
Communication
Pour la troisième fois, l'Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI) a organisé, avec le soutien du ministère de la Recherche, des semaines d'échanges professionnels entre avril 2004 et janvier 2005 : ainsi, une vingtaine de chercheurs du CNRS sont allés passer une semaine entière dans une rédaction… Tandis qu'autant de journalistes scientifiques se familiarisaient avec les sujets de recherche et les méthodes de fonctionnement de divers laboratoires. Il est vrai qu'entre ces deux communautés, malgré une constante collaboration, quelques incompréhensions ont la vie dure. Les chercheurs s'interrogent souvent sur le traitement de l'information scientifique dans les journaux, et les journalistes ont la réputation de parfois déformer, réduire, simplifier les propos des premiers. Dans la pratique de leur métier, tout les oppose aussi : les uns ont en majorité un statut stable et restent souvent plusieurs années au sein du même laboratoire, les autres ont des statuts variés – pigistes, permanents, mi-temps – et changent souvent de rédaction. Les uns travaillent dans la durée, les autres dans l'urgence. La communication vers le grand public effraie beaucoup de chercheurs, et le jargon scientifique angoisse de nombreux journalistes.
À l'heure du bilan – bientôt en ligne sur le site Web de l'AJSPI –, chercheurs et journalistes ont fait part de leurs découvertes et enchantements, mais aussi de quelques grincements de dents : les scientifiques ont participé à des réunions de rédaction, discuté avec les équipes de fabrication des journaux et souvent apporté leur point de vue de spécialistes pour le traitement d'un sujet. Certains ont même pu signer leur « premier papier » dans un grand quotidien national, comme Jean-Louis Martin, du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) à Montpellier 1, qui a passé une semaine au Figaro. Beaucoup affirment que désormais ils recevront différemment les journalistes pour une information ponctuelle ou même repenseront la communication scientifique de leur labo. Les expériences négatives ont été rares (deux cas sur vingt), mais ont laissé beaucoup d'amertume de part et d'autre : pour Max de Reggi, directeur de recherche au CNRS, Inserm et Faculté de médecine de Marseille, qui a passé une semaine dans la rédaction d'un mensuel, l'échange a été surtout à sens unique : « Les contacts que j'ai pu avoir à l'occasion de ce programme d'échanges m'ont montré que les journalistes scientifiques ont une attitude réticente vis-à-vis des chercheurs, qu'ils perçoivent comme des concurrents possibles et des “donneurs de leçon” potentiels », écrit-il en guise de bilan. Preuve que, malgré les contacts noués et le rapprochement entre journalistes et scientifiques ayant participé à l'opération, le travail n'est pas terminé et l'expérience à poursuivre.
Azar Khalatbari
Pour en savoir plus
1. Laboratoire CNRS / Universités Montpellier-I, II et III / Ensa Montpellier / Cirad.
AJSPI
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