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Zoologie

Le ver de Pompéi fabrique sa « clim »

Depuis sa découverte, le ver de Pompéi est l'objet de toutes les attentions 1. Et pour cause, cet animal a élu domicile sur les parois des cheminées sous-marines qui se forment à 2 500 mètres de profondeur le long de la dorsale Est-Pacifique. Là, les températures des fluides qui s'échappent des parois dépassent les 120 °C, le soufre est abondant, le pH très acide, l'oxygène rare et l'obscurité constante. Des conditions totalement inhospitalières, et pourtant, toute une communauté y prospère. Il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité des scientifiques. Et c'est une équipe de chercheurs du CNRS et de l'Ifremer qui vient de percer une partie du mystère de ce surprenant écosystème 2.

Coupe de la paroi d'une cheminée

© Gaill/AMEX

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" Nous avons montré qu'Alvinella pompejana, le ver de Pompéi, en est la clef », commente Nadine Le Bris, chimiste à l'Ifremer et coresponsable, avec Françoise Gaill – du laboratoire « Systématique, adaptation, évolution " 3 –, de la campagne Phare 4. Cet animal vit dans un tube qu'il secrète sur la paroi des cheminées. À partir de mesures réalisées à l'intérieur et à l'extérieur de ce tube, les chercheurs ont montré que le liquide qui s'y trouve possède des caractéristiques inattendues : son pH est proche de celui de l'eau de mer et sa température légèrement inférieure à celle du fluide qui sort des cheminées. « Tout semble fonctionner comme si de l'eau de mer fraîche était pompée vers l'intérieur du tube, et refroidissait, par échange de chaleur à travers la paroi, le fluide situé à l'extérieur, explique Françoise Gaill. Ainsi, en ventilant son tube, l'animal se protège et favorise la prolifération des bactéries dont il se nourrit. De plus, en “climatisant” son environnement proche, il permet l'installation d'autres espèces moins tolérantes aux températures extrêmes. » Inédit, ce résultat fait partie des tout premiers issus de la campagne Phare. Mais ce n'est pas le seul.

Bruce Shillito, un autre chercheur de l'équipe, est parvenu à simuler les conditions de vie du ver de Pompéi et à le maintenir en vie dans un aquarium pressurisé. Or personne n'avait, jusqu'ici, pu l'observer vivant en dehors de son milieu naturel. Enfin les premiers stades du développement de ces animaux ont également été étudiés. Les résultats montrent que les embryons 5 se développeraient dans des zones différentes de celles des adultes, plus hospitalières en termes de température et de sulfures. Ces résultats permettent déjà de cerner une partie des processus d'adaptation à ce milieu extrême. La suite ? Une prochaine campagne est prévue pour étudier, en fonction du milieu, les étapes du développement de ces animaux et de l'installation des espèces associées.

 

Stéphanie Belaud

 

Notes :

1. Son séquençage est d'ailleurs actuellement en cours au Genoscope. Une quinzaine d'organismes dont le CNRS y participent.

2. Le Bris N., Zbinden M., Gaill F., « Processes controlling the physico-chemical micro-environments associated with Pompeii worms », Deep Sea Research Part I, 2005, vol. 52, pp. 1071-1083.

3. Laboratoire CNRS / Université Paris-VI / MNHN / Institut de recherche pour le développement / ENS.

4. La campagne océanique Phare (Peuplements hydrothermaux, leurs associations et relations avec l'environnement) s'est déroulée du 30 avril au 3 juin 2002. (Voir Le journal du CNRS, n° 150, juin 2002.)

5. Obtenus in vitro sous pression, à bord du bateau, par Florence Pradillon, les embryons ont été redescendus dans le milieu profond naturel puis récupérés à la fin de la campagne Phare.



Contact

Françoise Gaill
Laboratoire « Systématique, adaptation, évolution », Paris
francoise.gaill@snv.jussieu.fr

Nadine Le Bris
Ifremer, Brest
nadine.le.bris@ifremer.fr


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