Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Les vallées technologiques françaises

Rennes Atalante : le paradis des télécoms

Berceau du Minitel, Rennes Atalante fête son XXe anniversaire.
Depuis sa création, la technopole bretonne s'est forgée une solide réputation dans les technologies de l'information et de la communication (Tic), mais aussi l'agroalimentaire, l'environnement et le biomédical.

« Une technopole bénie des dieux », assure Bernard Maître, dirigeant du fonds d'investissement Galiléo, à propos de Rennes Atalante. Vingt ans après sa création, il faut reconnaître que l'association Rennes Atalante, qui gère la technopole de l'Ille-et-Vilaine, peut être fière du chemin parcouru. Ensemble, élus, industriels et chercheurs ont conjugué avec intelligence enseignement, recherche, industrie et investissements. Résultat : Rennes Atalante est devenue la plus grosse pépinière d'entreprises de technologie de pointe en France. « Elle accueille, sur ses sites, 140 sociétés et compte 200 adhérents », précise Jacqueline Poussier, directrice de l'Association Rennes Atalante depuis 1985. Avec 400 chercheurs présents dans 26 laboratoires, le CNRS est très présent. Il couvre l'ensemble des domaines scientifiques, à l'exclusion de la physique nucléaire et corpusculaire. Depuis sa création en 1984, plus de 8 000 emplois, dont 80 % de bac + 5, ont été créés. La technopole est aussi le berceau d'une centaine de start-up. Certaines se sont particulièrement bien épanouies, à l'image de Delta Dore.

 

Rennes Atalante

en chiffres

 

> 24 instituts supérieurs et grandes écoles

> 4 000 chercheurs

> 230 entreprises de technologie dont 153 sur les sites technopolitains

> 8 000 emplois, dont 80 % d'ingénieurs et techniciens

> 392 000 m2 de nouveaux locaux construits

depuis 1984

> 389 délégations de visiteurs, dont 196 étrangères de 36 pays différents

> 2 universités

> 60 000 étudiants

> 380 500 habitants dans l'agglomération Rennes Métropole

(38 communes)

 

Créée par une petite équipe d'ingénieurs, l'entreprise a conçu et commercialisé les premiers thermostats programmables, les fameux TYBOX. Trois entreprises (Cernix, Vertex, Le Verre Fluoré) sont également nées à Rennes des recherches sur les matériaux inorganiques, en particulier les verres et céramiques. Plus récemment, Idra s'est lancée dans la dépollution de la vase draguée dans les ports, tandis que Nextamp connaît un grand succès avec sa solution de tatouage vidéo.

Depuis 2000, les sociétés émergentes peuvent faire appel aux conseils d'Emergys, l'incubateur breton auquel contribue le CNRS. « Actuellement », avoue René Quris, responsable du partenariat et de la valorisation à la délégation Grand Ouest du CNRS, « je fonde beaucoup d'espoir sur les travaux de Bertrand Cosson (voir encadré) qui pourraient se concrétiser prochainement ».

