
Environnement
Nom de code : African Pollen Database. Mission de ce réseau international d'une cinquantaine de palynologues : mettre en commun leurs informations sur les grains de pollen – fossiles ou récents – récoltés en Afrique pour reconstituer la végétation des 15 à 20 derniers millénaires. Mais ces données pourraient porter sur les périodes du Miocène et du Pléistocène 1. Précisons que les grains fossiles ont été prélevés par carottage dans des lacs ou des océans. Une façon d'estimer l'évolution de la biodiversité et, pour les climatologues, d'évaluer l'impact climatique sur l'environnement au fil des époques. L'arme secrète pour parvenir à ce résultat : une base de données pointue, alimentée par les chercheurs, accessible gratuitement à toute la communauté scientifique et développée par les informaticiens chevronnés du groupement d'intérêt public Médias-France, qui sera pleinement opérationnelle en juin. Pour l'instant, 2000 espèces de plantes actuelles et fossiles sont répertoriées sur un serveur, avec déjà quelques outils de requête permettant d'accéder à des profils de grains de pollen et à leur photo. Le challenge technique sera sans doute pour les fleurs : il faudra que leur taxonomie, très particulière, puisse être reconnue facilement par la base.



© © CNRS/LSCE
Échantillonnage de grains de pollen de la flore africaine tropicale actuelle. De haut en bas : Caesalpiniacae, Hibiscus elatus et acacia.
L'African Pollen Database, réseau initié dès 1994 dans le cadre du programme Biome 6000 puis soutenu par l'Europe au sein du projet Inco et par l'Unesco 2, qui ne touchait au départ que l'Afrique subsaharienne, couvre désormais aussi l'Afrique du Nord. La collecte des informations donne du grain à moudre et c'est tant mieux, « car convaincre les chercheurs de partager leurs recherches sans crainte est souvent difficile ; ici, ils ont fait un véritable effort », souligne Anne-Marie Lézine, spécialiste des pollens, qui coordonne ce projet depuis des années. Cette chercheuse 3 est doublement impliquée dans l'African Pollen Database, puisque l'objectif est aussi d'aider les chercheurs africains à se développer et à être autonomes dans la gestion de leurs données. « Pour cela, nous accueillons les scientifiques du continent africain en Europe, où nous les formons et assurons leur prise en charge. Une initiative spécifique à cette base à laquelle le CNRS apporte un soutien important », conclut la coordinatrice.
Stéphanie Bia
Pour en savoir plus
1. Miocène : période de l'ère tertiaire caractérisée notamment par la crise messinienne (de – 5,75 à – 5,32 millions d'années). Pléistocène : de – 1,8 million d'années à – 10 000 ans.
2. Dans le cadre du Programme international de corrélation géologique (PICG).
3. Qui coordonne aussi, avec Gilles Ramstein, le programme Eclipse (« Environnement et climat du passé : histoire et évolution »), financé par l'Insu.
Anne-Marie Lézine
Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), Gif-sur-Yvette
anne-marie.lezine@cea.fr