
© DR
Parce que l'interviewé a un agenda de ministre, c'est à la sortie de l'Assemblée nationale qu'il a fallu se rendre pour happer Florent Olivier. Non, ce jeune homme de 27 ans au front dégagé, au visage fin et au nez aquilin n'est pas député. Et s'il manque d'embonpoint, le scientifique qu'il est a pourtant de la carrure. Il y a encore quelques minutes, il représentait ainsi les doctorants dans le cadre de la concertation sur la loi d'orientation et de programmation (LOP) de la recherche. Ceci en qualité de président de la Confédération des jeunes chercheurs (CJC), un groupe d'associations qu'il défend bec et ongles, affirme-t-il, « contre une éventuelle assimilation avec un syndicat ou toute entité à caractère politique. Bien que la CJC agisse dans la sphère publique ». Florent Olivier partage donc son temps entre cette activité citoyenne et, ce qui reste sa priorité, la thèse qu'il réalise au LSI1. Dans le cadre de ses travaux de recherche, il concourt à identifier sur le plan expérimental les paramètres de l'évolution sous irradiation de la structure du verre dans lequel sont confinés à long terme les déchets radioactifs issus du retraitement des réactifs des centrales nucléaires à eau légère. L'enjeu est primordial pour un pays comme la France, qui envisage un stockage géologique profond de ses déchets nucléaires à longue durée de vie.
© J.Chatin/CNRS Photothèque
Curiosité, esthétisme, passion, engagement sont moteurs pour Florent Olivier. Son parcours mêle invariablement amour de l'art, attrait pour la science et dynamisme sur le terrain autour de son matériau de prédilection : le verre. Il est sur tous les fronts : alors qu'il était étudiant ingénieur à l'Ismans2, spécialisé dans la modélisation moléculaire par ordinateur, il s'occupait du journal de l'école. Plus tard, il profite d'un séjour dans le laboratoire d'archéométrie de l'université d'Oxford pour y organiser l'association des anciens élèves de son école d'origine. Une fois en thèse, il préside X'Doc, l'association des doctorants de l'École polytechnique. Sans oublier qu'en parallèle de ses chères études, il a travaillé aux côtés d'un maître verrier et codéposé un brevet pour un vitrage spécialement conçu pour protéger des vitraux, fragiles œuvres d'art. Un procédé que l'on trouve déjà sur plusieurs édifices en France, tels que la cathédrale de Cayenne ou Notre-Dame de Versailles. De quoi passer à la postérité !
Une chose est sûre, le goût du beau et de l'utile lui est venu au lycée : « Dès cette époque, je me suis beaucoup intéressé à l'art et aux civilisations anciennes, ainsi qu'à la science et en particulier à la physique. Tout naturellement, j'ai orienté mes études dans un sens qui rapproche ces deux centres d'intérêt pour finalement arriver au DEA de physique appliquée à l'archéologie », raconte-t-il dans un langage limpide et structuré comme sa pensée. Mais le manque de financement dans ce domaine de recherche l'a conduit à choisir une tout autre application pour son sujet de thèse : les verres nucléaires. Un sujet dont l'enjeu le captive. Et qui lui permet d'utiliser à plein les connaissances acquises lors de ses travaux précédents sur les vitraux, comme il l'explique simplement : « Les modèles utilisés pour envisager le rôle des cations3 dans l'évolution de la structure de ces deux types de verre4 sont très proches. » Doué pour bâtir des ponts entre ses multiples activités, il fait aussi un lien entre son métier et son engagement associatif : « Si le but de mes expériences est d'établir un lien entre le microscopique et le macroscopique, c'est également celui de la CJC, un médiateur privilégié entre le doctorant et les institutions. » Chevaux de bataille pour la CJC5 et son président : la poursuite du processus de professionnalisation du doctorat, l'amélioration de l'accueil des doctorants étrangers, les conditions d'accès aux postes statutaires et le développement de débouchés nouveaux pour les docteurs n'entrant pas dans la fonction publique de recherche. Programme chargé, donc, pour Florent Olivier. Sans compter qu'il doit surtout mettre un point final à la rédaction de sa thèse très prochainement. Un défi qui ne lui fait pas peur. Gageons qu'il prendra même le temps de lire des ouvrages sur la civilisation sumérienne qu'il apprécie tant.
Géraud Chabriat
1. Laboratoire des solides irradiés, laboratoire CNRS / École polytechnique / CEA.
2. Institut supérieur des matériaux du Mans.
3. Ions positifs qui font les propriétés du verre.
4. Vitraux et verres nucléaires.
5. La CJC assure la co-organisation, avec son homologue allemand, du congrès annuel de la Fédération européenne des jeunes chercheurs, Eurodoc, qui se tiendra du 11 au 13 mars à Strasbourg. Inscription libre sur www.eurodoc.net.
Florent Olivier, LSI, Palaiseau,
florent.olivier@polytechnique.fr