
Couvée en 2002 dans un incubateur à Marseille 1, Spintron prend son envol. L'objectif de cette start-up ? Commercialiser au plus vite des mémoires magnétiques dont l'intérêt à terme n'est plus à démontrer : allumer les ordinateurs en une fraction de seconde, accéder instantanément aux données (10 ns), augmenter l'autonomie des téléphones portables…
Dans ce domaine où un brevet est déposé presque chaque jour, la société Spintron, qui tire son nom du « spin » des électrons 2, entend bien se démarquer en réduisant le nombre d'étapes de fabrication de ses « e-MRAM » 3, ou mémoires magnétiques. « Ainsi nous réduirons les coûts de production tout en accélérant l'industrialisation », déclare Antoine Filipe, polytechnicien et PDG de Spintron. Comment ? Grâce à un procédé de fabrication ayant fait l'objet d'un brevet déposé fin 2002 par le CNRS et l'université d'Aix-Marseille et mis au point par Viatcheslav Safarov, chercheur au GPEC 4, une unité du CNRS devenue le CRMCN 5.
Une petite révolution, comparé à la fabrication « classique » des mémoires magnétiques, composées de silicium et de couches successives de matériaux ferromagnétiques et d'isolants, qui requiert de nombreuses étapes et reste très coûteuse. Le professeur Viatcheslav Safarov est parvenu à intégrer la partie ferromagnétique directement dans le flux de production du silicium, et à passer ainsi de quatre à une seule étape de photolithographie 6. Résultat : l'investissement est divisé par dix !
De quoi intéresser les industriels, qui promettent un bel avenir aux mémoires magnétiques. elles ont un atout de taille : non volatiles, elles conservent les données intactes même en cas de coupure de courant, sans solliciter les batteries. Et elles sont beaucoup plus rapides et résistantes que les disques durs, eux aussi non volatils mais mécaniques.
Pas étonnant que Spintron, soutenue par l'Anvar et lauréate du 5e concours national d'aide à la création d'entreprises en 2003, ait bénéficié d'une aide publique du ministère de la Recherche et d'un prêt de Primaveris, fonds d'amorçage généraliste. Elle a déjà consacré un budget de 200 000 euros au développement industriel de ses « e-MRAM » et en dépensera probablement autant d'ici à la fin 2006, où elle devrait être en mesure de proposer le prototype finalisé aux industriels. Un succès, compte tenu de l'immensité du marché des mémoires magnétiques : 10 milliards d'euros… et d'autant plus que d'ici à cinq ans, 80 % de la surface d'une puce sera de la mémoire. On mesure l'impact de telles technologies.
1. L'incubateur Impulse, créé à l'initiative des trois universités d'Aix-Marseille
et de celle d'Avignon, fait partie du réseau national de France Incubation.
2. Propriété qui permet d'utiliser
les charges magnétiques, et non plus électriques, pour stocker les informations.
3. MRAM : Magnetic Random Access Memory.
4. GPEC : Groupe de physique des états condensés.
5. CRMCN : Centre de recherche en matière condensée et nanosciences, une unité propre de recherche du CNRS rattachée aux deux universités d'Aix-Marseille-II et III.
6. Photolithographie : gravure d'un film mince de résine photosensible (à la surface du silicium) par exposition à une radiation lumineuse.
Antoine Filipe
Spintron, Marseille
antoine.filipe@spintron.fr