
Anthropologie
© © J. Chatin/CNRS Photothèque Unique en Europe, 
l'ostéothèque de Pessac rassemble près de 300 collections d'anthropologie.
Que d'os, que d'os ! À quelques kilomètres de la Garonne, un bâtiment étanche aux regards abrite un véritable trésor : près de 300 collections dites « anthropologiques » y sont conservées, allant du simple squelette à un ensemble funéraire de 300 à 400 individus ! Cimetière ou musée ? Ni l'un ni l'autre… Il s'agit de l'ostéothèque de Pessac. Cette structure unique en France, qui fête ses dix ans, est ouverte à toute la communauté scientifique, notamment aux chercheurs et étudiants du Laboratoire d'anthropologie des populations du passé 1 de Bordeaux. Ceux-ci ont ainsi accès à des pièces originales soigneusement conservées, prélevées dans leur très grande majorité lors de fouilles en France et dont les plus anciennes datent du Mésolithique (– 11 000 à – 5 500 ans avant notre ère). « Les collections actuelles de squelettes sont extrêmement dispersées, note Patrice Courtaud, ingénieur au CNRS et responsable de l'ostéothèque. Ici, nous disposons de séries nombreuses et bien documentées : une manne pour l'étude des différentes populations humaines dans leur variabilité. » Celles-ci peuvent par exemple servir à appréhender les différentes maladies qui ont affecté certaines populations. Car l'ostéothèque n'est pas qu'un lieu de conservation : salles de travail et chambre de prise de vue occupent également une partie des 800 m2 mis à disposition par la commune.
À côté des chercheurs de passage venus étudier telle ou telle pièce, l'équipe du Lapp élabore des méthodes pour analyser au mieux ces collections et déterminer avec plus de fiabilité, par exemple, le sexe d'un individu ainsi que son âge au décès : « Grâce à la richesse et à la diversité chronologiques et géographiques de ces séries, nous travaillons à la fois sur la variabilité de certains processus biologiques et sur les conditions de vie des populations archéologiques », explique Patrice Courtaud. Enfin, l'ostéothèque peut être envisagée comme une base documentaire pour d'autres disciplines. Ainsi, la paléobiologie moléculaire, qui cherche à connaître les caractéristiques physiologiques et sanitaires des populations anciennes, est très demandeuse de pièces squelettiques pour affiner ses méthodes sur la recherche des liens de parenté. À en juger par son utilité, on pourrait s'étonner que l'ostéothèque 2 de Pessac ne compte pas de sœur jumelle en Europe. Mais il se murmure qu'une seconde pourrait prochainement ouvrir ses portes en Provence.
Matthieu Ravaud
À voir
www.u-bordeaux1.fr/anthropologie/Pages/Depot.htm
1. Le Lapp est une équipe de l'unité Pacea qui regroupe des agents du CNRS, de l'université Bordeaux-I et du ministère de la Culture.
2. Initiée au début des années quatre-vingt-dix par le service régional de l'archéologie d'Aquitaine, le Lapp et la mairie de Pessac.
Patrice Courtaud
Lapp, Bordeaux
p.courtaud@anthropologie.u-bordeaux1.fr