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Paléomicrobiologie

La peste au fil des siècles

Trois pandémies et plus d'une centaine de millions de morts. C'est le triste bilan que s'est forgé, depuis 1500 ans, un des plus grands meurtriers que l'humanité a jamais connu. Son nom ? Yersinia pestis, bacille de la peste.

Un criminel, non seulement encore en activité, mais qui tue de plus en plus. L'OMS a, en effet, classé la peste comme maladie réémergente. Cette bactérie mortifère possède trois principaux variants, c'est-à-dire des souches dont le génome présente d'infimes différences. Nommés Antiqua, Medievalis et Orientalis, ces variants étaient considérés comme respectivement responsables des trois pandémies qui ont eu lieu jusqu'à présent : la peste justinienne du VIe siècle, la peste noire qui ravagea l'Europe entre 1347 et 1350 et la peste orientale dont l'Asie du Sud fut victime à la fin du XIXe siècle. Cette théorie vient d'être invalidée par Michel Drancourt, Didier Raoult et leur équipe de l'unité des Rickettsies à Marseille. Ces derniers, associés à quatre autres laboratoires1, ont traqué la peste au fil des siècles et prouvé, dans une étude2 parue récemment, qu'il n'y a qu'un seul et unique coupable. C'est Yersinia pestis Orientalis. Pour arriver à une telle conclusion, les chercheurs ont développé une nouvelle méthode d'amplification et de caractérisation génétique applicable à l'analyse de l'ADN ancien. Cette technique, appelée MST, se fonde sur le décryptage de certaines zones non codantes du génome et réclame une très petite quantité d'ADN. Ce qui lui permettra, d'ailleurs, d'être utilisée pour identifier d'autres bactéries de sinistre mémoire. Après s'être donné les moyens techniques de l'analyse, encore fallait-il trouver des squelettes appartenant à des victimes des deux premières pandémies. Deux laboratoires d'anthropologie se sont chargés de cette tâche délicate. Ils ont pu en fournir, datés du VIe siècle et du milieu du XIVe, qui présentaient une bonne probabilité d'être pestiférés. Les chercheurs marseillais ont étudié la pulpe dentaire3 de ces malheureux et ont, effectivement, retrouvé le bacille de la peste pour les deux époques. Mieux encore, ils ont identifié Yersinia pestis Orientalis dans les deux cas. Pour Michel Drancourt, un des fondateurs de la paléomicrobiologie, cette découverte est déterminante « Seule la souche Orientalis semble posséder un potentiel de dissémination suffisant pour créer une pandémie. La peste étant toujours active dans plusieurs régions du globe et, au vu de la menace bioterroriste qu'elle représente, il est capital d'avoir identifié son variant le plus dangereux ». Les microbiologistes vont donc se concentrer sur l'étude de cette souche afin de comprendre son fonctionnement et tenter d'éviter que l'histoire ne se reproduise une quatrième fois.

 

Géraud Chabriat

Notes :

1. Laboratoire d'anthropologie des populations du passé (Bordeaux), Unité des Yersinia de l'Institut Pasteur (Paris), Information génomique et structurale (Marseille), Centre d'anthropologie (CNRS, EHESS, Universités de Toulouse 2 et 3).
2. In Emerging infectious diseases, 9/09/2004.
3. Tissu conjonctif situé dans la dent.

Contact

Michel Drancourt, Université d'Aix-Marseille 2, michel.drancourt@medecine.univ-mrs.fr


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