
Nanosciences
© P. Poulin/CNRS Photothèque Fil de 30 micromètres de diamètre composé de nanotubes de carbone, 100 fois plus résistants 
et 6 fois plus légers que l'acier.
Vous avez participé à Nanotech 2005, qui s'est déroulé à Anheim sur la côte ouest des États-Unis. Peut-on en savoir un peu plus ?
Wolfgang Bacsa : Nanotech 2005 est un congrès qui brasse l'ensemble de l'univers des nanotechnologies 2 avec pas moins de 2 000 participants cette année. Il construit sa spécificité sur l'interdisciplinarité : on y rencontre des physiciens, des ingénieurs, des chimistes, des biologistes, des médecins, mais aussi des banquiers, des capital-risqueurs, des industriels et des journalistes. C'est assez inhabituel de voir tant de personnes si différentes se côtoyer.
C'est la particularité des nanotechnologies ?
W. B. : Oui. Pour la première fois, on ne désigne pas un domaine scientifique par une discipline, mais bien par un procédé : les sciences à l'échelle du nanomètre (milliardième de mètre). Du coup, au sein des nanosciences, on assiste à une convergence phénoménale de chercheurs, d'ingénieurs et d'industriels.
En tant que physicien, que vous apporte cette proximité ?
W. B. : Écouter ce que font les autres est essentiel, même si les nano-
sciences sont un champ de recherche très vaste. Cela permet de voir comment l'on peut intervenir dans d'autres disciplines. Le fait, par exemple, de discuter avec un cancérologue, m'a fait comprendre en quoi ce que nous faisons en imagerie optique pouvait l'intéresser. C'était inimaginable il y a dix ans. D'un autre côté, on s'aperçoit que l'interdisciplinarité est plus compliquée qu'il n'y paraît, car chaque discipline a sa propre méthode d'investigation. Ainsi, l'ingénieur va privilégier le système, et le physicien, lui, le phénomène physique. Mais d'une manière plus générale, je remarque que les chercheurs s'isolent de moins en moins. Ils ont de plus en plus conscience que la technologie dans un certain domaine peut être utile à une autre discipline que la leur ou à un industriel.
Est-ce aussi le cas des Français, dont on peut noter la faible présence à ce congrès ?
W. B. : J'en ai compté à peine une quinzaine, dont beaucoup de théoriciens. D'une manière générale, les chercheurs, les organismes de recherche et les entreprises français sont peu visibles dans ce genre de manifestation. On peut le déplorer. Il y a certainement plusieurs raisons. La principale est que mes condisciples n'ont souvent pas les moyens financiers d'y participer et préfèrent donc échanger entre eux. C'est un peu dommage car dotés d'un indéniable savoir-faire, ils manquent dès lors de reconnaissance internationale.
Pourquoi les nanotechnologies sont-elles si porteuses ?
W. B. : D'un côté, le savoir-faire industriel dans le secteur des semi-conducteurs a fait énormément progresser ces technologies. De l'autre, la recherche ouvre toujours de nouvelles perspectives et tente de résoudre les problèmes rencontrés dans son développement. En somme donc, c'est l'efficacité qui est avant tout recherchée dans ce domaine. Quand on veut fabriquer un objet, comme un circuit intégré, il faut qu'il soit le moins cher et le plus petit, le plus fonctionnel et le plus performant possible. D'où cette course à la miniaturisation et à la diminution de la masse. Dans ce contexte, les nanotechnologies offrent de multiples possibilités pour obtenir des matériaux nouveaux en élaborant ses différents composants à l'échelle nanométrique ou moléculaire. Aujourd'hui, les nanotubes de carbone 3 en sont la parfaite illustration. Le développement industriel de ces petites merveilles a commencé, et les prix baissent fortement. Et déjà, elles font leur apparition dans l'industrie automobile pour, par exemple, rendre le plastique conducteur sans dénaturer ses propriétés, ou dans les écrans plats, en tant qu'électrodes. Il reste toutefois des difficultés – par exemple le contrôle de leurs propriétés électroniques – que nous, chercheurs, avons pour mission d'essayer de résoudre. Nous ne devons pas oublier en effet que les nanosciences restent avant tout de la recherche : il peut arriver que nous ne puissions pas trouver une solution à un problème.
Propos recueillis par Fabrice Impériali
1. Il est chercheur au Laboratoire de physique des solides (LPST, CNRS / Université Paul Sabatier).
2. Technologies qui visent à élaborer, construire et assembler de nouveaux matériaux et des composants toujours plus petits, « atome par atome ».
3. Feuillet de graphite formé d'atomes de carbone disposés en réseau hexagonal, comme un nid d'abeilles, et enroulé comme un cigare. Son diamètre est de l'ordre du nanomètre, sa longueur peut atteindre plusieurs micromètres.
Wolfgang Bacsa
LPST, Toulouse
wolfgang.bacsa@lpst.ups-tlse.fr