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Entre le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 et le tsunami de Sumatra de l'hiver 2004, s'inscrivent au tableau noir du xxe siècle, commémorées en 2005, les trois « catastrophes » Auschwitz, Hiroshima et Nagasaki – auxquelles on peut ajouter le 11 septembre 2001. L'auteur de cet essai fulgurant montre ici comment l'Occident se représente le mal et comment, à en juger par les réactions au tsunami « nous n'avons toujours rien compris : lorsque le mal moral rejoint ces sommets qu'a connus le xxe siècle, on ne sait plus l'évoquer qu'en termes d'atteinte à l'ordre naturel du monde ». Et cette naturalisation du mal moral est un contresens ravageur. En revisitant la nature du mal au travers de Leibniz, Rousseau et Voltaire, en partant de la saisissante parabole de Noé proposée par le plus radical des penseurs des grandes catastrophes, Günther Anders (1902-1992), en reprenant Hanna Arendt (son fameux « thoughtless » appliqué à Eichmann) et Hans Jonas, en précisant les étymologies (shoah, par exemple), l'auteur fait émerger une possibilité de sauvetage pour l'homme face à son futur autodestructeur : la ruse de Noé – le catastrophisme éclairé –, une attitude philosophique susceptible de nous protéger de nous-mêmes, rétablissant le caractère sacré de notre avenir « que nos enfants nous prêtent » – et non que nous leur fabriquons.