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Santé

Cancer du sein : aller au plus près des ganglions sentinelles

Les ganglions sentinelles, premiers relais d'une dissémination des métastases dans certains cancers, sont difficiles à repérer. Des chercheurs strasbourgeois ont développé une sonde pour mieux les détecter et une caméra permettant de les « cartographier ». Deux outils porteurs d'espoir…

Avec plus de 40 000 nouveaux cas chaque année en France, le cancer du sein arrive aux premiers rangs des pathologies féminines. Plus inquiétant encore, son incidence ne cesse d'augmenter. Une touche d'espoir, toutefois : les soins interviennent de plus en plus tôt dans la maladie. Un progrès dû à la sensibilisation des patientes, au dépistage généralisé et aux progrès des techniques d'imagerie. Pour preuve, un nouvel outil qui vise à améliorer la chirurgie des cancers mammaires. Et à en alléger les suites. Direction Strasbourg, à l'Institut de recherches subatomiques 1, où des physiciens ont développé, de concert avec des cliniciens comme Carole Mathelin 2, une sonde et une gamma caméra aptes à détecter les ganglions sentinelles. On les trouve parmi la trentaine de ganglions lymphatiques formant une chaîne entre la zone des aisselles et l'intérieur de la glande mammaire. Activés dans les cancers lymphophiles 3, ce sont les premiers relais d'une éventuelle dissémination des métastases. D'où leur intérêt : s'ils ne sont pas envahis, on sait les autres ganglions du territoire mammaire indemnes. Il est alors inutile de procéder à un curage systématique, avec tous ses inconvénients : syndrome du « gros bras », troubles de la mobilité de l'épaule, douleurs… Depuis quelques années, on a donc modifié la pratique chirurgicale. Elle consiste désormais à ôter, au début de l'intervention, les seuls ganglions sentinelles. Et à les analyser illico afin d'en vérifier l'état. Résultat : 30 % seulement des cas nécessitent alors un curage de la chaîne ganglionnaire.

Ganglions sentinelles

L'image expérimentale de ganglions sentinelles
distants de 20 mm, réalisée
avec la mini-gamma caméra.


« La grande difficulté est de repérer tous les ganglions sentinelles, commente Jean-Louis Guyonnet, physicien et « maître d'œuvre » de la nouvelle sonde. Car si on en laisse un, la patiente ne bénéficie pas d'un traitement chirurgical optimal et son risque de récidive augmente fortement. » Mais la traque s'avère ardue : leur nombre – un à cinq – et leur localisation diffèrent d'une femme à l'autre. Il faut donc déterminer ces facteurs pour chaque patiente.

La veille de l'intervention chirurgicale, on injecte un composé radioactif dans le sein : comme tout corps étranger, il est arrêté par ces ganglions sentinelles. Devenant ainsi – faiblement – radioactifs, ces derniers peuvent être détectés par un appareil de scintigraphie. Au cours de l'opération, cette image est complétée à l'aide d'une sonde. Son fonctionnement ? Basée sur le même principe que la scintigraphie, elle va au contact direct des ganglions pour émettre, selon le niveau de radioactivité rencontré, un signal sonore plus ou moins fort.

Tout l'enjeu consiste à obtenir une sonde alliant sensibilité, bon pouvoir séparateur et « blindage ». La première est essentielle pour détecter ces ganglions qui absorbent d'infimes quantités de radioactivité, le second pour les distinguer de leurs homologues « classiques », et le blindage afin de réduire le bruit de fond. « C'est surtout très important pour détecter les ganglions sentinelles intramammaires. Ils se trouvent souvent très près de l'endroit d'injection du produit radioactif, et cela perturbe la mesure », souligne Jean-Louis Guyonnet. Difficulté quasi résolue avec cette sonde baptisée Carolires 4. Sur quoi reposent ses performances ? L'emploi d'un nouveau cristal et la miniaturisation. Non pas de l'ensemble – elle a comme les autres la dimension d'un stylo – mais de sa tête de détection : 4 mm contre 1 cm pour les appareils actuels. De quoi rendre l'acte chirurgical encore plus précis. Dans l'attente du brevet français, les chercheurs évaluent son efficacité au cours d'interventions chirurgicales mammaires 5. Avec un premier succès : la nouvelle sonde a permis de détecter un ganglion sentinelle intramammaire passé au travers des mailles de la technique classique. « Et le plus important, c'est que celui-ci était justement métastasé ! »

Camera proto VDL

Le prototype de la caméra.


Ce n'est pas tout. En parallèle, cette même équipe vient de développer une mini-gamma caméra opératoire. Elle pourrait un jour remplacer l'examen scintigraphique préopératoire. Tandis que ce dernier permet simplement de dénombrer les ganglions sentinelles, la caméra, placée contre la zone à explorer, les « cartographie ». L'incision sera ainsi réduite. Autre atout : suite à l'excision du nombre de ganglions sentinelles évalué par scintigraphie, la mini-caméra vient vérifier l'efficacité de l'intervention.

Porteur d'espoir pour nombre de femmes, ce dispositif devrait être commercialisé sans tarder. À suivre.

 

Patricia Chairopoulos

 

Notes :

1. Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (CNRS / Université Strasbourg-I).
2. Chirurgien spécialisée dans les maladies du sein,
elle exerce aux hôpitaux universitaires et au Centre anticancéreux de Strasbourg.
3. Cancers (sein, prostate, mélanome…) où les métastases passent d'abord par le système ganglionnaire.
4. Travaux publiés en février 2005 dans Breast cancer research and treatment.
5. Aux hôpitaux universitaires et au centre anticancéreux de Strasbourg.

Contact

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Jean-Louis Guyonnet
Institut de recherches subatomiques, Strasbourg
jean-louis.guyonnet@ires.in2p3.fr


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