
Protein Biosensor
Ces temps-ci, on note la présence de nouveaux venus sur le florissant marché des biocapteurs, toujours plus performants en matière de détection, avec un domaine de prédilection, celui de l'eau. Un milieu naturel dans lequel la chasse aux pesticides, toxines et autres métaux lourds est plus que jamais ouverte. Ces biocapteurs dernier cri ont été élaborés à partir d'une « super-enzyme » mise au point par le professeur Didier Fournier 1 et par un spécialiste en biocapteurs, Jean-Louis Marty 2. « C'est en effet grâce à ces scientifiques que notre premier biocapteur colorimétrique a vu le jour en 2004. Et que l'idée de créer une société à partir de cette recherche a germé », raconte Tristan Ruysschaert, thésard et gérant de Protein Biosensor, l'entreprise en question, encore en gestation. La clé de la réussite de cette future start-up ? Un mutant d'acétylcholinestérase. Présente chez les insectes, cette enzyme est la cible naturelle des pesticides. Le mutant développé ici affiche à la fois une forte stabilité et une forte sensibilité face à ces derniers : 300 000 fois supérieure à son homologue utilisé jusqu'alors. Des atouts qui ont permis de l'inclure dans deux tests de détection de pesticides neurotoxiques (de type organophosphate et carbamate) : l'un sous la forme d'un stick, l'autre d'un kit liquide. Basés sur le même principe de coloration, ils permettent respectivement – en tant qu'outils de traçabilité dans l'industrie alimentaire – de tester les milieux opaques (boues, purées de légumes, etc.) et les liquides clairs tels que l'eau ou le lait. « Protein Biosensor proposera des outils de prédiagnostic, qui faciliteront le criblage de grandes séries d'échantillons grâce à leur simplicité et permettront de réduire les coûts », poursuit Tristan Ruysschaert.
Pour l'heure, le jeune homme partage son temps entre l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale et l'incubateur Midi-Pyrénées, où le projet a été intégré en février 2005. Ce dernier fournit un cadre « dynamique et constructif » pour l'étude de faisabilité de la société. Lauréate au concours 2005 d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes 3 – catégorie « en émergence » – Protein Biosensor démarre sous les meilleurs auspices. Tout en poursuivant leur route vers la commercialisation de leurs produits, les chercheurs-entrepreneurs développent parallèlement un autre concept de biocapteur. Basé sur un système de détection ampérométrique 4, il devrait encore améliorer le dosage des molécules de pesticides. Rendez-vous en 2006…
Patricia Chairopoulos
1. Professeur d'université et responsable d'une équipe de recherche à l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale de Toulouse (CNRS / université Toulouse-III).
2. Centre de phytopharmacie, laboratoire Biomem (CNRS / université de Perpignan).
3. Sous l'égide du ministère délégué à la Recherche et de l'Anvar (Agence française de l'innovation).
4. Système de détection électrochimique.
Tristan Ruysschaert
Protein Biosensor, Toulouse
tristan@protein-biosensor.com