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© P. Paulin / CNRS Photothèque Ici, Sumba Ndong Boula Alain récolte le miel.
Au cours de l'année 2004, Pascale a partagé le quotidien des Pygmées baka, dans le village de Bitouga, au Nord du Gabon. Son projet : comprendre le fonctionnement de la langue (à tradition orale) et tenter de répertorier les différents modes de pensée de ce peuple de la forêt, chasseur-cueilleur, à travers l'analyse de la langue (phonétique, phonologie, morphologie, lexique) et une enquête ethnologique de terrain. Pour cela, elle effectue des allers et retours constants entre l'étude des mots, qui éclairent une culture ou les migrations d'une population, et l'observation des modes de vie, qui en disent long sur une langue. Elle se concentre sur des lexiques spécialisés : la richesse du vocabulaire de la récolte du miel ou de la chasse la renseigne sur ce qui rythme l'existence de ce peuple. Une recherche en faveur de la préservation de la diversité culturelle, puisque ces Pygmées, qui vivent en minorité au milieu de populations bantoues, risquent d'être assimilés à cette majorité et de voir mourir leur langue. « De plus, on connaît peu de choses sur le baka, et les missionnaires qui ont précédemment étudié cette langue n'accordaient pas forcément d'importance à la notation des tons dans les dictionnaires, notation pourtant essentielle ici », explique-t-elle, pédagogue.
La doctorante, originaire de Vénissieux 1, a donc cherché à se fondre dans le paysage africain, à faire oublier aux habitants de Bitouga la blancheur de sa peau et l'émeraude de ses yeux rehaussés d'épais sourcils – qui lui confèrent ce côté décidé. « Pourtant, le décalage culturel n'est jamais simple, on se trouve isolé dans son mode de pensée ; heureusement, je ne me laisse pas dérouter facilement », commente la linguiste avec assurance. Mais elle a eu la chance, sur place, de bénéficier notamment de la présence d'un anthropologue du Laban 2 de Libreville, qui dans un premier temps a joué les traducteurs. Et de celle de Sumba, fils d'un grand guérisseur baka, venu spontanément vers elle pour lui servir d'informateur lors d'une mission à laquelle elle avait participé avant sa thèse 3, dans le cadre du projet « Langues, gènes et cultures bantous » 4. C'est d'ailleurs par ce biais qu'elle a réintégré l'univers de la science – et la même unité de recherche –, qu'elle avait mis entre parenthèses pendant quelques années. Une pause pour la bonne cause : l'art, toujours. Après avoir débuté une première thèse en 1995, sur le traitement automatique des langues africaines, Pascale s'en est allée travailler pour un collectif de jazz dont son compagnon faisait partie. Tout en suivant bien sûr, une formation dans le domaine de l'administration culturelle. Et comme pour parfaire la partition de la musique d'une vie, elle a mis au monde deux enfants qu'elle élève dans le respect de l'écologie. Mais, telle celle d'un tam-tam, la mélodie des langues africaines s'est rappelée à son bon souvenir.
Stéphanie Bia
1. Ville située au sud-est de Lyon.
2. Laboratoire d'anthropologie de l'université Omar Bongo (UOB) avec lequel collabore régulièrement le laboratoire « Dynamique du langage ».
3. Au sein du laboratoire « Dynamique du langage ».
4. Programme CNRS « Origine de l'homme, du langage et des langues ».
Pascale Paulin
Laboratoire « Dynamique du langage », Lyon
pascale.paulin@ish-lyon.cnrs.fr