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Les vallées technologiques françaises

Nîmes, l'arène high-tech

Dressée sur d'anciens champs de tournesols, Nîmes Rhône Cévennes Technopole est tournée vers le soleil, mais surtout vers le progrès technologique au service de l'entreprise. À travers ses trois axes, biotechnologies, technologies de l'information et de la communication et aéronautique, elle fait preuve depuis sa fondation en 1998 d'une incroyable vitalité, grâce à la collaboration de tous les acteurs locaux.

Traitement biologique des eaux usées, bornes de rechargement de téléphones portables, archivage informatique des partitions musicales à travers le monde… Ces activités d'apparence éparse ont pourtant un point commun. Elles sont toutes issues de cette forêt de cubes, dressée à quelques kilomètres des arènes de Nîmes : le parc scientifique Georges Besse. Outre de nombreuses entreprises, ces dés de verre et de béton accueillent Nîmes Rhône Cévennes Technopole (NRC Technopole) depuis 1998. Association loi 1901 créée à l'initiative de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Nîmes en partenariat avec l'École des mines d'Alès (EMA), également installée sur le parc, son orientation est claire : la recherche, l'innovation, l'entreprise. « Cela n'est pas seulement un choix, mais également une nécessité, comme l'explique Denis Volpilière, président de la technopole et de la CCI. Le Gard est un département rural, dont la culture économique n'est pas très développée – hormis

 

ATONIS TECHNOLOGIES

Entrée dans l'incubateur de l'EMA en 2001, cette société n'en est sortie qu'à moitié en 2003… À moitié, parce qu'elle est toujours installée sur le site, dans la pépinière gérée par la technopole, et qu'elle monte aujourd'hui des formations à distance avec l'École. « Nous nous situons à la frontière du logiciel libre, explique son fondateur, Christophe Nauroy. Nous créons des portails d'information et d'échange. Par exemple, prepa.com, notre premier projet, est un site d'information sur les concours pour devenir fonctionnaire. Nous travaillons maintenant sur un projet avec l'Éducation nationale, permettant aux chercheurs et enseignants-chercheurs de partager leurs ressources… tout en bénéficiant d'une protection intellectuelle. C'est une condition préalable et indispensable au partage. »

 

dans le domaine de la viticulture. Et l'université de Nîmes n'existe que depuis 2003. Elle n'était avant qu'une antenne de celle de Montpellier. » La comparaison avec Montpellier est judicieuse. En effet, « Notre voisine a bâti sa propre technopole autour d'un CHU, et bénéficie  de la présence de nombreux laboratoires, notamment CNRS. Dans notre cas, elle est plutôt dans la continuité de la création du parc scientifique dans les années quatre-vingt, puis de la fondation de l'École des mines d'Alès – la culture “entreprise” y est donc plus centrale. »

 

Un contexte rural, une culture « entreprise » qui se développe depuis une vingtaine d'années, reste un dernier ingrédient pour comprendre le contexte de la naissance de NRC Technopole : la décentralisation. « La technopole, à laquelle participent tous les grands acteurs locaux, tant publics que privés, est la parade que nous avons trouvée pour conserver une concentration décisionnaire. Celle-ci était jusqu'alors étatique, nous l'avons reproduite à l'échelon local », commente Denis Volpilière. L'avantage pour les jeunes entreprises qui viennent s'installer à Nîmes, c'est qu'elles disposent ainsi d'une sorte de « guichet » unique auquel adresser leurs questions. Que ce soit en termes de personnel, d'électricité ou de montage financier, la technopole, en réunissant tous les acteurs locaux, peut leur apporter la réponse.

La formule semble plaire aux jeunes entrepreneurs. Entre 1998 et 2003, 103 entreprises ont vu le jour, pour près de 2 400 emplois. Mais ce qui les attire à Nîmes, c'est également l'incubateur de l'EMA. Comme la technopole, l'école est particulièrement tournée vers le monde de l'entreprise. Elle peut en effet s'enorgueillir d'être la première école d'ingénieurs à avoir créé un incubateur en son sein, il y a tout juste 20 ans. Selon les mots d'Alain Dorison, directeur de l'EMA, « au cœur de l'école, l'incubateur en est aujourd'hui le réacteur, le chaudron, où se mélangent élèves, enseignants-chercheurs et entrepreneurs pour faire œuvre d'innovation, de développement personnel, de création d'activité. » La naissance de l'incubateur a, en fait, provoqué une véritable révolution au sein de l'EMA, influençant la pédagogie au point que l'école forme aujourd'hui ce qu'elle appelle des « ingénieurs-entrepreneurs ». Des sortes d'hybrides entre fabricants de savoir et de technologies et fabricants d'entreprises.

