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Environnement

Sur les traces des grains de pollen

Pollen

© L. Médard/CNRS Photothèque

À partir d'échantillons et de documents photographiques, la détermination pollinique permet de caractériser des environnements fossiles en relation avec les variations paléoclimatiques qui leur étaient contemporaines.


À l'instar des pigeons, les grains de pollen sont de grands voyageurs : ils peuvent parcourir des milliers de kilomètres. Leur moyen de transport ? Des masses d'air qui passent au-dessus d'une zone où poussent des plantes.

Denis-Didier Rousseau, responsable jusqu'en novembre 2004 1 de l'équipe Paléoenvironnements de l'Institut des sciences de l'environnement de Montpellier (ISE-M), s'est penché sur l'étude de ce transport pollinique sur longues distances : « Jusqu'ici, on ne savait pas mettre en évidence le transport réel, car la méthode classique consiste à déposer un capteur de pollen et à revenir le chercher plusieurs mois après. Il y a donc de grandes imprécisions sur la date de capture des grains, et les résultats obtenus ne sont que statistiques. »

Alors qu'en connaissant la date d'arrivée du pollen en un point précis, on peut rechercher de quelle façon il y est arrivé : il suffit de remonter le temps et de suivre le trajet des masses d'air. « On parvient ainsi à déterminer la date probable et le lieu d'émission du pollen dans l'atmosphère », explique Denis-Didier Rousseau, lauréat 2004 du prix Von Humboldt – Gay-Lussac 2 pour ses travaux en paléontologie et paléoclimatologie continentale. Pour obtenir des informations aussi précises, le paléontologue utilise deux capteurs de grains (des filtres de gaze siliconée placés sur des structures métalliques) : l'un est relevé toutes les semaines, l'autre tous les quinze jours. « Dans le cadre du Groenland, on peut ainsi distinguer l'apport en pollen local de celui venant d'un autre continent par exemple, mettre en évidence la saisonnalité des apports de pollen, ainsi que les variations provoquées par les conditions climatiques », continue le chercheur. Appliqués à la paléoclimatologie, ces résultats permettraient de caractériser dans le passé des transports similaires effectués dans des conditions environnementales et climatiques différentes, comme dans les environnements sans végétation que sont les calottes glaciaires.

Pour l'instant, les modèles ne sont performants qu'à l'échelle régionale et pas encore globale, mais le directeur de recherche assure que de nombreux développements sont possibles. Ainsi, lors de la mission Banquise 2002, Jean-Louis Étienne avait accepté d'installer un capteur, et les résultats montrent que des grains de pollen originaires d'Europe occidentale et de Sibérie orientale sont arrivés au pôle Nord à une semaine d'intervalle. Dans un autre projet financé par l'Ipev 3, du pollen originaire de la région des grands lacs d'Amérique du Nord parvient jusqu'au sud du Groenland. Un autre capteur a été mis en place sur Clipperton, toujours dans le but de simuler le transport du pollen, mais dans un contexte différent.

 

Julie Coquart

 

 

Notes :

1. Il a délaissé pour un temps la direction de son équipe montpelliéraine et est actuellement installé pour neuf mois à l'université de Bayreuth, en Allemagne.
2. Décerné à un chercheur français présenté par des collègues allemands.
3. L'Institut polaire français Paul-Émile Victor.

Contact

Denis-Didier Rousseau
Université de Bayreuth, Allemagne
denis-didier.rousseau@uni-bayreuth.de


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