Rennes Atalante se répartit sur trois sites principaux : Beaulieu, Villejean et Champeaux. Localisé à l'est de Rennes et sur la commune de Cesson-Sévigné, Beaulieu regroupe l'activité-phare de la technopole : les Tic (Technologies de l'information et de la communication). Ce pôle doit son émergence, dans les années 1960, à la décentralisation en Bretagne des laboratoires de recherche en télécommunications. Le CNET (Centre national d'études des télécommunications – actuel France Télécom R&D), s'installe alors à Lannion, tandis que les industriels essaiment dans toute la région (Alcatel, Thomson, Matra, Sagem…). À Rennes, un premier pôle spécialisé se forme à Beaulieu autour d'un réseau de laboratoires, de sociétés et d'établissements d'enseignement. Deux décennies plus tard, l'université Rennes 1 et les écoles d'ingénieurs du site (Insa, Supélec, Esat, ENST, ENS Cachan…) forment 725 diplômés par an en électronique et technologies de l'information. Avec plus de 9 étudiants en technologie pour 1 000 habitants, la Bretagne est en tête des régions françaises dans ce domaine. C'est aussi à Beaulieu que France Télécom et tdF implantent en 1972 le CCTE, leur centre de recherche commun, d'où naîtront le Minitel et le réseau Transpac (transmission de données par paquets). Sept ans plus tard, quand l'entreprise Transpac / Equant prend corps, elle s'installe naturellement à Beaulieu, et devient rapidement la première entreprise de la technopole. En 2004, elle emploie 1 300 ingénieurs répartis sur 41 000 m2 de bureaux construits sur 2,5 hectares. À partir de 1991, le pôle Tic s'internationalise et accueille plusieurs centres de recherche d'entreprises étrangères : Canon, At&T Bell Labs, Wandel & Goltermann, Mitsubishi… C'est dans ce vivier que s'affirment de nombreuses innovations : radio et télévision numériques, télévision sur Internet, nouveaux téléphones mobiles, réseau multimédia... Aujourd'hui, les Tic représentent encore 80 % des emplois de la technopole. Pourtant, Rennes Atalante a commencé à se diversifier.

Très tôt, l'esprit « coopératif » breton se répand sur la métropole d'Ille-et-Vilaine. Ici, tout est fait pour que le courant « passe » entre « technopolitains ». Ceux-ci disposent d'un réseau haut débit unique en Europe. De nombreux chefs d'entreprises, chercheurs et universitaires participent aussi chaque mois aux « Matinales », des réunions thématiques qui prennent la forme de petits déjeuners conviviaux… L'Irisa (Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires), créé en 1975, est un autre exemple de ce décloisonnement. Ce laboratoire regroupe les équipes de l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique), de l'université de Rennes 1, du CNRS et de l'Insa de Rennes. Une de ses équipes, l'Api (Architectures parallèles intégrées), est à l'origine de « Samba », un logiciel qui a permis de réduire d'un facteur cent le temps de traitement informatique du processus de comparaison de séquences moléculaires. La découverte vaudra à Dominique Lavenier (chercheur CNRS membre de l'Api) de recevoir, en 1996, le prix Seymour Cray France.

Cette récompense symbolise aussi la montée en puissance du pôle biomédical de Villejean, à partir des années 80. Situé à l'ouest de Rennes, ce vaste campus hospitalo-universitaire réunit les grands organismes de recherche (CNRS, Inserm…), le CHU et l'université de Rennes 1. Ensemble, ils animent trois instituts de recherche fédératifs en science de la vie et de la santé, mais aussi un pôle de thérapie cellulaire et un centre d'investigation clinique. Leur démarche est clairement transdisciplinaire, comme en attestent les travaux de l'équipe Biomis1 (Biomicrosystèmes) dirigée par Bruno Le Pioufle. Depuis 2000, physiciens, biologistes et électroniciens conçoivent ensemble des biopuces destinées à étudier le comportement des populations de neurones, ou à faciliter le transfert de gènes thérapeutiques. Une cinquantaine d'entreprises privées ont été attirées par cette mutualisation des compétences et des moyens matériels et humains. On peut citer Biotrial, l'un des quatre plus importants centres français de pharmacologie clinique, mais aussi Bioproject Biotech (mise au point de médicaments) ou encore Innova Proteomics (ingénierie des protéines).

