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En guerre contre la mouche tsé-tsé

Gérard Duvallet

Entomologiste

31 - Duvallet

© B. Mathieu


 

Un pull jeté sur les épaules, décontracté, souriant, il vous reçoit dans son bureau « cabine » dans lequel s'entassent des piles de documents et dont les murs sont couverts de cartes postales envoyées par ses étudiants. Un sac à dos repose sur une chaise : « La marche est indispensable pour moi, je déteste être sédentaire. Par ailleurs, je continue à travailler sur le terrain lorsque cela m'est possible », précise Gérard Duvallet, chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive 1 et professeur au département de Biologie-Écologie-Environnement de l'université Paul Valéry Montpellier-III, qui a passé une partie de sa vie à étudier la mouche tsé-tsé, véritable fléau en Afrique de l'Ouest. Il n'est pas rare, certains week-ends, de le croiser en Petite Camargue, non loin de Saintes-Maries-de-la-Mer, accroupi, en train de photographier un de ses chers insectes, notamment les moustiques. Rien d'étonnant à cela : Gérard Duvallet a vécu une expérience d'entomologiste médical et de vétérinaire pendant vingt-et-un ans en Afrique. Trente-deux pays y hébergent la mouche tsé-tsé. On dénombre à l'heure actuelle 60 millions d'hommes exposés à la « maladie du sommeil », dont la plupart des cas sont mortels. Quant au nagana, son équivalent chez l'animal, il entraîne chaque année le décès de 3 millions de têtes de bétail. « Personne ne se rend compte de l'accélération de la pauvreté de ce continent qui subit également les épidémies du virus du Sida ! », s'insurge ce scientifique. La voix emportée par l'indignation se perche légèrement dans les aigus, mais reprend aussitôt un ton calme. Les phrases sont souvent entrecoupées d'un « Oh ! la ! la ! » suivi d'un rire communicatif lorsqu'on lui demande de retracer son parcours. « Atypique, tient-il à préciser, et passionné. » Né en mars 1948 à Lyon, il grandit avec sa sœur au sein d'une famille dont le père est ingénieur dans la navigation aérienne. Sa passion pour son métier résulte de deux faits marquants à l'âge de 11 ans. Le premier est une émission de télévision avec des chercheurs, dont le thème s'articule autour de l'entomologie médicale et d'une maladie, « la cécité des rivières », qui rend les populations aveugles. Le second, un film sur le célèbre Jean-Henri Fabre, avec Pierre Fresnay. « C'est à ce moment-là que j'ai décidé de mon avenir : devenir entomologiste. » L'attirance de ce tout jeune adolescent pour cette science tourne vite à l'obsession. Il s'inscrit dès 1959 à la société linnéenne de Lyon, dans la section entomologie, « entouré de vieux bonzes, mais c'était extraordinaire ». Finalement, après avoir réussi les concours des grandes écoles, il choisit la prestigieuse École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris. Parallèlement, le normalien, « les pieds sur terre », obtient l'agrégation de sciences naturelles, ainsi qu'une flopée de diplômes, dont un DEA d'entomologie générale et une maîtrise de biologie animale.

C'est ensuite, en 1973, le grand départ pour le Burkina Faso, avec à son bras sa toute jeune femme, Rolande. Service national en coopération oblige. Premiers travaux : collectes et identification des tiques et enquêtes entomologiques dans les foyers de la « maladie du sommeil » en Afrique de l'Ouest. Puis ce chasseur de parasites, promu par l'Orstom (l'IRD aujourd'hui) directeur du laboratoire de la trypanosomiase humaine au Centre Muraz de Bobo-Dioulasso, l'une des capitales de la recherche en Afrique, ne cesse de pister, traquer, capturer et étudier la mouche tsé-tsé, principal vecteur du parasite – le trypanosome. La situation est redevenue dramatique lorsque les coups d'État et les guerres interethniques ont fait leur apparition ! Malgré le danger – une rafale de Kalachnikov tirée sur sa maison –, l'équipe de Gérard Duvallet a gardé de bonnes relations avec les Burkinabés. « J'ai été autorisé à faire sortir mes chercheurs de prison », précise-t-il.

Retour en France en 1994. Direction la faculté de Montpellier, où le professeur, président du conseil scientifique du Conservatoire des espaces naturels du Languedoc-Roussillon (entre autres distinctions) fait souvent le grand écart entre les « lourdes charges administratives », les thèses menées pas ses étudiants et les publications d'ouvrages scientifiques – il a participé récemment à la réalisation d'un livre, La mouche tsé-tsé pédagogique 2, publié par le Cirad. Mais aussi les loisirs gérés par Rolande et la vie associative avec « des personnes parfois difficiles à bouger. Heureusement qu'il y a les jeunes et Internet ! ». « N'oublions pas, dit-il encore, que l'Afrique entière est un continent dévasté où lorsqu'un Africain meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. »

 

Florence Castelnau-Mendel

 

 

Notes :

1. CNRS / Universités Montpellier-I, II et III / Ensa Montpellier / Cirad.
2. Voir Le journal du CNRS, n° 184, p. 40.

Contact

Gérard Duvallet
Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive Montpellier
gerard.duvallet@univ-montp3.fr


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