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Costa Rica

Préserver la douceur d'un golfe tropical

Comment préserver durablement les côtes tropicales d'Amérique latine ? Une solution : sensibiliser les populations locales aux problèmes environnementaux. En août, une mission liée au projet GIACT (1) s'envolera vers le Costa Rica pour mettre au point le troisième volet de son programme de recherche.

P36 - Mission Costa Rica

© H. J. Hartmann/ULR

Une campagne d'échantillonnage permettant d'analyser la qualité de l'eau et le stock de bivalves qui sont une source de revenus pour les villageois.


 

Au mois d'août, Hans Hartmann quittera son Laboratoire de biologie et environnement marins (LBEM) 2 de La Rochelle pour le Golfo Dulce, une région située au sud de la côte Pacifique et à la frontière du Panama. Ce site prioritaire du gouvernement du Costa Rica s'insère actuellement dans un programme multidisciplinaire de Gestion intégrée des aires côtières tropicales (GIACT). Financé par la Commission européenne, ce projet mêlant sciences sociales et sciences dures fait partie d'un programme en trois étapes. Pour cette dernière, deux zones d'études ont été ajoutées : le Panama et le Mexique. Tout au long du mois d'août, chercheurs, étudiants, représentants d'agences gouvernementales et d'organisations non gouvernementales de différentes nationalités discuteront de la mise en place de ce troisième volet. Des sorties sur le terrain auront pour but d'informer les riverains et les professionnels sur les objectifs de la mission. Sept pays sont impliqués : l'Espagne, l'Allemagne, la France, le Costa Rica, le Nicaragua, le Panama et le Mexique.

En 1996, naît le premier projet européen de recherche Alfa Costa 3 consacré à « la gestion durable et à la conservation des ressources des zones côtières tropicales ». Son objectif : réaliser un programme de recherche et d'enseignement pour les pays situés entre le nord de l'Amérique latine et le Mexique. Pour relever le défi, trois institutions d'enseignement supérieur européennes et quatre latino-américaines se regroupent. Première étape : création de structures administratives et choix des sites d'expérimentation. « Nous avons opté pour le Golfo Dulce parce que ce site possède des caractéristiques particulières. Il fonctionne comme un fjord : il est de taille raisonnable, 50 km de long et 20 km de large, mais d'une importante profondeur. Son bassin versant a été partiellement préservé de la déforestation. Ses forêts vierges sont considérées comme des hauts lieux de la biodiversité tropicale. De plus, les populations locales s'intéressent fortement à la protection du Golfe », explique Hans Hartmann.

 

P36 reunion

© D. Vasquez/Fundacion TUVA
Pêcheurs, éco-guides et agents gouvernementaux définissent ensemble les priorités.


 

Le Golfo Dulce a donc été utilisé comme site atelier, et les habitants de ses côtes ont été intégrés au programme. Dans le deuxième volet, en 2001, les scientifiques ont utilisé une méthode participative, propre aux géographes et aux agronomes, qui consiste à impliquer les populations locales dans la définition de thématiques de recherche. « Nous avons organisé des ateliers avec les villageois et les professionnels. Au début, nous avons essayé de cibler les populations les plus touchées par les problèmes liés aux côtes », raconte le chercheur. De petits groupes de pêcheurs, de collecteurs de bivalves et des responsables de l'écotourisme ont été réunis. Après avoir discuté et travaillé sur des cartes, ils ont défini des actions prioritaires, intégrées par la suite aux projets de recherche : qualité de l'eau, état de l'exploitation des ressources, cadre institutionnel et légal et éducation environnementale.

« Dans le troisième volet de la mission, celui pour lequel nous partons aujourd'hui, nos ateliers regrouperont davantage les habitants du bassin versant, comme les forestiers ou les agriculteurs. Ils ne sont pas directement touchés par ces problèmes mais ont une énorme influence sur la qualité de l'eau et de l'environnement côtier. Je pense qu'il ne sera pas facile de les convaincre de participer », ajoute Hans Hartmann.

Une fois le travail d'investigation et de terrain terminé, les chercheurs souhaitent mieux impliquer les populations locales dans les suites du programme. « Pour que nos recommandations soient suivies, nous avons choisi de ne pas nous adresser exclusivement aux membres des institutions, explique le scientifique. Grâce à nos ateliers participatifs, le gouvernement régional a créé une commission permanente de gestion de la côte marine (CMC). Elle rassemble régulièrement tous les acteurs de cette région. Chacun évoque les problèmes liés à l'environnement. Actuellement, la CMC cherche à créer des statuts, des règles pour la protection et la préservation des côtes. Et c'est un défi politique majeur. » Les recherches effectuées autour de ce site, comme l'analyse de la qualité des eaux des mangroves, permettront d'établir des recommandations précises. Ensemble, chercheurs, institutions et habitants essaieront de développer un véritable plan de gestion et de conservation du Golfo Dulce.

 

Géraldine Véron

 

Notes :

1. Programme multidisciplinaire (écologie marine, géographie, sociologie, droit de l'environnement) de Gestion intégrée des aires côtières tropicales (GIACT).
2. Laboratoire CNRS / Université de La Rochelle.
3. Amérique latine - Formation académique, Coastal Sustainable Tropical Aquatic Ecosystems.



Contact

Hans J. Hartmann
Laboratoire de biologie et environnement marins (LBEM), La Rochelle
hans.hartmann@univ-lr.fr


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