Située dans Rennes, non loin de Villejean, Atalante Champeaux se trouve au cœur de la première région agroalimentaire de France (75 000 salariés). Le site comporte un campus, 14 entreprises de R&D en biotechnologie alimentaire, 3 écoles d'ingénieurs et 25 laboratoires d'enseignement et de recherche (Ensar / Insfa, Inra). C'est à Champeaux, dans les années 1990, qu'en partenariat avec la société de sélection semencière Serasem, l'Inra a finalisé Synergy, le premier colza d'hiver composite hybride du monde. Mais la technopole rennaise est surtout spécialisée dans le secteur laitier. Elle abrite le CEREL (Centre européen de recherche et d'enseignement laitier), qui fédère dans une même structure tous les acteurs du lait (recherche, industriels, exploitants et enseignement). Objectif ? « Répondre aux nouvelles attentes du consommateur, explique Gérard Brulé, directeur du département agroalimentaire à l'Ensa de Rennes. Il veut des produits faciles à utiliser et à stocker, mais aussi des produits “propres”, pour lesquels la chaîne d'élaboration est respectueuse de l'animal, de l'environnement et des personnes qui y travaillent ».

L'environnement, justement, est un secteur en développement à Rennes Atalante. Principale institution : le CAREN (Centre armoricain de recherche en environnement), institut fédératif qui regroupe 290 personnes (dont 120 chercheurs) appartenant aux universités rennaises, à l'Inra, à l'Ensar et au CNRS. Les recherches portent sur l'impact des sources polluantes  et le développement de technologies et de produits destinés à réduire ces nuisances. Autant de sujets qui intéressent les entreprises privées du site comme la Compagnie générale des eaux, EMO France, ou les Laboratoires Wolff.  Véritable moteur économique et intellectuel, Rennes Atalante a participé activement à la métamorphose de l'ancienne capitale celte. Rennes propose désormais un enseignement réputé, un tissu économique diversifié, une offre culturelle riche et une indéniable qualité de vie. Séduisante aux yeux des étudiants (leur nombre est passé en vingt ans de 35 000 à 56 000), la métropole attire aussi un nombre croissant de cadres.

Malgré un ralentissement au cours des deux dernières années, dû en partie aux conséquences de l'éclatement de la bulle Internet, Rennes Atalante se projette avec un certain optimisme dans l'avenir. La technopole fourmille toujours de projets. Parmi les derniers en date: l'intégration de Kerlann, une université privée, et la création d'un site à Saint-Malo, spécialisé dans les biotechnologies marines.

 

Emmanuel Thévenon

 

 

Ma petite entreprise…

 

Lors de son passage dans l'équipe « Régulation de l'expression génétique » dirigée par H. Beverley Osborne, Bertrand Cosson a contribué à la découverte d'un système très prometteur de régulation de l'expression des gènes. À la fin de son postdoc, en 2002, il songe à valoriser le fruit de ces recherches, avec, en vue, la création d'une start-up.

Même si le concept développé par le laboratoire a fait l'objet d'un dépôt de brevet en 2003, Bertrand Cosson sait qu'il doit d'abord en évaluer les applications potentielles. Dans ce but, il obtient le soutien financier du Critt Santé-Bretagne puis, l'année suivante, celui de la région Bretagne ainsi que du CNRS et de Rennes Métropole. Après concertation avec le comité de suivi du projet, le chercheur décide de tester le système de régulation sur les virus. En empêchant la production d'une ou de plusieurs protéines virales essentielles, celui-ci pourrait annihiler leur prolifération. Deux partenariats sont alors noués : l'un avec un laboratoire de l'Affssa, à Ploufragan, qui travaille sur un alpha herpès virus du porc ; l'autre avec une équipe de l'Inserm sur le rotavirus humain. Ce pathogène provoque des gastroentérites, responsables, l'hiver, de 70 % des admissions hospitalières en secteur pédiatrique.

Si les résultats sont probants, Bertrand Cosson demandera son entrée dans l'incubateur Emergys, premier pas vers la création d'une entreprise technologique...

 

Contact :

Bertrand Cosson, bertrand.cosson@univ-rennes1.fr

 

Notes :

1- Du laboratoire Satie (CNRS / ENS Cachan / CNAM), de la Génopole Ouest et du réseau d'excellence NanoTolife.

Contact

René Quris, CNRS, Rennes, quris@dr17.cnrs.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique