molière. » Partagé entre Saint-Étienne et Grenoble 2, il étudie la conductivité ionique des céramiques à base de zircone cubique. « Elles présentent trois applications majeures, explique-t-il. Tout d'abord, la détection du taux d'oxygène dissous dans l'acier fondu, afin de fabriquer un alliage inoxydable d'une grande qualité. Elles peuvent ensuite être utilisées dans des compresseurs électrochimiques, afin de générer de l'oxygène très pur à partir de l'air atmosphérique. Une solution qui intéresse grandement les avionneurs. Enfin, dernière application, très à la mode aujourd'hui, comme électrolyte dans les piles à combustible à oxyde solide (SOFC). » Seul problème, pour remplir son office, la zircone doit être chauffée entre 800 et 1 000 °C. Des températures élevées qui soulèvent des problèmes de choix de matériaux d'assemblage, de réactivité, de stabilité en température, de fuites de gaz…

La recherche actuelle vise donc à découvrir d'autres conducteurs ioniques à des températures inférieures. César Steil a notamment beaucoup étudié les propriétés des Bimevox, conducteurs à 700 °C, voire 600 °C. D'abord à Grenoble, lors de son séjour de postdoc, puis au laboratoire de Villeneuve-d'Ascq, qu'il rejoint en 1998 comme chercheur invité. Devenu ingénieur de recherche deux ans plus tard, il décide de s'installer définitivement en France, malgré plusieurs propositions pour rentrer au Brésil. « Mais je m'efforce d'avoir toujours une coopération scientifique avec mon pays d'origine. »

 

Emmanuel Thévenon

  

Notes :

1. Au Laboratoire de cristallochimie et physico-chimie du solide (CNRS / université Lille-I / université Valenciennes).
2. Au Laboratoire d'électrochimie et de physico-chimie des matériaux et des interfaces (LEPMI, CNRS / INP Grenoble / université Grenoble-I).


Contact

César Steil
LCPS, Villeneuve-d'Ascq
cesar.steil@ensc-lille.fr


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