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Archéologie marine

Bonne pêche sur le littoral

La patience est la vertu des pêcheurs. Il en va parfois de même pour les archéologues. Cela fait en effet plus de vingt ans que, sur le littoral de Basse-Normandie, l'érosion effectue un minutieux travail de fouille pour amener dans les filets des chercheurs les riches vestiges des pêcheries du passé.

Benevoles peche VDL

Saint-Jean-le-Thomas, au nord-est
de la baie du Mont-Saint-Michel, « plage de Pignochet ». Mise au jour d'une haie de clayonnage.


L'érosion a parfois du bon. Sans elle, les pêcheries d'antan, ces structures destinées à piéger les produits de la mer, faites de bois ou de pierre, ou encore de filets montés sur pieux et de réservoirs, qui bordent le littoral de Basse-Normandie n'auraient jamais pu être découvertes, et donc étudiées. Vincent Bernard, dendrochronologue – spécialiste en datation des bois archéologiques –, du laboratoire Civilisations atlantiques et archéosciences 1, explique pourquoi : « Depuis 2000, l'érosion des côtes de la façade occidentale du département de la Manche, de ses falaises et de ses dunes, lève le drap qui masquait des vestiges oubliés, comme ces pêcheries vieilles de 4 000 ans. » Face à la mise au jour d'un tel vivier, la mission de ce chercheur est d'analyser les espèces végétales employées sur les sites, ainsi que l'usage qui en a été fait par l'homme, et de dater les constructions. Une pêche archéologique à laquelle il se livre sur le littoral français depuis 2003 aux côtés de Cyrille Billard, archéologue-conservateur 2, dans le cadre du programme collectif de recherche du ministère de la Culture « Exploitation des milieux littoraux en Basse-Normandie ».

 

Vestiges pecheries VDL

© Photos : C. Billard

Vestiges de pêcheries en pierre vues d'avion dans le secteur de Granville.


 

Ce sont des sites exceptionnellement bien conservés qui livrent leurs secrets. C'est le cas de Saint-Jean-le-Thomas, au nord-est de la baie du Mont-Saint-Michel : en 1979, il ne laissait deviner qu'une infime partie des vestiges qui depuis l'an 2000 se découvrent sur 2 hectares. La première datation au carbone 14 remonte à 1979, alors que bien peu de structures étaient apparentes. On découvrit alors que cette pêcherie – l'une des plus anciennes d'Europe – daterait de l'âge du bronze, soit 2 000 ans avant J.-C. Aujourd'hui, les chercheurs surveillent l'ensemble du lieu. « Son état de fossilisation est tel – des traces de pas humains, de bovidés en quête de sel ou d'algues restent gravées – que nous avons l'impression de nous promener sur le site tel qu'il était à l'origine », s'exclame le dendrochronologue, émerveillé. Pourtant, il n'est pas simple pour celui qui, dans son métier, étudie surtout le chêne, de travailler à cet endroit où l'on recense essentiellement des aulnes, des noisetiers et des saules. En examinant les cernes du bois, il tentera de confirmer la datation au carbone 14. Encore une chance que l'eau ait pu conserver ce matériau, ainsi que des éléments exhumés, pourtant fragiles, comme un panier et une hache. En observant ces structures, en bon état également, le chercheur souligne le caractère très étendu de ces pêcheries. Elles pointaient vers le large et multipliaient les solutions pour capter le poisson, jouant, à la différence des plus récentes, aussi bien sur le flux que sur le reflux marin. Et les 1 500 pieux retrouvés, correspondant à des arbres de 25 à 40 ans, témoignent d'une très grosse production de bois.

Saint-Jean-le-Thomas n'est pas le seul trésor que nous réserve le littoral. Saint-Lo-d'Ourville, un site du Cotentin, présente aussi un grand intérêt : la datation d'un échantillon de bois d'un pieu du xe siècle ainsi que le caractère imposant de toute l'installation confirmeraient l'hypothèse d'une propriété seigneuriale, établie d'après certains documents historiques. Au Moyen Âge, le poisson constituait en effet une ressource essentielle dans l'alimentation, du fait du respect des prescriptions religieuses. Autres pêcheries médiévales, situées à 1 km de Saint-Jean-le-Thomas : celles de Champeaux, vaste complexe de pierres et de bois qui couvre plus de 12 hectares. Une pêche miraculeuse… qui n'a pas fini de mordre, puisque le programme de recherche se poursuit encore trois ans.

 

Stéphanie Bia

 

 

 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Rennes-I et II / Université de Nantes / Ministère de la Culture.
2. Drac, service régional de l'archéologie de Basse-Normandie.

Contact

Vincent Bernard
Civilisations atlantiques et archéosciences Rennes
vincent.bernard@univ-rennes1.fr


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