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Roland Le Borgne

Au plus près de la cellule

« Je voulais comprendre comment fonctionnent les cellules et comment on peut disséquer leurs mécanismes de base. »

Roland Le Borgne

© DR


Sourire cordial et poignée de main chaleureuse, Roland Le Borgne est un passionné qui s'empare volontiers d'une feuille et d'un stylo pour vous expliquer en quelques traits le fonctionnement d'une cellule et préciser ses thèmes d'études. Paradoxalement, ce brillant chargé de recherche de 35 ans, couronné d'une médaille de bronze du CNRS en 2003, avait tout d'abord envisagé un cursus court. « J'ai commencé mes études par un DUT d'analyse biologique. Très vite, je me suis demandé ce que je faisais dans cette filière. Un stage à l'Inserm m'a ouvert les yeux et l'esprit : ce qui m'attirait vraiment, c'était la recherche. » Dès lors, l'étudiant rejoint la faculté de Rennes puis celle de Montpellier pour enchaîner licence, maîtrise et DEA de biologie cellulaire. « Je voulais comprendre comment fonctionnent les cellules et comment on peut disséquer leurs mécanismes de base. Si l'on considère l'organisme comme un immense puzzle, je voulais en connaître l'une des pièces et savoir comment elle s'intégrait à l'ensemble. » Son directeur de recherche en DEA, Paul Mangeat, l'incite à effectuer sa thèse au Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) à Heidelberg en Allemagne (Voir Journal du CNRS n°170-171, Zoom, p. 28). Là, il débute ses recherches sur le transport intracellulaire. « Ce qui m'a intéressé pendant mon doctorat, c'est de comprendre comment les protéines1 appartenant à une certaine classe sont triées dans l'appareil de Golgi2 pour être transportées jusqu'aux endosomes3. » En 1997, Bernard Hoflack, son directeur de thèse à l'EMBL, lui propose à la fin de son doctorat de le suivre pour l'installation de son laboratoire à l'Institut de biologie de Lille. « Nous avons alors contribué à caractériser un nouveau mécanisme moléculaire de tri qui permet d'adresser une autre classe de protéines, les protéines membranaires LAMP (Lysosomal associated membrane proteins) et LIMP, vers les lysosomes4 ». Mais notre jeune chercheur reste sur une frustration, car après l'EMBL, il n'a pu effectuer son post-doctorat à New York, à l'Université Cornell chez Ken Kemphues. Là-bas, il voulait étudier les mécanismes d'établissement de polarité cellulaire au cours des premières divisions asymétriques de l'embryon précoce du nématode. Les divisions asymétriques génèrent, à partir d'une cellule-mère, deux cellules-filles aux destins différents.

Ce mécanisme est essentiel pour engendrer la diversité cellulaire nécessaire au développement des organismes multicellulaires. Le souhait de Roland était donc de développer une interface entre la biologie cellulaire et la biologie du développement en utilisant un organisme modèle.

Mais rien n'est jamais perdu. Il rejoint les rangs du CNRS en 1997 et contacte François Schweisguth, à l'École normale supérieure (Paris). « Le laboratoire de François étudiait les mécanismes de divisions asymétriques au sein du système nerveux, en utilisant la drosophile comme modèle d'étude. » Roland met alors en évidence le rôle de contacts intercellulaires dans l'orientation des divisions asymétriques et identifie une molécule distribuée de façon inégale dans la cellule-mère (cf. photo) lors de ces divisions. Cette molécule, appelée Neuralized, est essentielle pour établir une différence d'identité entre les cellules produites au cours d'une division asymétrique.

Division cellulaire des drosophiles

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Distributions inégales de différentes molécules (en rouge et en vert) lors d'une division asymétrique chez la drosophile. La cellule-mère se divise (1,2) pour générer deux cellules-filles distinctes (3).


La médaille décernée par le CNRS en 2003 constitue un encouragement à poursuivre ces travaux de biologie fondamentale. Et dans deux ou trois ans, Roland pense créer son équipe de recherche pour développer ses propres thématiques, toujours à la frontière entre biologie cellulaire et biologie du développement. Contacté par un institut étranger, ce jeune papa n'exclut pas de partir avec sa famille pour quelques années. « J'ai eu la chance de travailler dans des centres d'excellence avec des personnes de grande valeur qui ont été des moteurs au quotidien. J'ai également beaucoup appris en changeant régulièrement d'endroit : cela procure une plus grande ouverture d'esprit et permet de lever nombre d'inhibitions. Tant que je pourrai être mobile, je continuerai à changer d'horizon. »

 

Corinne Renou-Nativel

Notes :

1. Les récepteurs du Mannose 6-phosphates.
2. Compartiment du cytoplasme où transitent les protéines nouvellement synthétisées. Cette plateforme de tri permet, entre autres, leur adressage/transport vers la surface de la cellule ou les endosomes.
3. Les endosomes sont les vésicules produites par l'endocytose, c'est-à-dire par la pénétration dans la cellule via la membrane d'une particule étrangère.
4. Les lysosomes sont les vésicules contenant les molécules (exogènes ou endogènes) à détruire et les enzymes nécessaires à leur destruction.

Contact

Roland Le Borgne, ENS, Paris, leborgne@wotan.ens.fr


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