Métallurgie gallo-romaine
Des faux-monnayeurs chez les Gaulois
Aurélie Deraisme, une jeune chercheuse de l'Institut de recherche sur les archéomatériaux d'Orléans, vient de démasquer, dans le cadre de sa thèse, les techniques de fabrication de fausses monnaies en Gaule romaine.

© A.Deraisme/Coll.privée
1-monnaie officielle et image électronique montrant la présence d'argent dans la masse de la pièce (zone blanche)
2-Imitation et présence d'argent sur la surface de la pièce uniquement
Marqué par la scission entre les Empires romain et gaulois, le IIIe siècle connaît de graves crises politiques et économiques. Alors, en marge de la production de l'atelier officiel de Trèves, des ateliers secondaires se mettent à frapper, à grande échelle, des monnaies qui imitent les pièces de l'usurpateur Postume, alors à la tête de l'Empire gaulois. De fausses monnaies finalement tolérées, en cette période de pénurie monétaire importante. De telles pièces ont été notamment retrouvées en Seine-et-Marne, à l'emplacement du village de Châteaubleau1, près de Provins. La présence de boudins et de flans monétaires2 argentés à cet endroit laisse supposer qu'il s'agissait de l'un de ces ateliers secondaires. Pour en savoir plus sur ces pièces illégales et leurs techniques de fabrication, Aurélie Deraisme, physico-chimiste spécialisée dans la métallurgie des alliages cuivreux, et ses collaborateurs3 en ont tout d'abord étudié la composition. Alors que les pièces officielles contiennent 15 % d'argent et 85 % de cuivre, les autres ne renferment que 2 % d'argent pour 98 % de cuivre. Une belle économie pour les faussaires ! Par microscopie électronique, elle a ensuite déterminé leur structure interne. Si l'argent est uniformément réparti dans toute la masse des pièces officielles, il ne se trouve que dans une mince couche de surface (environ 200 mm) dans les monnaies d'imitation. Pour comprendre comment les artisans de l'époque obtenaient de telles pièces, la scientifique a cherché à les recréer en laboratoire. Elle a, pour cela, utilisé des cylindres de cuivre recouverts d'une mince feuille d'argent qu'elle a ensuite chauffés, dans des conditions permettant d'éviter toute oxydation de surface, à différentes températures et pendant des durées variables. C'est en les chauffant pendant 4 minutes à 950 °C qu'elle a obtenu la composition et la structure de l'argenture les plus proches de celles des pièces archéologiques. L'ensemble de ces résultats permet d'imaginer plus précisément les techniques d'argenture utilisées par les métallurgistes gallo-romains, notamment pour la fabrication de fausses pièces de monnaies.
Stéphanie Belaud
Notes :
1. La fouille du site est menée par l'association La Riobé.
2. Les boudins, de minces bâtonnets de cuivre, sont à la base de la fabrication des monnaies. Ils étaient aplatis en flans monétaires. Des flans qui, placés entre des coins gravés, étaient ensuite transformés d'un coup de marteau en pièces de monnaie.
3. Ces travaux ont été menés avec des chercheurs du CEA et de l'Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN).