
Initiation à la science
Sac à dos, casquette et carnet de voyage à la main, Sofiane, Cassandre, Shanese, Marie-Anne, Ilias et les autres enfants viennent juste de rentrer de leur expédition en terre de science, à la découverte de l'observatoire du Pic du Midi, du Laboratoire souterrain de Moulis et de la cité de l'Espace à Toulouse. Un séjour 1 sur mesure pour des enfants qui demandent tous les égards. En effet, ces jeunes « explorateurs », âgés de 9 à 17 ans, sont aussi des patients de l'hôpital parisien Robert Debré. Encadrés par les équipes soignante et pédagogique, ils ont voyagé quatre jours dans un rayon de quelques kilomètres autour de la ville rose. La boussole, ce sont les chercheurs du CNRS qui la détiennent. « Nous voulions les émerveiller », disent-ils. Aujourd'hui, de l'avis de tous, c'est chose faite. « Le Pic du Midi, c'était i-nou-bli-able ! », pour Marie-Anne, 15 ans. « Nous avons pris le téléphérique jusqu'à 2 877 mètres d'altitude ; le voyage a duré 15 minutes et croyez-moi, c'est une vraie balançoire : ouh la la, les vertiges ! Une fois en haut, l'accueil des scientifiques, qui vivent parfois plusieurs jours de suite sur le site, était chaleureux, malgré le froid ! »
« Les visites de laboratoires restent d'autant plus exceptionnelles que les équipes nous ouvrent des portes fermées au public », précise Marie-Christine Lacroix, biologiste spécialiste de l'olfaction, qui participait aussi à l'aventure. C'est le cas à la station d'observation du Pic du Midi. Là-bas, le coronographe 2, appareil qui permet de créer des éclipses de Soleil artificielles pour observer la couronne solaire, et le télescope Bernard Lyot, un télescope nocturne de 2 mètres, équipé pour produire les meilleures images de planètes, nébuleuses, galaxies… ne sont fréquentés que par les scientifiques ! D'après Ilias, 11 ans, le coronographe ressemble étrangement à un télescope géant. Marie-Anne complète : « L'observatoire et le coronographe sont super-géniaux. On y apprend des tas de choses sur le Soleil et la naissance des étoiles. J'ai complètement oublié mes maladies, et en plus, ça change de Paris. Je ne regretterai en aucun cas d'y être allée ! » Et Ilias de renchérir : « L'air ici est pur, il n'est pas pollué et les paysages sont superbes. C'est un endroit que je vous conseille. » « Enfin, conclut Sofiane, nous sommes allés au Laboratoire d'aérologie à Lannemezan où les chercheurs étudient tout ce qui concerne l'air : la pollution, l'effet de serre, les cyclones, les tornades… C'était passionnant ! »
© Photos : CNRS Depuis 2002, une fois par an, un échange entre le CNRS et l'hôpital parisien Robert Debré permet à des enfants malades de partir quelques jours à la rencontre de scientifiques et de visiter leurs laboratoires. Cet échange s'inscrit dans le partenariat « Les chercheurs font rêver les enfants malades », conduit depuis sept ans déjà.
« Les enfants ont déjà la joie du voyage, poursuit Marie-Christine Lacroix, mais un des objectifs était aussi de leur faire comprendre l'intérêt de la démarche scientifique. » Le carnet de voyage conçu pour l'occasion leur a permis de se préparer, d'être plus réactifs et même de surprendre, par leurs questions éclairées, les scientifiques « mobilisés » aux différents points de visite. Il décrit par exemple la faune souterraine très singulière, notamment le protée 3, que des spécialistes du monde entier viennent étudier à Moulis. Ainsi, d'après le petit carnet, « le protée ressemble à un petit dragon blanc avec d'élégantes petites touffes roses de chaque côté de la tête » ! De fait, de nombreuses histoires entourent cet animal aquatique, descendant direct d'un ancêtre apparu sur Terre il y a quelque 65 millions d'années : comment cet aveugle s'oriente, ce qu'il mange, ressent, bref, à quoi ressemble sa vie cavernicole. La précision est de mise, car un questionnaire départageait en fin de séjour les plus attentifs : « Y a-t-il des odeurs dans l'eau ? » « Le protée a des poumons, mais ils ne marchent pas ; comment respire-t-il ? » « Quelle est la température à la surface du Soleil ? » « Quel âge a le Soleil ? » « Un de mes satellites s'appelle Protée, qui suis-je ? » Mais vous, sauriez-vous répondre ? Car le séjour aura aussi montré que les plus grands n'apportent pas systématiquement les bonnes réponses ! Bien sûr, le CNRS, l'hôpital et l'association Robert Debré ainsi que l'opération « Pièces jaunes » 4, partenaires de la manifestation, ont veillé à ce que chacun reparte gagnant.
Magali Sarazin
À consulter
« Moulis – Pic du Midi, du 11 au 14 mai 2005 », http://www2.cnrs.fr/jeunes/
1.Organisé conjointement par la direction de la communication du CNRS et le service communication de la délégation Midi-Pyrénées.
2. Invention de l'astronome Bernard Lyot (1897-1952).
3. Voir Le Journal du CNRS, n° 168, janvier 2004, p. 28.
4. De la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.
Jean-Louis Buscaylet
Responsable des actions jeunes et des manifestations, Paris
jean-louis.buscaylet@cnrs-dir.fr