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Biophysique

Observée en lumière polarisée, cette fibre (bande bleue claire) résulte d'un assemblage très organisé d'actine et de lipides

Biomimétisme : plagier pour innover

Source d'inspiration inépuisable pour les artistes, la nature l'est aussi pour les scientifiques. Ne serait-ce que par l'incroyable variété des stratégies qu'elle a su développer. Cela grâce à la richesse des molécules biologiques et des composés inorganiques, et surtout, à la mise en forme de leurs assemblages.
Exemple : les fils d'araignée dont la résistance mécanique à l'élongation est bien supérieure à celle de toutes les fibres synthétiques. Quelle est la structure de tels assemblages ? Comment la nature contrôle-t-elle leurs fonctions biologiques et leurs propriétés physiques ?

Sous l'égide d'Anne Renault, l'équipe de biophysique de l'Université de Rennes1 tente d'y répondre. « À partir de là, se, posent deux possibilités, précise Frank Artzner, physico-chimiste de l'équipe. Soit on reprend les modèles naturels, soit on mime l'organisation de ces auto-assemblages en développant des systèmes simplifiés aux propriétés proches des assemblages biologiques. C'est ce que l'on appelle du biomimétisme.» L'objectif, c'est de pouvoir fabriquer des macrostructures (dépassant le millimètre) capables de s'assembler spontanément. La réussite dépend d'un subtil équilibre entre le choix des molécules, le protocole expérimental et le procédé de fabrication. On part d'un système moléculaire déjà connu, l'actine, une protéine capable de se lier pour former des structures extrêmement rigides. En misant sur les interactions électrostatiques que développent ces fibres pour certains lipides organisés en bicouches, il est possible d'obtenir de nouveaux matériaux composites2.

Pour ce faire, la préparation est placée dans un capillaire tout fin, au sein duquel les deux molécules se rencontrent très lentement. Résultat : de très longues fibres à l'échelle du centimètre. « Elles n'existent pas dans la nature, mais elles permettent de comprendre leurs homologues naturelles, commente le chercheur. Une fois que nous les avons obtenues, notre travail consiste à trouver l'organisation des molécules dans ces fibres, par diffraction des rayons X sur les synchrotrons ».

À terme, ces chercheurs espèrent mieux comprendre la façon dont la nature rigidifie ses structures. Et élargir le champ des nouveaux matériaux... encore trop coûteux à l'heure actuelle. Sauf si l'on parvient à remplacer l'actine par des molécules synthétiques possédant des propriétés d'assemblage spontané. C'est déjà chose faite avec les nanotubes3 qui présentent des propriétés optiques nouvelles. De quoi ouvrir d'immenses perspectives pour les nanotechnologies.

 

Patricia Chairopoulos

Notes :

1. Intégrée dans le « Groupe de Matière condensée et matériaux » CNRS / Université de Rennes 1.
2. En collaboration avec F. Amblard UMR CNRS / Institut Curie.
3. PNAS, vol 100, p 10 258, 2003. En collaboration avec M. Paternostre URA CNRS / CEA.

Contact

Anne Renault, GMCM, Rennes, anne.renault@univ-rennes1.fr
Franck Artzner, GMCM, Rennes, franck.artzner@univ-rennes1.fr


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