
Chimie des matériaux
© O.Proux
Depuis son ouverture en septembre 2002, les découvertes réalisées grâce à Fame (French Absorption spectroscopy in Materials and Environmental sciences) s'accumulent. Cet outil mis à la disposition des scientifiques français a pour tâche de débusquer la forme chimique ou la structure d'un élément se trouvant en infime quantité dans un échantillon. Installé à l'ESRF (European Synchrotron Radiation Facility), à Grenoble, et cogéré par le CNRS et le CEA, il est l'un des quatre instruments dont dispose la France dans le centre européen. Et comme les trois autres dispositifs français, cet outil à la fois puissant et précis utilise le rayonnement X produit par le synchrotron grenoblois pour analyser la matière. Sa spécificité ? Fame est actuellement la seule « ligne d'absorption X »1 destinée en priorité aux chercheurs français. Un type de dispositif qui, à en croire ses concepteurs, est particulièrement bien adapté aux sciences de l'environnement. Son « détecteur de fluorescence », notamment, est unique en Europe. Il permet aux chercheurs d'aller plus loin dans l'analyse de leur échantillon. « Avec cet instrument, ils ne se contentent pas d'y débusquer un élément présent à de très faibles concentrations2, explique Jean-Louis Hazemann, responsable de la ligne Fame. Ils sont aussi en mesure de déterminer sa forme chimique (oxydée ou métallique), voire les modifications qu'il induit sur les substances voisines. »
Une capacité de discernement qui a fait de Fame un outil européen renommé, auquel font appel chaque année une cinquantaine d'équipes françaises ou internationales. Outre la caractérisation de certains polluants ou métaux lourds, la ligne a ainsi, au cours de ses deux années d'existence, été utilisée pour les études les plus diverses, de la recherche sur le traitement des sols par des bactéries aux propriétés de transport de l'arsenic dans les sources hydrothermales en passant par… la couleur du jade ! Fame a en effet récemment permis d'analyser des objets de culte vieux de 3 000 ans mis à jour en Asie.
Vahé Ter Minassian
1. Les lignes sont des dispositifs optiques permettant d'étudier la structure de la matière.
2. Jusqu'à 100 ppm (parties par million).
Jean-Louis Hazemann, Laboratoire de cristallographie Grenoble
jean-louis.hazemann@grenoble.cnrs.fr