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Archéologie marine
Saint-Jean-le-Thomas, au nord-est 
de la baie du Mont-Saint-Michel, « plage de Pignochet ». Mise au jour d'une haie de clayonnage.
© Photos : C. Billard Vestiges de pêcheries en pierre vues d'avion dans le secteur de Granville.
Ce sont des sites exceptionnellement bien conservés qui livrent leurs secrets. C'est le cas de Saint-Jean-le-Thomas, au nord-est de la baie du Mont-Saint-Michel : en 1979, il ne laissait deviner qu'une infime partie des vestiges qui depuis l'an 2000 se découvrent sur 2 hectares. La première datation au carbone 14 remonte à 1979, alors que bien peu de structures étaient apparentes. On découvrit alors que cette pêcherie – l'une des plus anciennes d'Europe – daterait de l'âge du bronze, soit 2 000 ans avant J.-C. Aujourd'hui, les chercheurs surveillent l'ensemble du lieu. « Son état de fossilisation est tel – des traces de pas humains, de bovidés en quête de sel ou d'algues restent gravées – que nous avons l'impression de nous promener sur le site tel qu'il était à l'origine », s'exclame le dendrochronologue, émerveillé. Pourtant, il n'est pas simple pour celui qui, dans son métier, étudie surtout le chêne, de travailler à cet endroit où l'on recense essentiellement des aulnes, des noisetiers et des saules. En examinant les cernes du bois, il tentera de confirmer la datation au carbone 14. Encore une chance que l'eau ait pu conserver ce matériau, ainsi que des éléments exhumés, pourtant fragiles, comme un panier et une hache. En observant ces structures, en bon état également, le chercheur souligne le caractère très étendu de ces pêcheries. Elles pointaient vers le large et multipliaient les solutions pour capter le poisson, jouant, à la différence des plus récentes, aussi bien sur le flux que sur le reflux marin. Et les 1 500 pieux retrouvés, correspondant à des arbres de 25 à 40 ans, témoignent d'une très grosse production de bois.
Saint-Jean-le-Thomas n'est pas le seul trésor que nous réserve le littoral. Saint-Lo-d'Ourville, un site du Cotentin, présente aussi un grand intérêt : la datation d'un échantillon de bois d'un pieu du xe siècle ainsi que le caractère imposant de toute l'installation confirmeraient l'hypothèse d'une propriété seigneuriale, établie d'après certains documents historiques. Au Moyen Âge, le poisson constituait en effet une ressource essentielle dans l'alimentation, du fait du respect des prescriptions religieuses. Autres pêcheries médiévales, situées à 1 km de Saint-Jean-le-Thomas : celles de Champeaux, vaste complexe de pierres et de bois qui couvre plus de 12 hectares. Une pêche miraculeuse… qui n'a pas fini de mordre, puisque le programme de recherche se poursuit encore trois ans.
Stéphanie Bia
1. Laboratoire CNRS / Université Rennes-I et II / Université de Nantes / Ministère de la Culture.
2. Drac, service régional de l'archéologie de Basse-Normandie.
Vincent Bernard
Civilisations atlantiques et archéosciences Rennes
vincent.bernard@univ-rennes1.fr