
Montpellier attire la matière grise
© J.-L. Girod La pépinière d'entreprises high-tech Cap Oméga.
Montpellier la méditerranéenne. Son simple nom évoque la splendide place de la Comédie, les flamants roses, un ensoleillement supérieur à la moyenne nationale… Mais n'oublierait-on pas sa technopole ? Ville du sud, proche de la mer, Montpellier ne veut plus rimer seulement avec vacances d'été mais aussi avec compétitivité. L'agglomération s'est ainsi dotée depuis 1985 d'un outil efficace : Montpellier Méditerranée Technopole, autre appellation en réalité de la direction du développement économique et de l'emploi de Montpellier et de ses 34 communes associées. Plutôt que de concentrer en un même lieu chercheurs et industriels, la ville a fait le choix d'une technopole « sans chapeau », précise Odile Rouillard, chargée de mission Sciences du vivant à la technopole. C'est-à-dire que les parcs d'activité sont répartis dans l'espace communautaire. Pépinières, hôtels d'entreprises, parcs d'activités répondent à la même exigence : privilégier les entreprises innovantes dotées d'ambitions internationales. Le domaine d'excellence de la technopole ? Les sciences du vivant et les technologies de l'information et de la communication. Rappelons que la ville héberge la plus ancienne faculté de médecine d'Europe et un réseau de recherche dense : elle est la troisième région française pour son nombre de chercheurs par rapport à la population totale ! « Tous les grands organismes de recherche sont présents à Montpellier : CNRS, Inra, Inserm, IRD, Cirad, Cemagref… insiste Odile Rouillard. Et nous mettons en avant les domaines de compétences et nous efforçons de rendre lisibles des recherches qui répondent aux grands défis du xxie siècle. »
Avec sa soixantaine de laboratoires mixtes et plus de 1 400 personnes permanentes, le CNRS est très actif dans le paysage scientifique de Montpellier. En adéquation avec l'orientation de la technopole, ces labos sont majoritairement axés sur les sciences du vivant et la chimie. Une cinquantaine d'entreprises ont ainsi vu le jour à partir de leurs innovations ou en collaboration forte avec eux depuis la loi sur l'innovation de juillet 1999. Le Lirmm 1 notamment suscite beaucoup de projets de création d'entreprise. Avec un passé industriel très faible, l'agglomération mise beaucoup sur sa matière grise pour séduire les entreprises ou susciter des vocations de chefs d'entreprises. Trois universités, un CHU, une École nationale supérieure de chimie, une École nationale supérieure d'agronomie, 3 000 chercheurs en sciences du vivant… De toute évidence, Montpellier attire la matière grise !
Le Centre européen d'entreprise et d'innovation (CEEI), service de la technopole dirigé par Patricia Reeb, est dédié à l'accompagnement des jeunes sociétés et à l'innovation. Deux pépinières, Cap Alpha et Cap Oméga, accueillent ainsi les jeunes pousses dans leurs murs. Cap Oméga, la dernière-née, est dédiée aux technologies de l'information et de la communication, tandis que Cap Alpha privilégie maintenant la technologie et la santé. « Nous sélectionnons les projets qui remplissent au moins trois critères, explique Patricia Reeb. L'innovation bien entendu, un marché potentiel minimum national et international mais aussi une équipe en bonne adéquation avec le projet. » Tout au long de l'accompagnement – jusqu'à trois ans après la création de la société –, les porteurs de projets bénéficient de conseils, formations en économie, mise à disposition de locaux… Assurant la visite des 5 300 m2 de Cap Oméga, au sud de Montpellier, Patricia Reeb continue : « Les porteurs de projets s'adressent à nous, soit directement, soit après être passés par le réseau régional, comme par exemple le Languedoc-Roussillon Incubation. » Le LRI, incubateur académique de la région, a été créé à la suite de la loi sur l'innovation de 1999. Sa directrice, Géraldine Karbouch, rappelle qu'il s'agit d'une association de loi 1901 à vocation régionale. Le LRI ne fait donc pas partie de la technopole, mais ses missions et celles du CEEI sont complémentaires. « Le LRI s'occupe de l'accompagnement scientifique du projet, de l'évaluation de la faisabilité technique, et s'attache à valoriser les résultats de la recherche publique. Tandis que le CEEI accompagne plus particulièrement la partie économique, la réalisation du “business plan” et le développement du projet deux ans avant la création et jusqu'à trois ans après », précise Patricia Reeb. Une complémentarité efficace : plus de trois cents entreprises ont été créées depuis 1987, avec un taux de réussite à trois ans supérieur à 80 %.
Grâce à une architecture à base de cloisons vitrées, des espaces de rencontres comme la cour intérieure ou la machine à café, les deux pépinières Cap Alpha et Cap Oméga facilitent les échanges et la convivialité. Pour preuve, Intrasense, jeune société spécialisée dans les solutions de reconnaissance et de caractérisation automatique des tissus pour l'imagerie médicale, travaille avec Igeoss, spécialisée dans les logiciels de caractérisation des massifs rocheux, dont les locaux sont situés « juste en face » des siens.
