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Biologie végétale

Ce que vivent les roses

Qu'est-ce qu'une rose ?
Qu'est-ce qui fait sa qualité ?
Un parfum, une couleur, des pétales… Oui, mais quel parfum, quelle forme de pétales, combien de pétales ?
À ces questions, et bien d'autres encore, les chercheurs de l'équipe Rose du laboratoire « Reproduction et développement des plantes » (RDP) de Lyon tentent de répondre.

« Ici, on s'intéresse au sexe, commence Christian Dumas. Tout ce que vous n'avez jamais osé demander sur le sexe des fleurs, vous pourrez le faire ici », précise, facétieux, le directeur du laboratoire « Reproduction et développement des plantes »1, de Lyon. Eh oui, le labo RDP, ce sont les fleuristes du CNRS. Tout en guidant le visiteur à travers les 1 200 mètres carrés du laboratoire, l'incorrigible directeur continue : « Savez-vous que lorsque vous offrez un bouquet de fleurs, vous offrez en fait un bouquet d'organes sexuels ? » Il faut dire que les fleurs, Christian Dumas les connaît bien. Il y a vingt-cinq ans, il crée un laboratoire centré sur la reproduction des plantes à fleurs. Et il y a six ans, il lance un nouvel axe de recherche, prenant pour modèle d'étude le symbole végétal de l'amour, la rose. Le lieu est idéal : c'est à Lyon qu'une bonne partie des roses dites modernes ont été créées à partir de nombreuses hybridations. La variété choisie, Old Blush, de l'espèce Rosa chinensis, fait d'ailleurs partie des huit espèces de roses sauvages dont descendent les 30 à 35 000 variétés actuelles.

 

Rose/Serre

© photos : C.Lebedinsky/CNRS

la serre du labo abrite rosiers, tomates, choux, arabettes des dames et maïs. La pluspart de ces derniers sont cultivés dans des phytotrons (caissons où température, luminosité et hygrométrie sont contrôlées)


 

Petit tour du propriétaire : des paillasses, des pipettes, des tubes eppendorfs2, mais aussi des microscopes, des gels d'agarose3, un canon à particules pour la transformation génétique… « Et toujours pas de plantes », souligne Christian Dumas. Au passage, il salue « Madame Y », chercheuse du labo aussi connue sous le nom de Françoise Moneger. « Elle ne s'intéresse qu'à ça ». « Ça », c'est la détermination du sexe chez certaines plantes par des chromosomes X et Y, un des autres axes de recherche du labo. Mais où sont les roses, arabettes des dames – mauvaise herbe au petit génome choisie comme plante modèle par les généticiens – choux et autres modèles d'étude ? Certains se trouvent dans la serre, à l'extérieur du laboratoire, bien au chaud pendant les rigueurs de l'hiver. Philippe Vergne, un des chercheurs de l'équipe Rose, assure la visite. Petits chaussons bleus en plastique aux pieds, « pour éviter la dissémination de graines transgéniques dans l'environnement », la visite commence. Bien rangés, des plants d'arabettes des dames côtoient des épis de maïs, des choux, quelques plants de tomates. Mais aussi de petites plantules de rosiers. Elles viennent juste de sortir de culture in vitro et sont en phase d'acclimatation dans la serre, à l'abri sous une toile d'ombrage. D'autres plantes sont en phytotron, sorte de grand caisson où température, luminosité et hygrométrie sont sévèrement contrôlées.

RoseMais une rose, c'est aussi des pétales. Nul n'a manqué de remarquer que toutes n'en ont pas le même nombre. De 5 chez l'églantier sauvage, ils peuvent aller jusqu'à 130 chez les roses « choux » ! Les « 5 à la rose », les cinq chercheurs de l'équipe (aujourd'hui réduits à quatre, car Mark Cock travaille désormais sur les algues, à Roscoff), sont donc à la poursuite du gène multiplicateur, avec l'aide d'une doctorante, Marion Maene. Apparu par mutation spontanée, il a été sélectionné par l'homme au fil des ans. Dans son livre Qu'est-ce qu'une rose ?4, Christian Dumas rappelle que Goethe et Jean-Jacques Rousseau avaient déjà observé ce phénomène de roses monstrueuses, où « la multiplication des pétales entraîne la disparition des organes reproducteurs transformés en pétales brillants ». Les deux philosophes avaient ainsi déjà pointé ce que les généticiens vont mettre en évidence quelque deux cents ans plus tard : une mutation au niveau de gènes homéotiques. Ces gènes, très conservés dans l'évolution, interviennent très tôt dans la « construction » de la rose, indiquant aux

Rose au microscope

Sous le microscope, un échantillon d'"Arabidopsis thaliana" (arabette des dames) révèle une fluorescence liée à l'introduction de GFP (Green Flurorescence Protein)


gènes du développement à quel endroit et à quel moment ils doivent s'exprimer.

Enfin, l'équipe Rose s'intéresse également à la sénescence de la fleur de l'amour. Quel mécanisme déclenche le flétrissement du pétale ? Quels gènes, quelles enzymes sont activés en amont de ce phénomène ? S'appuyant sur leurs connaissances acquises sur Arabidopsis thaliana, le petit nom de l'arabette des dames, Mohammed Bendahmane traque également les gènes candidats, responsables éventuels de la mort de cette fleur « qui ne dure que du matin jusques au soir ».

 

Julie Coquart

Notes :

1. Commun au CNRS, à l'INRA, à l'École normale supérieure de Lyon (ENSL) et à l'université Claude Bernard Lyon-I (UCBL1).
2. Microtubes en plastique avec couvercle fréquemment utilisés en biologie moléculaire.
3. Gels utilisés en électrophorèse pour faire migrer et séparer des molécules (protéines, ADN, ARN…).
4. Qu'est-ce qu'une rose ?, Christian Dumas, éditions Le Pommier, collection « Les petites pommes du savoir », 64 pages, 4€.

Contact

Laboratoire « Reproduction et développement des plantes »
Mohammed Bendahmane, mohammed.bendahmane@ens-lyon.fr
Christian Dumas, christian.dumas@ens-lyon.fr
Philippe Hugueney, philippe.hugueney@ens-lyon.fr
Philippe Vergne, philippe.vergne@ens-lyon.fr


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