
© GEMPPM
Trottinette à la main, casquette sur ses cheveux blond vénitien coupés court, Éric Maire arrive au rendez-vous : le buffet de la gare de Lyon, à Paris. De passage à la capitale pour un conseil d'administration de la Société française de mécanique et matériaux, le médaillé de bronze du CNRS 2001 et prix Péchiney 2004 avait précisé les détails descriptifs. Comme il est « anti-portable », ils s'imposaient pour se retrouver !
Des casquettes, le jeune chercheur de 38 ans en a plusieurs. Chargé de recherche au Groupe d'étude de métallurgie physique et de physique des matériaux (GEMPPM) de Villeurbanne, Éric Maire souligne qu'il a une triple formation : de technicien, d'universitaire et d'ingénieur. En 1986, il obtient en effet un DUT « Génie mécanique et productique » à Lyon. Un cursus qu'il avait choisi pour son niveau (bac + 2). « J'étais pas terrible à l'école, surtout en théorie… », justifie-t-il. Le diplôme en poche, il file à la fac pour passer licence et maîtrise en sciences des matériaux. « Ce furent deux années très profitables. Ce que j'y ai appris me sert autant que ce qu'on m'a enseigné en école d'ingénieurs par la suite. » Car après la fac,
Éric rejoint l'Insa, toujours à Lyon. Le point commun de toutes ses formations : le génie des matériaux. Lors de sa thèse, soutenue après le DEA passé en parallèle à sa dernière année à l'Insa, il s'intéresse aux matériaux composites à matrice métallique. « Ce sont des matériaux qui étaient très prometteurs à l'époque mais qui n'ont pas tenu toutes leurs promesses », rappelle Éric. Ce qui préoccupe le chercheur : caractériser les matériaux et comprendre comment ils s'endommagent, c'est-à-dire comment des mécanismes endogènes permettent la propagation d'une fissure jusqu'à la rupture finale quand on les sollicite. L'idée est de relier leur structure micro- et mésoscopique1 à leur comportement observé à l'échelle macroscopique. Après sa thèse, Éric passe un peu plus d'un an en postdoc dans un laboratoire en Ontario au Canada. « Mes deux tuteurs étaient des gens très compétents, donc très connus dans la science des matériaux. J'ai appris là-bas à fabriquer des matériaux modèles », souligne-t-il. De retour en France, en 1996, il entre au CNRS, au GEMPPM, après avoir passé deux fois le concours. « La première année, je ne maîtrisais pas très bien mon sujet », reconnaît-il. Et depuis son arrivée, les échanges entre son ancien laboratoire canadien et le GEMPPM se sont pérennisés. Là, le jeune chercheur a surtout travaillé sur l'aluminium. « Mais je ne cherche pas à me spécialiser. Les résultats obtenus sont généralisables à tout type de matériaux. Ce que j'apprécie d'ailleurs dans le labo, c'est qu'il n'est pas focalisé sur une seule famille. Les thèmes peuvent se rapporter aux métaux et alliages, aux polymères ou encore aux céramiques et composites. » Désormais, Éric se tourne de plus en plus vers les matériaux poreux, des matières émergentes qui intéressent notamment les constructeurs automobiles et aéronautiques.
© GEMPPM Compression in situ en tomographie aux rayons X à l'ESRF de Grenoble. Reconstruction d'une mousse d'aluminium à cellule ouverte. Les flèches indiquent des points de localisation de la déformation due à la compression globale de l'échantillon.
Julie Coquart
1. Du grec mesos, au milieu, moyen. L'échelle mésoscopique est intermédiaire entre l'échelle microscopique et l'échelle macroscopique. C'est à ce niveau que les mécanismes microscopiques se combinent pour déterminer les propriétés mécaniques macroscopiques des matériaux.
Éric Maire ? Groupe d'étude de métallurgie physique et de physique des matériaux (GEMPPM), Villeurbanne ? eric.maire@insa-lyon.fr