
Société
Qu'est-ce qui a changé ces cinquante dernières années en matière de délinquance ? Comment analyser ces changements ? Vastes interrogations sur des questions brûlantes. Pour y répondre, le Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) 1 et le Groupe européen de recherche sur les normativités (Gern) 2, en collaboration avec l'université de Versailles-Saint-Quentin (VSQ), organisent du 29 septembre au 1er octobre 2005 un colloque international intitulé « Crime et insécurité ». Durant ces quelques jours, des chercheurs de dix pays exploreront six grands thèmes :
– La hausse de la délinquance contre les biens est-elle une conséquence de la société de consommation ?
– Quels liens y a-t-il entre précarité et violence ?
– Le sentiment d'insécurité est-il associé à la fracture sociale ?
– Comment le secteur privé vient-il au secours du public pour lutter contre l'insécurité ?
– Quelles sont les caractéristiques du nouvel ordre social et celles des nouvelles formes de répression pénale ?
– Comment analyser les mises en cause, par les juges et les médias, de l'intégrité des élites ?
Ensemble, les chercheurs réfléchiront également à la manière dont leur communauté aborde et étudie cette délinquance. Leur domaine de recherche s'inscrit au croisement de plusieurs disciplines. On y trouve aussi bien des sociologues, des politologues, des juristes, des historiens, que des démographes ou des économistes. « Depuis quelques années, on assiste à la montée en puissance des politologues, puisque les questions de délinquance entrent directement dans la sphère des politiques publiques », commente René Lévy, l'un des organisateurs du colloque et chercheur au Cesdip.
Aujourd'hui, en l'absence de filière complète de formation en sociologie de la déviance, l'essentiel du potentiel de recherche français doit son existence au CNRS. Et si la France occupe une place visible sur la scène internationale, c'est en grande partie grâce à l'existence d'un réseau européen – le Gern –, créé par Philippe Robert (voir encadré) en 1993. Le grand chantier actuel du Gern tient dans un projet d'action coordonnée réunissant plus de trente centres de dix pays et actuellement soumis à l'examen de la Commission européenne.
Dans les grandes lignes, la sociologie criminelle française a connu ce dernier demi-siècle trois grandes périodes. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les chercheurs se sont focalisés sur l'analyse du système pénal (justice, police, prison) et les réactions sociales face aux déviances. Durant la décennie suivante, ils ont aussi analysé les politiques publiques et le rôle que jouent les victimes dans le processus pénal – le Cesdip a ainsi introduit en France les enquêtes auprès des victimes et développé l'étude de l'insécurité. Dans les années deux mille, on relève un retour à l'étude des conduites délinquantes avec la question des quartiers difficiles et des inégalités sociales et, plus récemment, celle des discriminations ethniques.
Autant de sujets qui seront passés en revue dans leur dimension européenne lors de ce colloque, avec des conclusions susceptibles de séduire ou d'alarmer nos politiques, qui jonglent de plus en plus avec les chiffres de la délinquance.
Stéphanie Bia
Programme complet et inscription
www.cnrs.fr/SHS/actions/insecurite.php
Date limite des inscriptions : le 23 septembre 2005
Ce colloque est aussi l'occasion de rendre hommage à Philippe Robert, directeur de recherche CNRS qui entre dans l'éméritat et à qui l'on doit justement le renouveau de la sociologie criminelle depuis les années soixante. C'est lui qui a créé en 1969 le SEPC – l'ancêtre du Cesdip –, un laboratoire unissant le CNRS et le ministère de la Justice. « Ce grand entrepreneur scientifique a complètement retourné la question sur le crime en posant que la norme précède le crime. Une norme qui est un instrument politique et dont il faut comprendre l'utilisation », commente René Lévy.
1. Le Cesdip est un laboratoire CNRS / ministère
de la Justice.
2. Le Gern (GDRE-CNRS) est un réseau scientifique qui réunit actuellement une quarantaine de centres et des chercheurs de différentes disciplines (sociologie, science politique, criminologie, histoire, droit…) travaillant sur les normes et les déviances dans onze pays d'Europe (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Slovénie, Suisse).
René Lévy
Cesdip, Guyancourt
rlevy@cesdip.com