Mais la technopole ne s'adresse pas seulement aux créateurs de projets, son rôle est aussi d'attirer les entreprises extérieures. À cette fin, plusieurs hôtels d'entreprises sont destinés à des sociétés non montpelliéraines désireuses d'ouvrir des bureaux sur place. Ainsi Idenix, société biopharmaceutique engagée dans la découverte et le développement de traitements des maladies d'origine virale et infectieuse chez l'homme, en partenariat fort depuis 1999 avec le CNRS et l'université Montpellier-II par le biais d'un Laboratoire coopératif, vient de signer un accord avec l'Agglomération et de s'installer à Cap Gamma. Les 3 500 m2 de l'hôtel d'entreprises spécialisé dans la biopharmacie verront d'ailleurs bientôt la construction d'un frère jumeau dont la livraison devrait avoir lieu fin 2006. « Nous étudions tous les projets d'implantation, ajoute Gilbert Pastor, président de la technopole. Il n'y a pas de petites et de grandes entreprises. »
La technopole n'oublie pas les entreprises locales et organise régulièrement diverses réunions et formations : mise en relation d'entreprises, de chercheurs et d'institutions pour initier des projets de développement communs et des partenariats d'affaires avec Montpellier club d'affaires, conférences thématiques avec Montpellier prospectives… La technopole a à cœur de nouer des partenariats à l'étranger. « Nous mettons l'accent sur le développement international, raconte Odile Rouillard. Ainsi, lors du prochain salon mondial des biotechnologies, à Philadelphie (États-Unis), en juin 2005, la délégation sera accompagnée de jeunes sociétés, pour qu'elles puissent prendre des contacts. » Neuréva – société impliquée dans les thérapies de réparation du système nerveux – avait déjà signé des contrats après sa participation à Bio 2004 : elle sera encore du voyage cette année.
Toujours dans cette optique internationale, Montpellier Agglomération a signé en 2004 un protocole d'accord avec le réseau des incubateurs d'entreprises de haute technologie de Shanghai. L'accord permettra aux jeunes entreprises françaises innovantes de se développer sur le marché chinois et inversement de proposer aux start-up chinoises une tête de pont européenne à Montpellier. L'Agglomération est également en pourparlers avec San José en Californie et Campinas au Brésil pour développer un partenariat. Gageons que l'Année du Brésil en France sera un bon détonateur.
Julie Coquart
Menta : une nouvelle famille de circuits intégrés Pendant une semaine de formation à l'Isim 1, Laurent Rougé doit faire un exercice : coucher sur le papier un projet de création d'entreprise. Les juges trouvent le sujet « intéressant ». Du coup, le jeune ingénieur décide de continuer l'aventure et de monter une société, qu'il baptisera Menta. Son créneau : le secteur microélectronique et les architectures reconfigurables. En effet, « les estimations pour la conception de circuits intégrés en technologie avancée présentent des coûts de fabrication énormes. Ces investissements ne se justifient que dans le cadre d'une production en très grande série et sont inadaptés au cycle de vie des produits. Les circuits reconfigurables actuels ne proposent pas un compromis satisfaisant en termes de puissance de traitement, coût et consommation », explique Laurent Rougé. Le projet Menta a donc pour but de définir une nouvelle famille de circuits intégrés reconfigurables pour des applications dans le traitement du signal et des images, en particulier celui des télécommunications et de l'audiovisuel. Le principe a fait l'objet de deux thèses au sein du Lirmm : deux brevets d'innovation ont d'ailleurs été développés par le CNRS pour le compte du Lirmm. Pour l'instant, Laurent Rougé et son équipe sont en négociation pour qu'un transfert technologique s'effectue vers Menta, et ils ont signé un contrat de collaboration avec le Lirmm pour améliorer l'architecture reconfigurable. D'autre part, la jeune société attend avec confiance les résultats du concours 2005 du ministère de la Recherche, catégorie « Création et Développement ». L'enveloppe conséquente qui accompagne la remise du prix sera un bon coup de pouce… J. C. 1. Institut des sciences de l'ingénieur de Montpellier, devenu Polytech'Montpellier. Contact : Laurent Rougé, laurent.rouge@menta.fr
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Intrasense : des outils contre le cancer © Intrasense Les outils d'Intrasense permettent d'identifier les tissus sains et pathologiques du foie. Les algorithmes d'analyse d'images développés par Intrasense permettent de détecter et de distinguer rapidement et de façon fiable les structures saines et pathologiques du foie. Un gain de temps et une fiabilité appréciables, sachant qu'un médecin ne peut consacrer qu'une dizaine de minutes à l'étude d'un cliché. Rien ne prédisposait Stéphane Chemouny à créer une société. Mais après une formation « sur le tas » en analyse d'images dans le domaine des explosifs dans les aéroports, il reprend ses études (DEA puis doctorat) au Lirmm : ses travaux répondent à une demande du centre anticancéreux de Montpellier. Personne dans la recherche publique ne souhaitant prendre la suite, Stéphane Chemouny « se sacrifie » et se lance avec succès dans le transfert technologique. En mars 2004, un an après ses premiers contacts avec le CEEI, il crée Intrasense, qui collabore actuellement avec le Lirmm sur un projet ambitieux d'évaluation de l'efficacité des traitements anticancéreux. À suivre… J. C. Contact : Stéphane Chemouny, |
1. Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier, CNRS / Université Montpellier-II.
Jean-Michel Portefaix
Responsable du service du partenariat et de la valorisation, Montpellier
jean-michel.portefaix@dr13.cnrs.fr
Patricia Reeb
Directrice du CEEI, Montpellier
p.reeb@montpellier-agglo.com
Odile Rouillard
Chargée de mission Sciences du vivant Montpellier
o.rouillard@montpellier-agglo.com