 

Un pied dans le monde de la recherche et l'autre dans celui de l'entreprise, les élèves de l'EMA fondent souvent leur propre société à la sortie de l'école ou bien intègrent les projets novateurs accueillis par l'incubateur. C'est le cas de Ludovic Soeur, développeur de Celaeno. Cette entreprise affiche un projet d'ingénierie des connaissances peu commun : il s'agit de développer un logiciel de référencement multilingue et multicritère des partitions de musique éditées dans le monde entier… Une histoire aussi musicale qu'informatique : le porteur du projet, Boris Solinski, est issu d'une famille de musiciens et pratique lui-même le violon. C'est par une collègue d'orchestre qu'il entend parler de l'incubateur de l'EMA… avant d'y entrer en juin 2003. Sa société vient d'ailleurs de recevoir le 1er prix « Création développement » d'Innov'up, le concours de création d'entreprise de la technopole, le 15 décembre dernier. Le

Innov'up

© Technopole de Nîmes

Les lauréats d'Innov'up.


prix Idée, qui récompense un concept novateur en l'accueillant dans l'incubateur, est revenu à David Luo, ingénieur d'origine chinoise diplômé de Supelec et expert des systèmes électroniques. Il met actuellement au point un dispositif qui transforme les touches de n'importe quel appareil – téléphone portable, télécommande universelle ou clavier d'ordinateur – en écrans miniatures. Quel intérêt ? Selon le contexte, ces touches peuvent afficher des informations différentes. Dans le cas de la télécommande universelle, par exemple, elles porteront uniquement des informations relatives à la télévision lorsque l'utilisateur souhaitera contrôler la télévision, relatives à la chaîne hi-fi lorsqu'il souhaitera lancer un CD… Un procédé qui concilie deux enjeux opposés de l'ergonomie : éviter d'une part la multiplication des touches, et d'autre part la surcharge de chaque touche sous des monceaux d'informations. Le 2e prix est d'un tout autre registre, puisqu'il est issu d'une expérience dans la commercialisation d'articles de pêche. Nicolas Klein, avec son projet Fishing Fiber, a proposé un dispositif avertisseur de touche indiquant également si la proie tire vers le large ou vers la berge… une information précieuse pour parvenir à ferrer sa proie.

 

Le portrait de la technopole serait incomplet si l'on ne mentionnait pas ce qui tient presque lieu de « mythe fondateur » pour les jeunes entrepreneurs d'aujourd'hui : celui d'Itesoft et de son président-directeur général, Didier Charpentier, cheveux argentés jusqu'aux épaules et manteau de cuir noir jusqu'aux bottes. Il crée son entreprise en 1984, « sans projet précis, sans business plan. Seulement une expertise en informatique importée des États-Unis. Ma première mission importante a lieu avec une entreprise de BTP locale : il fallait rendre saisissables par informatique des relevés de chantier manuscrits. J'ai alors collaboré avec un laboratoire de l'EMA spécialiste des réseaux neuronaux… Nous avons adapté les concepts biologiques à un dispositif de saisie informatique. Les projets se sont enchaînés, avec la Sécurité sociale, la Camif… » Itesoft emploie aujourd'hui 150 personnes, est entrée en Bourse en 2001 et a fondé des filiales en Grande-Bretagne ainsi qu'en Allemagne. Mais Didier Charpentier n'a pas oublié ses débuts : « Si j'ai pu développer l'entreprise, c'est parce que nous avons pu être en contact, simultanément, avec un laboratoire et une société de BTP locale. C'est pourquoi il faut absolument multiplier les contacts entre les jeunes entrepreneurs et les différents acteurs locaux. Je crois beaucoup en cet effet de masse. » Ça tombe bien : l'effet de masse, c'est justement l'objectif de NRC Technopole.

 

Jérôme Blanchart

 

NRC Technopole et le CNRS

 

Comme le CNRS ne compte qu'une structure de recherche à Nîmes (le Groupement de recherche « Formations géologiques profondes »1, situé sur le parc scientifique), les relations avec la technopole ont plutôt lieu avec des laboratoires de Montpellier. Plusieurs entreprises ont ainsi profité à la fois du savoir-faire de Nîmes en matière d'incubation et de Montpellier pour le volet scientifique. On peut citer Syntem, entreprise dédiée à la chimie et à la vectorisation de nouveaux médicaments, pour traiter en particulier les maladies nerveuses, mais aussi la douleur. Basée à Nîmes, cette société dispose d'une équipe au sein de l'Institut de génétique moléculaire de Montpellier2, dont elle valorise des résultats. Selectbiotics est encore plus imbriquée au CNRS. « Essaimée » du Centre de pharmacologie et biotechnologie pour la santé (CPBS)3 de Montpellier, son activité de recherche s'y poursuit, mais son « incubation managériale » se déroule à Nîmes. Ses recherches portant sur la découverte et le développement d'antibiotiques de nouvelle génération ont obtenu le premier prix de l'Association française des recherches thérapeutiques en 2001, et sont fortement soutenues par le CNRS, par des financements et un poste d'ingénieur en valorisation.

J. B.

 

1. GDR Andra / CNRS.

2. Unité de recherche CNRS / Université Montpellier 2.

3. Unité de recherche CNRS / Universités Montpellier 1 et 2 / Bio-rad.

 


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