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Environnement

Comment la canicule en Europe a altéré la végétation

Il fait beau, il fait chaud, les plantes en profitent pour s'épanouir, augmenter leur activité et donc la production de biomasse. Ça, c'est le schéma général et généralement accepté par la communauté scientifique. Mais c'est compter sans l'impact d'événements climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur et de sécheresse. Philippe Ciais, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) 1 de Gif-sur-Yvette, vient de publier un article dans Nature 2 montrant la réduction « historique » de l'activité végétale lors de la sécheresse que l'Europe a connue en 2003.

L'équipe de Philippe Ciais a enquêté sur la manière dont des chaleurs extrêmes en été, accompagnées d'un déficit de précipitations, pouvaient altérer le cycle du carbone dans les écosystèmes européens. « En comparant l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère au cours des années, on observe des variations interannuelles importantes, et notamment des années où il a très fortement augmenté, comme en 2003 », explique le chercheur. De plus, si l'on superpose des cartes des anomalies climatiques de 2003 et de l'impact sur la végétation, les zones de forte chaleur sont similaires à celles où la pho­tosyn­thèse était moindre en 2003. « Cela change un peu la vision classique du futur : d'ordinaire, on s'accorde à dire que la production végétale a tendance à augmenter lorsqu'il fait un peu plus chaud. On prédit alors pour le futur une accumulation plus importante du carbone dans les écosystèmes en moyenne latitude nord. Mais si des événements extrêmes surviennent fréquemment, cette vision devra être revue », continue Philippe Ciais. Les chercheurs ont analysé ces observations à différentes échelles : mesures de flux du CO2 dans les ­écosystèmes, flux d'énergie, rendement national des cultures… Beaucoup de ces nouvelles données proviennent du programme européen Carboeurope.

Grâce à un modèle de simulation de la biosphère terrestre développé par le laboratoire, l'équipe a pu interpréter ces données et mettre en évidence, à l'échelle continentale, la baisse de productivité primaire 3 en 2003. « Pour la première fois, nous avons pu montrer combien la productivité pouvait être affectée par un choc important. » En faisant tourner leur modèle de 1900 à 2003, les chercheurs ont montré que l'année 2003 avait connu la productivité la plus basse du siècle en Europe de l'Ouest : 20 % en dessous de la moyenne sur 1960-1990. « Un tel effondrement de productivité en un an est suffisamment important pour altérer le “vert” de la végétation détectée par les satellites », précise Philippe Ciais. Les chercheurs espèrent pouvoir utiliser leur modèle pour prédire l'état de la végétation à l'échéance de quelques mois, en utilisant des prévisions saisonnières du climat. Ils pourraient ainsi anticiper, par exemple, les rendements des cultu­res, ce qui aurait un énorme impact socio-économique.

 

Julie Coquart

 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / CEA.
2. Nature du 22 septembre 2005.
3. Quantité de matière organique élaborée par les végétaux photosynthétiques pendant une période donnée.

Contact

Philippe Ciais LSCE, Gif-sur-Yvette philippe.ciais@cea.fr


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