
Instrumentation biomédicale
Point 1, 9 heures, 50 mètres ; point 2, 12 heures, 150 mètres », énonce la voix de synthèse. Film d'espionnage, nouvelle chasse au trésor ? Pas du tout. Il s'agit du tout nouveau système d'aide au déplacement des non-voyants par GPS. Le laboratoire Aimé Cotton d'Orsay, qui en est à l'origine, n'en est pas à son coup d'essai. L'équipe 1 a déjà mis au point un proximètre à infrarouge (IR) et un télémètre laser. Le premier système, nommé Tom Pouce, transmet des vibrations à l'utilisateur lorsque son rayon IR rencontre un obstacle. D'une portée de 3 mètres maximum, il est destiné aux personnes débutant dans l'utilisation de ce type de système. Le Télétact, en revanche, permet une description très fine de l'espace jusqu'à 20 mètres grâce à son rayon laser. Fixé sur la canne blanche, il transmet des informations sonores sur la distance d'un obstacle : plus le son est aigu, plus l'obstacle est proche.
« Ces appareils n'ont pas pour vocation de remplacer la canne blanche, explique Aziz Zogaghi. Ils permettent d'optimiser le déplacement. » Embauché depuis janvier 2004, Aziz assure l'interface entre les chercheurs et le public. Lui-même aveugle, il utilise avec dextérité chacun des appareils. « Ce ne sont pas des solutions miracles, continue-t-il. Pour pouvoir bénéficier d'une formation à leur utilisation, les non-voyants doivent déjà avoir une bonne locomotion, se déplacer régulièrement. » Une centaine de personnes sont passées par l'infrastructure de formation. Une cinquantaine d'entre elles ont adopté ces systèmes et sont suivies sur le long terme, et quatre testent actuellement le système GPS Géotact. Le principe de ce dernier-né du labo ? Les coordonnées GPS de plusieurs lieux sont rentrées dans un boîtier, porté à l'épaule : le point 1 pouvant être la boulangerie, le point 2 la pharmacie… Lorsque l'utilisateur active le boîtier, ce dernier « accroche » plusieurs satellites et calcule la direction, indiquée façon aviation (12 heures signifie tout droit, 9 heures à gauche…), et la distance de chaque endroit. À tout moment, l'utilisateur peut appuyer sur les touches pour être informé par la boîte vocale de la direction et de la distance à parcourir pour atteindre tel ou tel point. « Ce sont des distances à vol d'oiseau bien sûr, mais on peut signaler des points intermédiaires sur le trajet pour éviter les impasses », explique Aziz. La démonstration d'un parcours en forêt – dont certains points ont été renseignés – guidé par le Géotact est particulièrement impressionnante. Les retours d'expérience des quatre non-voyants (bientôt huit) qui testent le système permettront de mieux définir leurs attentes et les applications au quotidien.
« Heureusement qu'Aziz a pu être embauché, précise René Farcy. Le département auquel est rattaché notre laboratoire 2 a bien compris qu'il nous fallait une personne qui s'occupe des échanges avec le public. Car sans les utilisateurs et leurs retours, ces systèmes ne serviraient à rien. »
Julie Coquart
Pour en savoir plus
1. Constituée de René Farcy, Roger Leroux, Alain Jucha, Roland Damaschini.
2. Sciences physiques et mathématiques (SPM).
Laboratoire Aimé Cotton, Orsay
René Farcy
rene.farcy@lac.u-psud.fr
Aziz Zogaghi
aziz.zogaghi@lac.u-psud.fr