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Technologies de la communication

Des bulles pour arrêter le bus

Les objets communicants sont à la mode. Une fois n'est pas coutume, ils sont aujourd'hui mis au service des handicapés : à Rennes, les chercheurs de l'Irisa ont mis au point un système permettant aux malvoyants de prendre le bus à l'aide d'un simple assistant personnel.

Une scène ordinaire. Vous arrivez à votre arrêt de bus habituel, consultez rapidement les horaires. Puis vous vous asseyez et ouvrez votre journal. Vous jetez un bref coup d'œil aux quelques bus qui passent… Enfin, le numéro 22, direction République, apparaît à l'angle de la rue. Vous pliez votre journal, vous levez et lui faites signe. Il s'arrête. Vous entrez. Il repart. Vraiment, une scène ordinaire. Mais imaginez un instant en quel parcours du combattant se transformerait cet acte quotidien – prendre le bus – si vous étiez malvoyant ! Comment connaître l'horaire de passage du bus ? Comment l'entendre arriver pour pouvoir lui faire signe de s'arrêter ? Et enfin, comment savoir que celui qui s'arrête devant vous est le bon (bonne ligne, bonne direction) ?

Ubibus 2

Ubibus repose sur un matériel très simple personnel (assistant personnel, téléphone portable) et les équipements de bus qui communiquent entre eux par liaison sans fil.


« Grâce au téléphone portable », répond Michel Banâtre, directeur de recherche Inria responsable de l'équipe ACES (Ambient Computing and Embedded Systems) à l'Irisa1. En l'occurrence, cette « scène ordinaire transformée en parcours du combattant pour les malvoyants » a permis à l'équipe ACES de faire la démonstration de ses compétences dans le domaine de l'informatique diffuse. « Depuis 1998, nous étudions les systèmes d'information spontanés et spatiaux. Cela signifie par exemple que des objets tels qu'un téléphone mobile, un abribus et un bus peuvent échanger spontanément des informations – par ondes radio à courte portée – et ce, de façon implicite, c'est-à-dire sans nécessité d'interaction avec l'utilisateur, en fonction de leur position dans l'espace. L'innovation et le transfert étant l'une de nos préoccupations, nous avons réfléchi à ce que pourraient être des applications idéales pour valoriser nos résultats de recherche dans ce domaine. C'est là que nous avons alors pensé au problème des transports en commun pour les malvoyants. En une semaine, Ubibus était entièrement conçu. »

Ubibus, c'est un service réunissant trois types d'entités : l'usager, l'abribus, et le bus. Lorsque la personne sort de son bureau, elle donne oralement une information à son PDA (Personal Digital Assistant). Par exemple : « Ligne 22, direction République. » À partir de ce moment, l'assistant personnel va créer une sorte de bulle autour de l'usager. Par quel miracle technologique ? « Aucun, répond Michel Banâtre. Une simple puce Wi-Fi (ou Bluetooth) suffit. » Des technologies de communication sans fil déjà commercialisées. L'arrêt de bus est lui aussi équipé d'une bulle d'information. Lorsque l'usager s'approche, les deux bulles finissent par se rencontrer, puis interagir. « Une liaison s'établit alors spontanément entre l'abribus et l'assistant personnel : celui-ci indique quel bus l'usager souhaite prendre tandis qu'en retour, l'abribus indique le temps d'attente – que le PDA transmet vocalement à son possesseur. » Ensuite, il se passe la même chose entre l'abribus et le bus. Lorsque celui-ci approche, leurs bulles respectives interagissent. L'abribus envoie un signal « arrêt demandé », exactement comme si quelqu'un, à l'intérieur du véhicule, demandait l'arrêt. Cette information est répercutée à l'usager, via son PDA, lui indiquant que le 22, direction République, est arrivé !2

« L'un des points forts de cette application, s'enthousiasme Michel Banâtre, c'est la simplicité de sa mise en œuvre. Une fois le système de programmation spatial développé, la programmation d'Ubibus est immédiate : quelques dizaines de lignes de code suffisent. Il en va de même pour le déploiement du service : on équipe le bus, l'usager et l'abribus avec un PDA supportant le service Ubibus, et le tout est opérationnel ! »

Mais la première qualité d'Ubibus demeure son utilité. Depuis plusieurs années, les idées d'objets intelligents et/ou communicants ne manquent pas. Mais l'intérêt d'un frigidaire surfant sur Internet n'est pas (encore ?) évident. Tandis qu'Ubibus répond concrètement à l'une des questions primordiales de l'aménagement urbain : l'adapter aux handicapés. « Le transfert devrait bientôt avoir lieu, conclut Michel Banâtre. Mais ce qui rend difficile ce genre d'opération, c'est le fait que plusieurs partenaires sont impliqués – les cités, les entreprises de mobilier urbain, les opérateurs internationaux de transport – mais tous sont séduits par Ubibus, que ce soit en France ou en Europe… »

 

Jérôme Blanchart

Notes :

1. L'Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires, situé à Rennes, est une unité mixte de recherche entre l'Inria, le CNRS, l'Insa et l'Université de Rennes 1.
2. Visualisable sur Consulter le site web

Contact

Michel Banâtre, Inria, Rennes, banatre@irisa.fr


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