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Les grandes vallées technologiques françaises

Château-Gombert, un grand cru pour l'ingénieur

Depuis 1989 à Marseille, le Technopôle de Château-Gombert développe l'excellence en sciences pour l'ingénieur sur fond de décor provençal… Et en son sein, laboratoires et entreprises s'épanouissent sous le soleil de la deuxième ville scientifique de France.

« Un village technologique en ligne avec le monde. » Les Marseillais ont beau enjoliver un tantinet la réalité, le Technopôle de Château-Gombert répond exactement à cette définition. Les « lunettes » géantes du télescope Hubble, les caméras de contrôle du TGV, le système de ventilation de la navette spatiale chinoise, la limitation des turbulences engendrées par les avions gros porteurs, la lutte contre les feux de forêt et contre l'envahissement des tunnels par les fumées d'incendie ? Toutes ces prouesses technologiques ont bel et bien fait – ou font – l'objet d'une action de recherche dans cette ZAC1 de 180 hectares fichée au cœur du Marseille des bastides, non loin du vieux port, et fréquentée au quotidien par 10 000 personnes. Passons sur les charmes des lieux où flottent autant d'effluves de méninges en surchauffe ventilés par le mistral que de senteurs dignes des romans de Pagnol. Avec ça, un climat au beau fixe, une mer bénie des dieux en contrebas et la chaîne de l'Étoile en guise de toile de fond, le tout à 20 minutes de la gare Saint-Charles, desservie par le TGV Méditerranée… De quoi décrocher, question décor et confort de travail, une très bonne note artistique.

La note technique ? Plus qu'honorable, elle aussi. Sorti de terre en 1989 sous l'impulsion d'une métropole alors en plein pot au noir économique et social, de la chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence et de leurs partenaires (État, Région, Département), le Technopôle massaliote, le premier du genre logé dans une ville et l'objet d'un investissement public/privé réalisé de 292 millions d'euros, est devenu le « lieu fertile » voulu par ses concepteurs. Il impose sa marque, à l'échelle internationale, dans les domaines de la mécanique/énergétique, de la microélectronique, des mathématiques, de l'informatique et de l'optique/photonique. « Le site, désormais piloté par la communauté urbaine Marseille Provence Métropole et la ville de Marseille, arrive aujourd'hui à maturité sur le plan scientifique et économique », assure Carine Schlewitz, directeur de projet à la direction économique de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Le Technopôle ne déroge pas au principe moteur qui anime la quarantaine de structures du même type implantées dans l'Hexagone : rassembler, sur un seul et même territoire, chercheurs, étudiants et industriels et faire se croiser – et plus si affinités – producteurs de matière grise et acteurs financiers pour constituer une force de frappe techno-économique capable de rayonner au-delà de ses frontières naturelles, mondialisation oblige.

 

Campus Innov

© Michel Martini/Technopôle de Château-Gombert

Bâtiments de l'Iusti et du centre de formation en mécanique et technologique mécanique (Unimeca)
Ci-dessus : chambre de test et de mesures pour les appareils fonctionnant avec des ondes électromagnétiques.


 

Que la naissance et la croissance à marches forcées de ce « pôle de compétence » ait contribué « à une meilleure organisation spatiale et thématique de la recherche et de l'enseignement supérieur sur Marseille », Carine Schlewitz s'en frotte les mains. D'où le dispositif désormais en place dans la deuxième ville scientifique de France : au nord (à Château-Gombert et sur le campus de Saint-Jérôme) les sciences pour l'ingénieur, au sud2 les sciences de la vie et en centre-ville3 les sciences humaines, économiques, juridiques et les lettres. « Excellence, talent, créativité » : les trois mots-clés carillonnant dans les allées high-tech de Château-Gombert en disent long sur ses ambitions. Au rayon recherche, 6 laboratoires, dont l'Institut de recherche sur les phénomènes hors équilibre (IRPHE) et l'Institut universitaire des systèmes thermiques industriels (Iusti)4, emploient quelque 500 permanents, dont plus de 350 chercheurs, et revendiquent le titre de plus importante concentration régionale en sciences pour l'ingénieur. Spécialité du premier : la modélisation de systèmes macroscopiques complexes, une thématique rabattant une volée de partenariats industriels avec l'aéronautique, l'astronautique, les transports terrestres, la santé, l'environnement…

Traversez une allée tartinée de soleil, humez quelques touffes de basilic et vous voici dans les murs de l'Iusti, adossé à une école d'ingénieurs5, Polytech, dont les enseignants sont tous des chercheurs du laboratoire. L'Iusti « est fortement impliqué dans la physique des transferts, les écoulements complexes et les milieux granulaires », explique Roger Martin, son directeur. Une approche fondamentale lestée de multiples retombées « concrètes » (en cheville avec les poids lourds de l'énergie, de l'aéronautique, du spatial et de l'automobile), de la rentrée des navettes spatiales dans les atmosphères planétaires aux systèmes à combustion propre et au traitement des déchets ménagers, en passant par la détection des feux de forêt. Et Roger Martin de se féliciter que ces efforts se soient récemment traduits, « pour deux directrices de recherche du laboratoire, par l'obtention du prix Max Bredig de l'Electrochemical Society of America s'agissant de l'une, et la nomination aux fonctions d'éditrice du Journal of Fluids Mechanics concernant l'autre ».

Autre fierté du staff dirigeant du Technopôle : le LMA (Laboratoire de mécanique et d'acoustique)6 et le LAM (Laboratoire d'astrophysique de Marseille7, l'un des quatre laboratoires spatiaux du centre), devraient prochainement rejoindre Château-Gombert et renforcer, qui le pôle Mécanique-Énergétique, qui le pôle Optique-Photonique dans le cadre du projet Optitec8. Récapitulons : Château-Gombert, c'est 250 000 mètres carrés construits, 3 300 emplois privés et publics, 6 laboratoires de recherche et 2 grandes écoles d'ingénieurs employant 900 enseignants chercheurs, 2 centres universitaires de 2e et 3e cycle (le Centre de mathématiques et d'informatique et le Centre universitaire de formation en mécanique et technologie mécanique), plus de la verdure à revendre. À quoi s'ajoutent un centre de colloques et de congrès, un espace résidentiel d'une capacité de 1 000 logements, un groupe scolaire, des commerces de proximité et des équipements sportifs.

Et les entreprises, dans tout ça ? 145, parmi lesquelles Cybernetix, AXA, Bull, sont d'ores et déjà à pied d'œuvre. Doté d'un incubateur interuniversitaire (Impulse) où 27 jeunes pousses innovantes, soutenues financièrement, ont déjà vu le jour, d'une pépinière d'entreprises (Marseille Innovation) – installée dans l'hôtel technologique qu'elle gère et dont les protégées affichent un taux de survie de 75 % après cinq ans d'existence –, ainsi que d'un fringant Club d'intelligence économique, le site en pleine ébullition garde les yeux rivés sur le futur. Et se prépare à accueillir un deuxième hôtel d'entreprises, exclusivement dédié à l'optique. Livraison prévue courant 2007. 

 

Philippe Testard-Vaillant

 

Pour en savoir plus : www.technopole-marseille.com

 

 

 

Uratek : bon pied bon œil (artificiel)

 

Créée en 1998 pour valoriser des travaux de recherche menés au laboratoire Iusti de Polytech et sous contrat de licence avec le CNRS, Uratek est passé maître dans l'art de transformer une caméra en « cerveau visuel ». Bon génie de cette start-up marseillaise tablant sur un chiffre d'affaires de 200 000 euros en 2005 et employant deux ingénieurs salariés : Uracode, sacré « meilleur produit de vision industrielle » par la revue Mesures l'an passé. « Ce logiciel de reconnaissance de formes donne le sens de la vision à un robot mobile dont les “yeux“ (des caméras) lui permettent de détecter, identifier, localiser, suivre et inspecter par l'image des objets fixes ou mobiles. Le tout en temps réel et quelles que soient les conditions d'éclairage », explique son auteur, Philippe Guillemant, qui dirige aujourd'hui les recherches visant à améliorer la méthode du « plongement fractal » à l'origine de cette technologie. Extrêmement variés, ses domaines d'application courent de la navigation automatique de robots sous-marins à la détection d'anomalies sur une chaîne de fabrication de composants électroniques.

 

Contact : Philippe Guillemant, philippe.guillemant@polytech.univ-mrs.fr

 

 

 

 

Protomed : au cœur de l'innovation

 

Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre la démonstration de Frédéric Mouret, responsable R&D et gérant de la société Protomed, créée au sein de l'incubateur Impulse. Mais le très astucieux Sudyn, un « système de suture pour la chirurgie aortique mini-invasive sous assistance vidéo », né dans les laboratoires de l'université de la Méditerranée et de l'Équipe de biomécanique cardiovasculaire1 et développé par ce nouvel acteur de la scène biomédicale, semble promis à un brillant avenir. C'est que la suture de prothèses sur l'aorte à l'aide d'un fil chirurgical standard reste un geste complexe augmentant d'autant la durée de l'intervention, au risque de voir apparaître des complications cardio-respiratoires. D'où l'idée de supprimer le nœud ! Le Sudyn « est composé d'une zone supérieure de blocage du fil, d'une zone inférieure d'appui, et d'une zone intermédiaire qui assure une tension contrôlée du fil », explique Frédéric Mouret. Résultat : 30 précieuses minutes d'économisées. En phase de « présérie », le Sudyn espère entamer son décollage commercial début 2007. Autre dispositif dans la musette de Protomed : Retis, « un écarteur intestinal libérant le champ opératoire en chirurgie vasculaire » et assurant un abord direct à l'aorte. Commercialisation en 2006.

 

1. Laboratoire CNRS / IRPHE / Université de la Méditerranée.

 

Contact : Frédéric Mouret, f.mouret@protomed.fr

 

 

Notes :

1. Zone d'aménagement concerté.
2. Luminy / CNRS / Hôpitaux Sud / La Timone.
3. Saint-Charles / Canebière.
4 Respectivement labos CNRS / Université Aix-Marseille-I et II et CNRS / Université Aix-Marseille-I. Les autres laboratoires déjà en place sont le MSNM-GP (laboratoire « Modélisation et simulation numérique en mécanique et génie des procédés »), le L2MP (Laboratoire matériaux et microélectronique de Provence), le LATP (Laboratoire d'analyse, topologie, probabilités) et le LIF (Laboratoire d'informatique fondamentale de Marseille).
5. La seconde école d'ingénieurs présente sur le Technopôle est l'École généraliste des ingénieurs de Marseille (Egim), qui a vocation à devenir l'École centrale de Marseille.
6. Un laboratoire propre du CNRS.
7. Laboratoire CNRS / Université Aix-Marseille-I.
8. Objectif : créer un pôle régional d'innovation de rang mondial dans le domaine de l'optique-photonique dont le Technopôle sera la tête de réseau.

Contact

Martine Perrin-Burdet, Adjointe au délégué régional pour la circonscription Provence, Marseille, martine.perrin-burdet@dr12.cnrs.fr
Carine Schlewitz, Directeur de projet, Château-Gombert, schlewitz@marseille-innov.org


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