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Stéphane Cordier. L'amour mathématique

« Je ne voulais pas forcément faire des maths… » Pour Stéphane Cordier, c'est raté… Des maths ? Le jeune professeur de 35 ans du MAPMO 1, chargé de mission pour le calcul scientifique au département des sciences physiques et mathématiques du CNRS, en fait toute la sainte journée. Pour son plus grand plaisir.

 

Page 13 Stéphane Cordier

"C'est cela, l'attrait des mathématiques : les mêmes outils peuvent s'appliquer à des champs très différents"


 

« Je me sentais plutôt attiré par la physique, la compréhension du monde et sa mise en équation. Je me suis retrouvé à faire des maths… mais appliquées à la physique. » Le jeune homme fait sa thèse sur les modèles qui décrivent l'échappement des ions dans l'ionosphère, soit les pluies de particules lumineuses des aurores boréales, « romantiques certes, mais qui représentent un vrai danger pour les satellites », explique Stéphane. Qui, depuis, est resté le nez plongé dans ces modèles cinétiques collisionnels : des systèmes d'équations qui décrivent la répartition d'un ensemble de particules en espace (position) et vitesse en fonction du temps. Depuis vingt ans, le domaine en pleine croissance est l'objet de toutes les attentions 2. « Je me situe plus dans l'étude numérique de ces modèles cinétiques, explique Stéphane. Je fais une analyse et une simulation numériques d'opérateurs de collisions tout en essayant de préserver les propriétés physiques… » Ces modèles permettent notamment à Stéphane de résoudre des problèmes en dimension 5 (espace, temps et trois dimensions de vitesse), et trouvent toujours de nouveaux champs d'application : l'étude des milieux granulaires, conduite par de nombreux scientifiques (comprendre la dynamique d'un tas de sable, éviter l'explosion d'un silo, prévoir le déclenchement d'une avalanche, comprendre la formation d'un système solaire…). Ou encore les modèles de coagulation-fragmentation, de spray, de sédimentation, de dynamique des populations, de polymères… Autre domaine, inattendu : la microéconomie. « Nous avons bêtement appliqué notre modèle cinétique collisionnel à des variables économiques : les particules de notre système devenaient des individus, des entreprises ou des États, et la variable cinétique devenait la valeur de leur patrimoine. Il suffisait ensuite de construire un opérateur de collisions où les collisions représentaient les échanges élémentaires d'une transaction. Les résultats mathématiques démontrent une universalité de la répartition des richesses connue en économie sous le nom de distribution de Pareto. » Silence respectueux. « C'est cela, l'attrait des mathématiques, poursuit-il doucement. Les mêmes outils peuvent s'appliquer à des champs très différents. Ce qui me permet de travailler sur des supports très variés ! » Et quand le support vient à manquer, Stéphane le crée. Avec un objectif militant : populariser les maths. Pour cela, il ne compte pas ses heures. Responsable en 2000 du site pour l'Année mondiale des mathématiques en France, il crée avec des amis le site Enigmath (www.enigmath.org) en 2002, un quiz intuitif fondé sur des règles de calcul et de logique. « On voulait montrer qu'il y a en France et dans le monde une recherche dynamique et contemporaine, plaide-t-il. Il faut que les futurs étudiants sachent qu'on fait aussi des choses amusantes. » Stéphane est également un membre très actif de l'Andès (www.andes.asso.fr), association française destinée à valoriser le titre de docteur, « brouillé par les écoles d'ingénieurs », dans les emplois publics et privés. Enfin, il participe chaque année à la Fête de la science, anime sur le site du CNRS la rubrique « Maths pour tous » (www.spm.cnrs-dir.fr) et organise, « quand (il) peut », le Cemracs, Centre d'été mathématique de recherche appliquée et calcul scientifique (http://smai.emath.fr).

Six semaines intensives à Marseille, où une centaine de scientifiques travaillent sur des problèmes industriels concrets. « Le plus dur, c'est de trouver les contrats industriels et de convaincre les gens de venir gâcher leur été à faire des maths, explique Stéphane, pour qui ce sacrifice n'en est clairement pas un. Une fois sur place, le côté vase clos crée des liens exceptionnels, un réseau très fort. » Rien ne l'arrête. Ni la fatigue, ni sa jeune femme, une « matheuse raisonnable » qui trouve parfois qu'il travaille trop. C'est sans doute le destin d'un matheux tel que lui : se plier en quatre, se casser en douze, passer la surmultipliée… aimer les maths sans compter, quoi.

 

Camille Lamotte

 

Notes :

1. Laboratoire de mathématiques, applications et physique mathématique d'Orléans (CNRS / Université d'Orléans).
2. Comme en témoigne l'attribution de la prestigieuse médaille Fields 1994 à l'un des fondateurs de la théorie cinétique collisionnelle, Pierre-Louis Lions, aujourd'hui professeur au Collège de France.

Contact

Stéphane Cordier
MAPMO, Orléans
stephane.cordier@univ-orleans.fr


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