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Archéologie

Les premiers agriculteurs du Sud de la France

À quelques kilomètres au sud de Nîmes, un chantier archéologique vient tout juste de s'achever au cœur d'une zone d'activité commerciale. Une fouille de sauvetage débutée en novembre 2004 qui a permis de mettre à jour l'habitat des premiers paysans du Sud de la France.

Archéo

© Inrap


Voici quelques mois, une nouvelle fouille de sauvetage débutait dans la zone d'activité commerciale du Mas de Vignoles, située à quelques kilomètres au sud de Nîmes. C'était la 10e sur cette ZAC en pleine expansion. Cette fois-ci, elle avait lieu là où un bassin de rétention d'eau sera creusé pour éviter les inondations de la zone en cas d'orage. Le diagnostic archéologique1 avait révélé l'existence, à 70 cm sous terre, d'un site du Néolithique âgé d'environ 7 000 ans. Des archéologues de l'Inrap, du CNRS et de l'EHESS se sont donc mobilisés et ont entrepris de fouiller minutieusement cette zone. « Nous avons mis au jour un sol d'habitat de plein air qui pourrait correspondre à une partie d'un village construit entre 5 200 et 4 800 ans avant notre ère, époque où la transition du mode de vie de chasseur-collecteur à celui de paysan s'opère en France », relate Thomas Perrin, archéologue du Centre d'anthropologie de Toulouse, spécialiste du Néolithique, et plus précisément de cette période de transition.

Divers types de vestiges archéologiques ont été trouvés sur une surface d'environ 4 000 mètres carrés : de nombreux aménagements de galets et de blocs calcaires, des céramiques comme des fragments de vases écrasés, des silex taillés avec des déchets de taille et des outils, des quartz taillés, des parures dont des bracelets en calcaire et des coquillages perforés, ou encore des macro-outils comme des meules. Mais ce n'est pas tout. D'autres vestiges semblent être présents, même s'ils s'avèrent plus discrets. « Des zones de vide apparaissent autour de certains aménagements de galets, elles peuvent être considérées comme des négatifs des murs des habitations, explique l'archéologue. Car les matériaux qui devaient servir à les bâtir, comme la terre, le bois ou encore la peau n'ont pas été conservés. Autre possibilité : ces vides peuvent aussi témoigner des zones de circulation ou de passage entre les habitations à l'intérieur du village. » Quoi qu'il en soit, le travail d'interprétation est très important. En effet, on connaît désormais bien les habitats en grotte de ces premiers paysans, mais on trouve très peu d'habitats de plein air, plus fragiles et plus exposés à la destruction, notamment dans les régions agricoles ou viticoles, où les labours profonds détruisent les vestiges. Malgré cela, il arrive que l'on puisse en identifier des traces, mais en général, on n'en retrouve que les éléments les plus profonds, comme des fosses qui étaient creusées dans les villages. La plupart du temps, il ne reste rien de l'architecture.

Le gisement du mas de Vignoles intéresse donc particulièrement les archéologues, car il présente un niveau de sol rarement conservé. Ainsi, il pourrait apporter des informations précieuses sur la façon dont vivaient ces populations d'agriculteurs du Sud de la France, plus précisément dont elles occupaient le territoire et dont elles organisaient leurs villages2. Pour les archéologues, il s'agit aussi de comprendre la complémentarité des habitats de plein air et en grotte. Ces deux types d'habitats étaient-ils occupés par des groupes différents ? ou un même groupe possédait-il les deux, qu'il utilisait selon les activités ou les saisons ? Les nombreuses analyses de datation au carbone 14, de carpologie, de malacologie ou d'anthracologie3 qui vont être réalisées sur ce nouveau gisement permettront de le relier aux autres découvertes de la région. Des études qui dévoileront peut-être l'existence d'un grand territoire où les premières populations d'agriculteurs venues du Proche-Orient, foyer d'origine de l'agriculture de l'Europe occidentale, se sont installées voici 7 000 ans. Ici, sous cette ZAC.

 

Stéphanie Belaud

Notes :

1. Ce diagnostic avait été réalisé par l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives).
2. Leurs pratiques culturelles sont quant à elles bien connues.
3. La carpologie (étude des graines fossiles) fournit des informations sur les pratiques agricoles. L'anthracologie (étude des charbons de bois) et la malacologie (étude des espèces d'escargots) permettent de déterminer les paysages et les milieux liés au site étudié.

Contact

Thomas Perrin, Centre d'anthropologie, Toulouse, tperrin@free.fr


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