Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Ils ont choisi la France et le CNRS

Marie-Louise Saboungi

Une Libanaise « so frenchy »

La France ? Elle adore. Elle, c'est Marie-Louise Saboungi, l'atypique et passionnée directrice du Centre de recherche sur la matière divisée (CRMD) d'Orléans. Son délice suprême : discuter avec les commerçants du marché du dimanche, qui la reconnaissent et la surnomment affectueusement « la petite madame ». Il est même difficile de la faire parler de ses recherches et de ses fonctions, tant elle tient mordicus à faire valoir les charmes d'un laboratoire « à la française », une unité certes plus petite que celles connues aux États-Unis, mais « qui a une âme, explique Marie-Louise. Et ça, ça n'existe pas ailleurs ». Impossible de mettre en doute la parole de cette chercheuse bourlingueuse de 57 ans, au parcours impressionnant. Née au Liban en 1948, où elle fait des études scolaires brillantes (elle se distingue comme première élève nationale en mathématique), elle débarque en 1969, après des études de physique à Beyrouth, dans une France en pleine effervescence. Souvenir à jamais gravé en elle. « C'était une période incroyable, se souvient-elle. J'arrivais là, en pleine révolution culturelle, sans parvenir à tutoyer un seul professeur… » Elle termine son doctorat d'État sur « la thermodynamique des sels fondus par mécanique statistique » en un temps record. Quatre ans contre six ou huit ans normalement. Avant d'accepter un postdoctorat à Chicago. Deuxième tournant de sa vie. Deuxième choc culturel. « C'étaient les années soixante-dix, l'Amérique bouillonnait sous le coup de la démission de Nixon, des manifestations contre la guerre au Vietnam, des hippies… » Marie-Louise s'acclimate et goûte tout particulièrement la richesse du brassage social, culturel et intellectuel de l'Argonne National Laboratory. « C'est ce qui fait la richesse de la recherche américaine, s'enthousiasme-t-elle. Ce regroupement de chercheurs venus de tous les horizons, ce grouillement des idées. » Elle y rencontre surtout une figure de proue de la simulation par dynamique moléculaire : le professeur Aneesur Rahman 1, grand maître indien de l'université de Cambridge. « Qui parle un français fluide », ajoute-t-elle vivement, attendrie. Marie-Louise peaufine alors ses recherches sur les matières poreuses et les alliages métalliques à base de lithium pressentis pour des électrodes. Et pourtant… « J'avais la nostalgie de la France, se souvient-elle. D'ailleurs, on m'appelait “frenchy” : on estimait que je donnais trop volontiers mon avis. J'étais alors la seule femme promue au grade de Senior Scientist du laboratoire, sans pour autant me sentir minoritaire. C'est sans doute cela, mon côté français. » En 1981, la jeune femme obtient une bourse de trois mois pour travailler à Grenoble. « Pour moi, c'était un test, pour voir si j'étais toujours aussi à l'aise en France. J'avais déjà dans l'idée de revenir. » Mais ce n'est qu'en 1999 que Marie-Louise rejoint le Centre de recherche sur les matériaux à hautes températures grâce à un poste de chercheur associé 2 de deux ans. « J'étais ravie, se souvient-elle. Je me retrouvais dans un laboratoire où on pratiquait le rayonnement synchroton sur la lévitation 3. Comme l'enfant prodigue qui revient à la maison ! Au cœur d'un petit centre, mais bourré d'inventivité avec un ratio scientifiques/administration très fort. » Marie-Louise décide alors de rester définitivement. Elle est rapidement pressentie pour prendre la direction de l'unité mixte du laboratoire CRMD, et donner des cours de physique à l'université d'Orléans. « Faire de la direction, de l'enseignement et de la recherche, c'était un vrai challenge », analyse-t-elle. Comme de recréer cette ambiance de melting-pot qui lui avait tant plu aux États-Unis… Marie-Louise s'y attelle : cotutelles canadiennes, et postdoctorants résolument allemands, japonais, chinois, indiens… « Et même corse ! », rit-elle. Le « Corse » la gratifie de son plus beau sourire… avant de lui demander des nouvelles de son Gallois de mari, David Price, un physicien qui a pris la direction d'un Centre de neutrons au Oak Ridge National Laboratory, aux États-Unis, depuis mai 2004. Le visage de Marie-Louise s'illumine. « Je dois le voir bientôt. Mais en ce moment nous avons un vrai problème, dit-elle en baissant la voix. Je me passionne pour Louis XIV, qu'il déteste cordialement à cause de la révocation de l'Édit de Nantes. Vous croyez qu'on y survivra ? » Un sourire d'amoureuse transie flotte sur ses lèvres.

 

Camille Lamotte

 

 

Notes :

1. Le professeur Rahman a donné son nom au prix
de l'American Physical Society.
2. Poste destiné à l'accueil d'un chercheur confirmé
de nationalité étrangère pour une période maximum de trois ans.
3. Une bille métallique suspendue en lévitation
est chauffée à l'aide d'un laser jusqu'à devenir liquide, ce qui permet de mesurer toutes les propriétés dynamiques de structures, sans interférence du creuset.

Contact

CONTACT
Marie-Louise Saboungi
Centre de recherche sur la matière divisée Orléans
saboungi@cnrs-orleans.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique