
Chimie
À l'approche d'une des pièces du sous-sol du laboratoire, on entend le bruit d'un moteur. C'est celui d'une Peugeot 206 HDI gris métallisé immobilisée, mais dont les roues tournent à pleine vitesse. « Ici, nous testons une mousse catalytique au niveau du pot d'échappement, explique la jeune étudiante en thèse Estelle Vanhaecke, un casque antibruit sur les oreilles. Nous cherchons en effet à stopper et à éliminer par combustion les particules de suies particulièrement nocives pour nos poumons qui s'échappent du pot. » Pour y parvenir, les chercheurs utilisent un catalyseur qui transforme du carbone de la suie en un composé moins dangereux pour la santé. De tels exemples d'application de la catalyse, les salles du Laboratoire des matériaux, surfaces et procédés pour la catalyse (LMSPC) en regorgent. La catalyse est en effet au cœur des activités de ce laboratoire situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Strasbourg, sur le campus de physique et de chimie de Cronenbourg. Peu de laboratoires lui sont dédiés, et pourtant, elle figure parmi les technologies de base de la fabrication de nombreux produits de notre quotidien. De quoi s'agit-il ? D'induire ou d'amplifier une réaction chimique grâce à une substance appelée catalyseur. Celui-ci, constitué d'une phase active déposée sur un support, accélère la vitesse de la réaction, augmente son rendement et l'oriente de façon sélective vers le produit voulu.
© J.Chatin/CNRS photothèque Autre type de réacteur chargé d'un photocatalyseur permettant à température ambiante, avec de la lumière visible, de dégrader certains polluants gazeux nocifs comme le CO ou le toluène. 
Dans le contexte des nouvelles énergies, il permet aussi de produire de l'hydrogène à partir du méthanol. Pour ce faire, le laboratoire développe de nouveaux nanomatériaux photocatalytiques extrêmement performants.
Créé en 2001 par Marc Ledoux, directeur scientifique du département des sciences chimiques, le LMSPC est issu de la réunion de plusieurs équipes autour d'un ancien laboratoire strasbourgeois déjà spécialisé dans l'étude des mécanismes des réactions catalytiques. Ainsi, le laboratoire qui emploie aujourd'hui plus de 60 personnes est doté d'une connaissance et d'un savoir-faire en la matière vieux de plus de 30 ans. Aujourd'hui, on y mène des recherches fondamentales aussi bien sur les mécanismes intimes des réactions catalytiques que sur les catalyseurs eux-mêmes. On travaille aussi à la mise au point de nouveaux types de catalyseurs qui font appel à de nouveaux matériaux. Une recherche prolifique, qui a conduit le laboratoire à prendre une nouvelle dimension en 2002. Associé à la Max Planck Gesellschaft de Berlin et à l'université de Messine1, il est alors devenu laboratoire européen2. Outre les projets de recherche communs, la création de l'European Laboratory for Catalysis and Surface Science (Elcass) favorise de nombreux échanges humains entre les trois entités. Un atout pour les étudiants en thèse et les postdoctorants. Autre particularité : le nombre considérable de contrats industriels. Du coup, le laboratoire affiche déjà une trentaine de brevets internationaux. D'où proviennent-ils ? D'une recherche de pointe à l'interface entre les nouveaux matériaux et les nouvelles propriétés catalytiques. Et du développement d'applications et de procédés variés. Par exemple, dans le cadre de la recherche sur la synthèse et la caractérisation de nouveaux matériaux catalytiques, les chimistes du LMSPC © J.Chatin/CNRS Au LMSPC, on étudie le mécanisme intime de la catalyse, un procédé qui a lieu à la surface des matériaux. Cet appareil de spectroscopie de photoémission de rayons X permet d'analyser finement sous ultravide ce qui se passe 
à la surface de ces matériaux.
Ainsi, qu'il s'agisse de la dégradation de polluants, de la décontamination bactérienne ou encore de la synthèse d'hydrogène à partir de la biomasse pour créer de nouvelles énergies, la recherche sur la catalyse a le vent en poupe. Avec de nombreuses applications, notamment dans la lutte contre les pollutions. Enfin, le laboratoire est impliqué dans l'étude de nouvelles sources d'énergie : valorisation du gaz naturel en Diesel, piles à combustibles et matériaux pour le nucléaire.
Stéphanie Belaud
1. Les entités associées au LMSPC sont le département de chimie inorganique du Fritz-Haber Institut der Max Planck Gesellschaft de Berlin en Allemagne et le département de chimie industrielle et d'ingénierie des matériaux de l'université de Messine en Italie.
2. Sur le plan européen, le LMSPC est aussi à l'origine du réseau d'excellence Idecat (Integrated Design of Catalytic Nanomaterials for a Sustainable Production), mis en place par l'Union européenne et qui comprend 17 entités, dont le CNRS avec 10 laboratoires.
3. Les travaux de synthèse du ß-SiC ont abouti à la création de cette PME, Sicat, dont le CNRS possède 10 % du capital.
LMSPC, Strasbourg :
François Garin, garin@chimie.u-strasbg.fr
Cuong Pham-Huu, cuong.lcmc@ecpm.u-strasbg.fr
Valérie Keller-Spitzer, vkeller@chimie.u-strasbg.fr